‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 98 sur 396 · Gonzales de Camara, n · texte numérisé non relu

Gonzales de Camara, n

2. H6f616, Le cardinal Ximenes, Paris, Letouzey, 1869, 83-134; Esteban Azafia, Historia de la universidad de Alcala. Alcala, Garcia, 1682, 231-298; Vicente de la Fuente, Historia de las universidades ...en Espaiia. Madrid, Puentenebro, 1885, II, 48, 80-82.

la, aux abords du rio Henares, dans une plaine tranquille, que Ximenes decida de fonder une universite qui fut la merveille du monde.

Les revenus de 1'archeveche de Tolede etaient opulents, la faveur d'Isabelle toute gagnee aux lettres; la naissance du prince Ferdinand a Alcala, le 10 mars 1503, permit encore au tout-puissant ministre d'obtenir des , souverains espagnols des bienfaits et des privileges sans rivaux. La premiere pierre de 1'edifice grandiose dont le fameux architecte, Pierre Gumiel, avait dresse le plan, avait ete posee en 1500. Au debut de 1509, les lettres pontificales autorisant 1'erection de Puniversite nouvelle etaient arrivees de Rome; quatre ans apres, les cours. s'ouvrirent. Lorsque Ferdinand le Catholique vint a Alcala pour la premiere fois, en Janvier 1514, il fut emerveille. Dix ans plus tard, le vaincu de Pavie, Fra^ois I er , que. la defaite avait conduit en Espagne comme prisonnier (mars I525~fevrier 1526), apres les receptions solennelles qu'on lui fit a Barcelone et a Valence, s'arretera a Alcala pour contempler de ses yeux 1'ceuvre de Ximenes. Au cours de cette visite, le roi dit : L'universite de Paris, orgueil de mon royaume, est Pceuvre des siecles ; Ximenes a lui tout seul a fait une creation pareille.

Du premier jour ou elle ouvrit ses portes aux etudiants accourus de partout, TUniversite d' Alcala comptait pres de quarante chaires : six pour la theologie, six pour le droit canonique, quatre pour la medecine, une pour 1'anatomie, une pour la chirurgie, huit pour la philosophic, une pour la philosophic morale, une pour les mathematiques, quatre pour la rhetorique et six pour la grammaire. Les professeurs les plus illustres de Salamanque et d'ailleurs avaient ete amenes la, a prix d'or, par Ximenes.

Le college de Saint-Ildefonse, compose de trente-trois membres et de douze pretres formait comme le noyau central de 1' Universite. Autour se groupaient les deux colleges de Saint- Eugene et de Saint-Isidore, ou quarante-deux humanistes pauvres etaient entretenus pendant trois ans; les colleges de Sainte-Balbine et de Sainte- Catherine destines chacun a qua-

rante-huit eleves de philosophic; le college de Saint- Jerome, pour trente boursiers etudiant I'hebreu, le grec et le latin; le college de la Mere de Dieu, pour vingt-quatre etudiants pauvres de theologie et de medecine ; le college de Saint-Pierre et Saint-Paul, pour douze franciscains. Bientot tous les ordres religieux, sauf les Benedictins et les Hieronimytes, batiront a Alcala des colleges, pour leurs religieux appeles a suivre les cours de rUniversite.

De telles creations porterent par toute 1'Espagne et dans toute 1'Europe le renom d'Alcala. La fameuse Polyglotta Complutensis le premier volume parut le 10 Janvier 1514, le second en mai; les quatre autres etaient acheves en juillet 1517 acheva de consacrer a la fois la gloire de la jeune universite et du cardinal Ximenes. Elle fut le premier effort des philologues catholiques de la Renaissance. Les Bibles fameuses d'Anvers (1569), Heidelberg (1586-161 6), Paris (1645), Oxford (1657), ne viendront qu'apres.

Cependant, Jean Vergara preparait une edition greco-latine d'Aristote; des commentaires de Tostat sur la Bible sortaient des presses d'Alcala, ainsi que de nombreux livres d' edification, des livres de chant d'eglise et des ecrits populaires sur 1'agriculture. Tel est le milieu de ferveur intellectuelle ou survint Inigo de Loyola, en juin 1526.

