LEPITRE A FLORA
Appendice au livre I d'Irénée
l'ÉPITRE a FLORA
Les théoriciens gnostiques dont Irénée analyse la doctrine ne nous sont pas directement connus : les écrits gnostiques qui sont publiés sont postérieurs à Irénée * ; et, si M. Cari Schmidt a découvert en mai 1896 quatre traités hérétiques antérieurs à l'évêque de Lyon, r'Aicdxpucpov 'Iwdtvvou, la SocpCa *lY)aoO XpioroO, la Ilpa^iç Ilé-rpou, rEOaYYé).tov xa-rà Mapià[i, ces quatres traités ne sont pas édités encore.
Seul un fragment de Ptolémée nous est parvenu ; il ne traite, malheureusement, que d'une question particulière. Il est intéressant, néanmoins, de le rapprocher des pages qu'on a lues plus haut. — C'est une lettre adressée à une certaine Flora 2.
La Loi qui a été établie par Moïse... n'a pas été comprise de beaucoup ; son fondement et ses prescriptions exactes ont été également ignorées : vous vous en rendrez compte aisément, je crois, en apprenant combien sont différentes les théories qu'on .propose. Les uns disent qu'elle a été faite par le Dieu et Père. D'autres soutiennent le contraire et affirment qu'elle
I. Sauf quelques fragments, réunis dans la Patrologie grecque, tome 7, 1264-1381.
a. P. G. 7, 1281-1293. — Harnack: Sit3[ungsheritche der K. Akademie der Wiss. Berlin, 1902. Erster Halfband, p. 507 ; il donne une édition critique du texte p. 536, un© traduction p. 513.
8o CRITiaUE DU PENTATEUQUE
a été portée par son ennemi, Fauteur de la corruption, le diable, le même auquel ils attribuent la création du monde, et qu'ils appellent le Père et Créateur... Chacun d'eux passe à côté de la vérité : car il ne semble pas que la Loi ait été établie par le Dieu et Père parfait, puisqu'elle est' imparfaite et doit être complétée et que certaines de ses prescriptions répugnent à la nature de Dieu ; mais on ne peut pas, en revanche, l'attribuer à son ennemi... : car notre Sauveur a dit : « Toute maison ou toute cité divisée contre elle-même ne peut se tenir debout » [Mt. XII, 25]. En outre, la formation du monde est son œuYve^pmsque <!: tout a été fait par lui et que sans lui rien n'a été fait :^[Josin. i, 3]... Les uns ignoraient le Dieu de la justice, les autres le Père de l'univers... Pour nous, qui les connaissons l'un et l'autre, il reste que nous vous révélions avec exactitude ce qu'est la Loi et sa nature, et quel législateur l'a établie. Nous tirerons nos preuves des paroles de notre Sauveur ; elles seules mènent sans faux pas à l'intelligence de ce qui est.
D'abord il faut savoir que l'ensemble de la Loi qui est contenue dans le Pentateuque de Moïse n'est pas l'œuvre d'un seul législateur, je veux dire n'est pas l'œuvre de Dieu seul. Il s'y trouve certaines prescriptions qui ont été établies par les hommes. Elle est divisée en trois (parties), comme nous l'apprennent les paroles du Sauveur. Il y a la part de Dieu et sa législation ; il y a la part de Moïse, non pas en tant qu'il a été l'intermédiaire de Dieu, mais en tant
SES TROIS PARTIES 8l
que, de son propre fond, il a fixé certaines lois ; enfin, il y a la part des Anciens du peuple.
Comment cette division se fonde-t-elle sur les paroles du Sauveur, vous allez l'apprendre. Répondant à ceux qui discutaient avec lui au sujet du
divorce, il leur a dit : ^A cause delà dureté de
votre cœur y Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes; mais au commencement il n'en était pas de même » [Mt. xix, 8]. Et : « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas -^ [Mt. xix, 6]. Dans ce passage, le Sauveur montre que, autre est la loi de Dieu qui empêche de séparer la femme de son mari, autre la loi de Moïse qui a égard à la dureté de cœur et qui sépare ce'qui était uni. Et en cela la loi portée par Moïse est contraire à Dieu ; mais, si Moïse a agi de la sorte, c'est afin d'éviter aux Juifs de plus grands crimes. — Que les Anciens aient, de leur côté, établi certaines lois, c'est ce que montre clairement cette parole du Sauveur : « Dieu a dit : Honore ton père et ta mère afin qu'il V arrive du bonheur,,. Vous y au contraircy vous ave^ dity continue-t-il en s'adressant aux vieillards : tout ce que j'offre à Dieu vous profitera ; ainsi vous ave^ rendu vaine la loi de Dieu par la tradition de vos Anciens » [Mt. xv, 3, sq.]... Ces (textes) montrent avec clarté que la Loi se divise en trois parties.
Ptolémée enseigne ensuite que la partie divine du Pentateuque se divise à son tour en trois parties. La première est toute pure, sans aucun mélange de mal ; c'est