‹ Saint IrénéeChapitre 39 sur 181 · DE SIMON · texte numérisé non relu

DE SIMON

magie. Beaucoup le glorifièrent donc comme Dieu : il enseignait que, comme Fils, il s'était manifesté aux Juifs, comme Père il était descendu en Samarie^ pomme Esprit-Saint il visitait les autres nations ; il était la Vertu la plus élevée, c'est-à-dire le Premier

Père

Ce Simon de Samarie, duquel dérivèrent toutes les hérésies, a donc une secte dont voici la nature. Il avait racheté une certaine Hélène, femme publique de Tyr, en Phénicie ; il la promenait avec lui, disant que c'était la première pensée de son esprit, la mère de tous (les êtres), par laquelle, à l'origine, il avait songé faire les Anges et les Archanges. Cette Pensée (Ennoia), connaissant ce que voulait son Père, s'était détachée de lui, était descendue dans (les mondes) inférieurs, avait enfanté les Anges et les Puissances qui, disait-il, avaient fait ce monde. Mais, après avoir été enfantés, les Anges l'emprisonnèrent par jalousie^ ne voulant pas passer pour les enfants de qui que ce fût; quant au Père, ils l'ignoraient tout à fait... Afin que ne retombassent pas sur lui toutes les humiliations qu'elle avait souffertes, la Pensée en était venue à s'enfernxer dans un corps humain : à travers les siècles, elle passait de femme en femme, comme de vase en vase. C'était elle qui était cette Hélène d'où était sortie la guerre de Troie et qu'avait maudite Stésichore... ; passant ensuite de corps en corps, elle avait... toujours souffert l'humiliation, elle était même devenue une prostituée : c'est la brebis perdue (de l'Evangile).

6o LES DISCIPLES

' (Le Père) était donc venu lui-même... afin de la délivrer et de sauver les hommes en leur donnant la connaissance de ce qu'il était. Car les Anges gouvernaient mal le monde, chacun désirant être le premier; il était donc venu restaurer (toutes) choses ; il était descendu (du haut des cieux), il s'était transfiguré, il s'était fait ressembler aux Vertus, aux Puissances, aux Anges ; aux hommes même il était apparu, bien qu'il ne fût pas homme ; on croyait qu'il avait souffert en Judée, mais il n'avait pas souffert.

Les Prophètes ont été inspirés par les Anges qui ont fait le monde.... ; ceux qui espèrent en lui et en Hélène ne doivent plus se soucier d'eux, mais faire ce qu'ils veulent, comme des hommes libres : c'est la grâce de Simon qui sauve les hommes, ce ne sont pas les œuvres justes *... Leurs prêtres, (aux allures) mystiques, vivent donc dans la débauche, recourent aux opérations magiques..., aux exorcismes, aux incantations...; ils ont une image de Simon qui ressemble à Jupiter, une image d'Hélène qui ressemble à Minerve, et ils les adorent...

Son successeur fut Ménandre *, de Samarie : il atteignit aussi au comble (de l'art) de la magie. D'après lui, la Première Vertu était inconnue de tous ; luimême avait été envoyé par les (Eons) invisibles,

1. « Quapropter nec ulterius curarent eos hi qui in eum et in Helenam ejus spem habeant et, ut liberi, agerent quae velint : secundum enim ipsius gratiam salvari homines, sed non secundum opéras justas [672-3]. >

2. Ménandre ilorissait à la fin du premier siècle et au début du second siècle [Harnack: Chronologie, 533]. Cf. les textes réunis par Harnack: Die Ueberlteferung, 154.

DE SIMpN 6l

comme Sauveur, pour le salut des hommes ; le monde était Tœuvre des Anges, qui sont émanés de la Pensée... S'il enseigne la magie, c'est afin de donner une science qui permette de vaincre les Anges, auteurs du monde ; en recevant son baptême, ses disciples reçoivent la résurrection, ils ne peuvent plus mourir, ils persévèrent, sans vieillir, dans l'immortalité.

Parmi leurs disciples (673), Saturnin d'Antioche *... et Basilide... développèrent des doctrines différentes l'un en Syrie, l'autre à Alexandrie. Pour Saturnin comme pour Ménandre, il y a un Père inconnu à tous, qui a fait les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances ; mais ce sont sept Anges qui ont fait le monde et tout ce qu'il renferme. (Les hommes ont été faits par les Anges à l'image d'une Puissance supérieure qu'ils ont entrevue et qui, par pitié, a donné à l'homme l'étincelle de vie) ; le Sauveur est inengendré, incorporel, sans figure, bien qu'on ait cru le voir sous l'apparence d'un homme ; le Dieu des Juifs est un des Anges... (Il y a deux espèces d'hommes que le Sauveur vient sauver et perdre). Le mariage et la génération sont l'œuvre de Satan. Beaucoup s'abstiennent aussi (de manger) des animaux, et par cette fausse continence séduisent nombre (d âmes). Ils ont des prophéties dictées, les unes par les . Anges, auteurs du monde, les autres par

I. Ses dates ne sont pas connues avec précision: il florissait sans doute après Ménandre, dans la première moitié du second siècle [Haanack : Chronologie^ 289-290]. Cf. les textes dans Die Uehertieferung, 157.

