‹ Saint IrénéeChapitre 27 sur 181 · LA THEOLOGIE DE PTOLEMEE · texte numérisé non relu

LA THEOLOGIE DE PTOLEMEE

Principe (ITpoapj^Yj), le Premier Père (flpoTcdtTwp), FAbîme; il est invisible et infini. Etant infini et invisible, éternel et inengendré, il a duré pendant des siècles infinis en tout repos et tranquillité. Avec lui coexiste la Pensée ("Ewoia), qu'ils nomment aussi la Grâce et le Silence. Un jour, T Abîme songea à émettre de soi le commencement de toutes choses, et, comme la semence à la matrice, il voulut confier cette émission qu'il méditait au Silence qui coexiste avec lui : le Silence la reçut et, fécondé par là, il engendra l'Intelligence (NoOç). L'Intelligence est égale et semblable à celui qui l'a émise; Seule, elle peut contenir la grandeur (infinie) du (Premier) Père ; on l'appelle aussi le Monogène, le Père, le Commencement de toutes choses. Avec l'Intelligence a été émise la Vérité ; et Yoilà la primitive Tétrade pythagoricienne, l'origine première, ce qu'ils appellent aussi la racine de toutes choses : c'est l'Abîme et le Silence, l'Intelligence et la Vérité.

Apprenant d'où elle avait été émise, 1 ('Intelligence) Monogène émit à son tour le Verbe et la Vie, pères de tous ceux qui viendront, principe et forme active ([^dpcpaxjiç) de tout le Plérôme. De l'union du Verbe et de la Vie furent éniis l'Homme et l'Eglise; et voilà l'Ogdoade primitive, racine et fondement de toutes choses, qu'ils désignent par les quatre noms de l'Abîme, de l'Intelligence, du Verbe et de l'Homme. Chacun de ces huit Principes est hermaphrodite (àp^svdSirjlu;) : ainsi le premier (Principe), le Premier Père, s'est uni et accouplé à sa

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propre pensée, — le Monogène, c'est-à-dire Tlntelligence, à la Vérité, — le Verbe à la Vie, — THomme à rÉglise.

Tous ces Eons ont été émis en vue de la gloire du (Premier) Père; voulant à leur tour, et d'eux-mêmes, le glorifier encore, ils se sont unis...; le Verbe et la Vie, après avoir émis l'Homme et l'Église, ont émis dix autres Eons auxquels ils donnent les noms de Bythios et Mixis, Ageratos et Henosis, Autophyès et Hedoné, Acinetos et Syncrasis, Monogenès et Macaria: voilà les dix Eons qu'ont produits le Verbe et la Vie. Quant à THomme, il a émis avec l'Église douze Eons qu'ils appellent : Paraclet et Pistis, Patricos et Elpis, Metricos et Agapè, Aeinos et Synesis, Ecclesiasticos et Macariotes, Theletos et Sophia (la Sagesse).

Il y a donc en tout trente Eons, répartis en trois groupes, rOgdoade, la Décade et la Dodécade, formant par leur ensemble le Plérôme. — Mais la Sagesse (Sophia), dernier terme mâle de la Dodécade, désire avec passion connaître le Père mystérieux, l'Abîme ineffable; or cette connaissance est réservée à l'Intelligence; la Sagesse ne conçoit donc qu'un fruit imparfait, matière informe et principe du mal, Hachamoth. Afin de restaurer l'éternelle sérénité du Plérôme, l'Intelligence et la Vérité engendrent alors une seizième syzygie, le Christ et le Saint-Esprit sous l'action desquels les Eons, conscients de leur nature et respectueux du mystère suprême, raffermissent l'harmonie divine et offrent au Père, comme gage de leur obéissance, un trente-troisième et dernier Eon, Jésus ou le Sauveur. Le Père Ineffable, dans sa

bonté, n'abandonne pas Hachamoth : il lui envoie le Christ, puis Jésus et, la rapprochant ainsi de lui, y introduit tour à tour les formes substantielles, les substances inanimées, les substances animées, les substances spirituelles; Hachamoth épurée tire de la substance animée le Démiurge qui crée tous les êtres, y compris les hommes et sept Anges. — Seulement si certains hommes, qui connaissent ces choses, sont assurés du salut (les spirituels), de quelques crimes qu'ils se souillent, si certains autres sont assurés de périr avec la matière dont ils sont formés (les matériels), beaucoup ont besoin d'un Rédempteur : ce sont les hommes animaux, les chrétiens qui ne connaissent pas la gnose de Valentin. Le Rédempteur a l'apparence de la matière (la matière est incapable de salut) ; il est constitué réellement d'un élément animal, d'un élément spirituel et de Jésus Sauveur.. Toutefois le Sauveur n'est descendu dans le Rédempteur qu'au moment du baptême; il est remonté au Plérôme au moment de la comparution devant Pilate, emmenant l'élément spirituel, et laissant souffrir l'élément animal revêtu de son apparence matérielle. A la fin des temps, Hachamoth complètement épurée deviendra l'épouse du Sauveur et conduira les Spirituels dans le Plérôme ; le Créateur prendra sa place dans la hiérarchie des êtres, entourés des Animaux qui auront observé la loi morale; la matière enfin disparaîtra dans un embrasement général en même temps que les Matériels et ceux des Animaux qui n'auront pas réalisé leur fin 1.

Les disciples de Ptolémée faisaient très grand usage de la Bible pour défendre ce système.

Sans doute, disent-ils, ces choses (468) n'ont pas

I. Je résume ici l'analyse très développée qu'on pourra lire dans Mgr Duchesne : Les origines chrétiennes, p. 149-153.

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été dites ouvertement — tout le monde ne comprend pas la gnose — : c'est d'une manière mystérieuse que le Seigneur les a révélées, dans les paraboles, à ceux qui sont capables de comprendre. Ainsi les trente Eons sont indiqués par les trente années pendant lesquelles le Sauveur n'a rien fait en public et par la parabole des ouvriers de la vigne (mt. xx. 2). A les entendre, Paul nomme souvent les Eons, et de la manière la plus claire ; il observe même leur ordre ; ainsi lorsqu'il dit (eph. m. 21) : dapts toutes les générations des siècles des siècles, *

Bien plus, nous-mêmes, lorsque nous rendons grâces (à Dieu) et disons : dans tous les siècles des siècles, nous désignons les Eons ! Partout où on dit éon ou éons, ils veulent que ces mots se rapportent à eux.

La Dodécade d'Eons émise (par l'Homme et l'Église) est signifiée par les douze ans qu'avait le Seigneur lorsqu'il a discuté avec les docteurs de la Loi, et par le choix des Apôtres, qui étaient douze. Les dix-huit Eons qui restent sont révélés par les dix-huit mois qu'il aurait vécu avec ses disciples après sa résurrection d'entre les morts. Mais ce sont aussi les deux premières lettres de son nom ('lY)aouç), l'I et l'H qui indiquent avec clarté les 18 Eons 2. Et les 10 Eons sont indiqués de même, disentils, par ri qui est la première lettre de son nom ; c'est même pour cela que le Seigneur aurait dit : « Un seul

I. On sait que le mot Eon, àlwv, signij&e siècle, durée et aussi inonde. (Chez Origène, la diversité des mondes successifs se ramène sans doute à une succession à^époques dans la durée d'un même monde].

3. On sait que les Grecs employaient pour chiffres les 24 lettres de l'alphabet, sans en changer l'ordre, mais en y intercalant Tepîsemon, le coppa et le sampi : C zz: 10, yj z=: 8.

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