DE LA VIE DIVINE SIJ
Dieu, c'est être en Dieu... : et qui voit Dieu reçoit ' la vie. Et voilà pourquoi, étant incompréhensible, inintelligible, invisible, il s'est fait visible, compréhensible, il s'est mis à la portée de l'homme : il veut vivifier ceux qui le reçoivent et le voient... Vivre sans vie est impossible; la vie dérive d'une participation de Dieu; participer à Dieu c'est le voir et jouir de sa bonté... La manifestation de Dieu qui se fait dans la création donne la vie à tous les vivants sur terre; combien plus la manifestation de Dieu qui se fait par le Verbe donne-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu !
Il fallait que les Prophètes qui dévoilaient l'avenir vissent ce Dieu qu'ils ordonnaient aux hommes de voir. . . (Pourtant), ce n'est manifestement pasla face de Dieu qu'ils voyaient, mais ses desseins et ses mystères... Ni Moïse, ni Elie, ni Ezéchiel, qui ont vu beaucoup de choses célestes, n'ont vu Dieu : c'est l'image de sa clarté qu'ils voyaient...; c'est donc la preuve que Dieu est invisible.
Les apparences sous lesquelles il se révèle sont variables comme l'attestent le livre de Daniel [m, 92; 11, 34; vu, 13] et l'apocalypse de Jean [i, 12; v, 6; xiv, 11]; et certaines actions des Prophètes le font voir aussi bien que leurs visions.
2. Dieu n^a besoin de rien ni de personne. Aucune idée, peut-on dire, n'est plus familière à Irénée; aucune ne revient aussi souvent sous sa plume. Voici un passage où il la développe (loio).
2l6 DIEU ET l'homme
Au commencement, lorsque Dieu modela Adam, ce n'est pas qu'il eût besoin de l'homme : il voulait avoir quelqu'un auquel communiquer ses bienfaits. Car le Verbe est antérieur non seulement à Adam, mais encore à toute création : toujours il glorifiait le Père et reposait en lui, et le Père le glorifiait... Il n'avait pas besoin de nous lorsqu'il nous ordonna de le suivre : il (voulait) nous donner le salut. Suivre le Sauveur, c'est participer au salut; comme suivre la lumière, c'est la recevoir. Mais être dans la lumière ce n'est pas éclairer, c'est être éclairé... ; on ne donne pas, on reçoit un bienfait... Pareillement notre dépendance par rapport à Dieu ne lui apporte rien : Dieu n'a pas besoin de l'obéissance de l'homme ; mais Dieu donne à ceux qui le suivent et lui obéissent la vie, l'incorruptibilité, la gloire étemelle.,. : il ne reçoit d'eux aucun bienfait. Car il est riche, et parfait, et n'a besoin de rien... Autant il est vrai que Dieu n'a besoin de rien, autant il est vrai que l'homme a besoin de la communion de Dieu. Et c'est la gloire de l'homme de persister et de persévérer dans la dépendance de Dieu. Et c'est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples [Joan. xv, i6] : « Vous ne m'ave^ pas choisi; c'est moi qui vous ai choisis »; il voulait dire que ce n'était pas eux qui le glorifiaient en le suivant, mais que c'était lui qui les glorifiait parce qu'ils suivaient le Fils dé Dieu... Et de même dès l'origine : Dieu a créé l'homme par munificence ; il a choisi les Patriarches pour les sauver; il a formé son peuple pour apprendre aux indociles à suivre