62 BASILIDE : LE PLEROME

Satan : c'est leur adversaire, c'est surtout Tennemi du Dieu des Juifs.

Exposition du système de Basilide ^

Pour paraître plus profond et plus vraisemblable, Basilide donna à sa doctrine un développement immense.

D'après lui, du Père inengendré est née d'abord l'Intelligence, de l'Intelligence le Verbe, du Verbe la Raison, de la Raison la Sagesse et la Puissance, de la Puissance et de la Sagesse les Vertus, les Princes, les Premiers Anges qui ont fait le premier ciel. Puis, de ces Anges ont émané d'autres Anges, un autre ciel a été fait semblable au premier ; de la même manière d'autres ont été formés (encore), images de

I. Basilide enseignait, vers 133-15 S (Harnack : Chronologie ^ 290-291). Cf. les textes dans Die Ueoerlieferung^ p. 157-161. Il avait écrit 24 livres sur l'Evangile ; il s'appuyait sur de prétendues révélations que Jésus aurait faites à Matthias et que Matthias lui aurait confiées afin d'accréditer un second ouvrîige qu'il avait composé lui-même sous le nom d'Evangile. — Clément d'Alexandrie donne d'importants .extraits de Basilide dans ses Strojntates. Mais la description que fait saint Hippolytb de sa doctrine dans les Philosophoumena se rapporte au début du III® siècle : le Basilidianisme de ce temps différait profondément du Basilidianisme primitif.

ceux (jui leur sont supérieurs, et un troisième ciel a été établi ; et du troisième un quatrième est descendu, et, de la même manière, ont été faits d'autres Princci et d'autres Anges, (en tout) trois cent soixantecinq cieux : c'est pourquoi il y a autant de jours

dans Tannée...

Les Anges qui habitent le dernier ciel, celui que nous voyons, ont fait tout ce qui est dans le monde, la terre, les nations qui sont à sa surface. Leur chef est celui qu'on croit être le Dieu des Juifs ; et c'est parce qu'il a voulu soumettre aux siens, aux Juifs, les autres peuples, que les autres chefs (des Anges) se sont dressés contre lui..., que les autres peuples se sont rués sur son peuple. Mais le Père inengendré et ineffable voyant qu'ils étaient perdus, envoya son premier-né, l'Intelligence — c'est elle qu'on appelle le Christ — pour délivrer ceux qui croiraient en elle du pouvoir de ceux qui ont créé le monde. Il s'est fait voir sur terre, aux nations, sous V apparence d'un homme, et il a fait des miracles. Ce n'est pas lui qui a souffert, mais Simon de Cyrène qu'on avait réquisitionné pour porter sa croix ; c'est Simon qui..., par erreur, a été crucifié : il avait été transfiguré par le Christ afin qu'on le crût être Jésus ; et c'est Jésus même qui a pris la figure de Simon et qui, restant

là, s'est moqué d'eux Ceux-là sont délivrés des

Princes, les Auteurs du monde, qui savent ces choses ; il ne faut pas confesser celui qui a été crucifié, mais celui qui est venu sous figure humaine, qu'on a pensé crucifier... Si donc quelqu'un confesse le

64 LES RITES BASILIDIENS

crucifié, il est encore esclave ; qui le nie est délivré..., et connaît les desseins du Père Inengendré.

Pour Tâme seule, il y a un salut, car le corps est de nature corruptible. Les prophéties viennent des créateurs du monde, la Loi vient du Prince de ces Anges qui a fait sortir le peuple de la terre d'Egypte... Ils tiennent pour Tindifférence de toutes les actions et de la débauche. Ces magiciens se servent d'images, recourent aux incantations, aux invocations... ; ils forgent des noms (qu'ils disent être ceux) des Anges, ils prétendent que ceux-ci sont du premier ciel, ceux-là du second, et ils s'efforcent... (de décrire leurs) trois cent-soixante-cinq cieux Qui connaîtra tous les Anges..., leur deviendra invisible, ne pourra être saisi par eux... — Ils fixent la situation locale des 365 cieux, comme font les mathématiciens, dont ils acceptent, du reste, les théorèmes : ils les font passer dans leur système. Ils appellent le premier ciel Abraxas ; et c'est pour cela qu'il a le nombre 365.