Get homme de trente-quatre ans possede les elements de la langue latine et veut poursuivre ses etudes. Les secours de toute sorte s'offrent a lui avec une royale abondance. Desireux de tout apprendre, il aborde tout a la fois, au risque de se noyer dans ce mare magnum du savoir. Lui-meme nous dit 1 que, pendant les quinze ou dix-sept mois passes a Alcala, il suivit les explications de la Logique de Soto, de la Physique d' Albert le Grand et de la Theologie de Pierre Lombard. Sous cet amoncellement de notions nouvelles, abstraites, difficiles et si diverses, comment un esprit sans culture n'aurait-il ,pas ete ecrase ? Lorsqu'Inigo arrivera a Paris en Janvier 1528, toute sa

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formation intellectuelle sera a reprendre par la base. Nous le savons par lui. Les professeurs d'Alcala etaient cependant tres distingues; les reglements de 1'Universite fort sages. Erasme en faisait 1'eloge; et il felicitait 1'Espagne de marcher a la tete du mouvement intellectuel d'alors. Mais Inigo n'etait incorpore a aucun college de 1'Universite; il ne parait pas qu'il ait eu un directeur quelconque dans ses etudes; il se precipita vers toutes les portes ouvertes, dans la pensee sans do.ute qu'etant presse par l'ge, il devait avancer rapidement vers la theologie qui lui donnerait, avec le sacerdoce, le moyen de travailler efficacement au salut des ames. Tout ceci n'est que conjecture. Mais cette conjecture seule permet d'expliquer comment, dans 1'espace d'un an et demi, Inigo se jeta ainsi a travers la dialectique, la physique et la theologie, comme s'il cut suffi d'ecouter a la fois des Ie9ons de tout, pour tout savoir d'un coup.

Malgre ce manque de methode, il est impossible que devant 1'Universite d'Alcala, telle qu'il la connut en 1526, Inigo de Loyola n'ait pas eprouve une de ces secousses qui se prolongent dans la vie entiere.

Ximenes etait mort le 8 novembre 1517. Sur la tombe du cardinal, on lisait ces vers de Vergara :

Condideram musts Franciscus grande Lyceum, Condor in exigue nunc ego sarcophago.

Mieux que personne, Inigo, deserteur du manoir de ses peres, comprenait cette Ie9on sur la vanite des grandeurs humaines. Mais sans attendre la biographic que Gomez devait ecrire, il savait aussi que I'&me glorieuse du saint cardinal n'avait pu etre emprisonnee dans ce sepulcre de rharbre. Associee dans le ciel a la puissante intercession de saint Ildefonse, elle continuait a regir les destinees de 1'Espagne de Charles V. Et d'ailleurs, est-ce que les ceuvres de ce moine, qui fut le pere de la patrie, la providence de 1'figlise iberique et le protecteur des lettres, ne remplissaient pas tout Alcala ? La puissance de son genie et la ferveur de son zele n'avaient-elles pas

amene la des milliers d'etudiants venus de toute 1'Europe ? Et qu'etait-ce que cette Universite toute jeune, et deja celebre, vaste fourmiliere d'esprits en travail, sinon la science au service de la foi ? C'est assurement dans la ville de Ximenes, qu'Inigo de Loyola a eii, pour la premiere fois, la revelation de la noblesse divine du savoir.

II est vraisemblable d'ajouter qu'il dut emporter d'Alcala un sentiment assez vif de defiance contre firasme et Lefevre d'&aples. Celui-ci avait public en 1512 son Commentaire sur les Epitres de saint Paul. Celui-la avait fait imprirner a Bale en 1516, sa fameuse edition du Nouveau Testament. Ces deux livres, accueillis avec faveur par quelques professeurs d'Alcala, avaient ete depeces avec colere par 1'un des collaborateurs de la Polyglotte, Diego Lopez de Zuniga. Contre firasrne surtout, Zuniga avait entasse brochure sur brochure, denoncant au monde catholique Erasmicas impietates et blasphemias ; a quoi ^rasme repondait par d'infatigables apologies ' .

Cette guerre de plume eut meme un epilogue solennel, un mois precisement apres la venue d'Inigo a Alcala. L'inquisiteur general, Alonso Manrique de Lara, archeveque de Seville, presida a Valladolid, du 27 juin au 13 aout, une assemblee de plus de trente theologiens, afin d' essay er de tirer au clair les controverses provoquees par les livres d'^rasme 2 . Celui-ci avait, en Espagne, des partisans aussi decides 3 que ses adversaires : ses ceuvres se traduisaient en espagnol et se reimprimaient en latin, a Alcala meme dans la maison des Eguia. Une conclusion autorisee des debats etait done souhaitable.. On ne put y atteindre. Au bout de vingt seances, 1'assemblee de Valladolid deliberait de moins en moins dans la clarte. Bien que les adversaires d'firasme y fussent plus nombreux, on n' etait point d'accord sur le bien-fonde et la gravite des

1. Serrano y Sanz a etudi les proces-verbaux de cette junte (Revista de Archives, janv. 1902, 60-73; dans son Luis Vives, Bonilla y San Martin a aussi raconte" cette histoire.

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