Exposition du système de Carpocrate *■

Selon Carpocrate et ses sectateurs, le monde et

I. Harnack: Chronologie, 296; Die Ueherlieferung^ 161. Il avait écrit un traité Tcepl 8ixao(ji3vY)C.

THÉOLOGIE DE CARPOCRATE 65

ce qu'il contient a été fait par des Anges de beaucoup inférieurs au Père Inengendré. Jésus est né de Joseph ; si, (par là), il est semblable au reste des hommes, il «n diffère parce que son âme ferme et pure s'est rappelé ce qu'elle avait vu... (auprès) du Dieu Inengendré. C'est pourquoi une vertu lui a été envoyée afin qu'elle pût échapper aux créateurs du monde, et, les ayant tous dépassés, absolument délivrée, remonter vers lui ; pareille destinée attend les âmes qui lui ressemblent. L'âme de Jésus... a méprisé les créateurs, et c'est pourquoi elle a reçu les vertus (rédemptrices)...; Tâme qui lui ressemble peut mépriser les Principes créateurs du monde et recevoir les mêmes vertus pour accomplir les mêmes (merveilles).

Ils en sont venus à ce point d'orgueil qu'ils disent que certains sont semblables à Jésus ; que d'autres sont plus parfaits que ses disciples, un saint Pierre et un saint Paul, par exemple..., alors que ce saint Pierre ou ce saint Paul ne seraient pas, à les entendre, inférieurs à Jésus : les âmes (de ces parfaits, disent-ils), viennent, en effet, des mêmes (cercles célestes)...

Eux aussi recourent aux opérations magiques, aux incantations, aux philtres...; ils disent qu'ils peuvent maîtriser les... créateurs de ce monde et même tout ce qui s'y trouve... Ils mènent une vie de débauche ; leur folie est telle... qu'ils disent pouvoir commettre tous les sacrilèges, toutes les impiétés : car le bien et le mal ne sont que des opinions humaines. (Les

6b MARCELLINA

âmes passent de corps en corps jusqu'à ce qu'elles aient commis tous les crimes), selon ce que disent leurs écrits... Font-ils tous ces sacrilèges..., je ne le crois pas volontiers ; mais voici ce qui est écrit dans leurs livres et ce qu'ils exposent eux-mêmes : Jésus a parlé mystérieusement, en particulier, à ses disciples et à ses Apôtres ; il leur a demandé d'instruire ceux qui en sont dignes : c'est la foi et l'amour qui sauvent ; tout le reste est indifférent, ce n'est que l'opinion des hommes qui estime une chose bonne, une chose mauvaise ; il n'y a rien qui, de sa nature, soit mal.

D'autres, parmi eux, marquent leurs disciples au revers de l'oreille droite. Marcellina était des leurs, qui est venue à Rome sous Anicet (155-166?) et a fait périr beaucoup d'âmes... Ils ont des images peintes, ils ont des statues — le portrait du Christ a été fait par Pilate, disent-ils, quand Jésus vivait parmi les hommes; — ils les couronnent, ils les mettent en belle place avec les images des philosophes, de Pythagore, de Platon, d'Aristote et des autres...

THÉOLOGIE DE CÉRINTHE 6j

La Gnose Judéo-Chrétienne *

Cérinthe enseignait en Asie : ce n'est pas le premier Dieu qui a fait le monde, mais une Vertu qui en est fort éloignée et qui est loin de la Principauté Suprême et qui ignore le Dieu Suprême. Quant à Jésus, il n'est pas né d'une Vierge : cela lui paraît impossible ; il est fils de Joseph et de Marie de la même manière que le reste des hommes ; il a eu plus de justice, de prudence et de sagesse... Après son baptême, venant de la Principauté suprême, le Christ est descendu sur lui sous la forme d'une colombe ; il a annoncé le Père inconnu, il a fait des miracles ; à la fin, il s'est envolé, laissant Jésus. Jésus a souffert, il est ressuscité, mais le Christ, n'ayant pas de corps matériel, est resté impassible.

Ceux qu'on appelle les Ebionites admettent que le monde a été fait par Dieu : leur doctrine du Seigneur s'écarte de ce que pensent Cérinthe et Carpocrate. Ils se servent seulement de l'Evangile de saint Matthieu, rejettent saint Paul qu'ils disent être un

I. Sur Cérinthe, qui vécut à la fin du premier ou au début du second siècle. Cf. Harnack : Chronologie, 533 ; Die TJeherlieferung, 155. — Sur les Nicolaïtes. Cf. Harnack: Chronologie^ ^"^(y^ Die Ueoerlieferung^ 154.

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