DU DUALISME
deux Dieux qu'ils opposent se limitent Tun l'autre : ils ne sont plus Dieu. Si les Marcionites admettent deux Dieux, pourquoi n'en imaginent-ils pas davantage? Ou bien il n'y aura qu'un Dieu, qui contiendra toute réalité, comme la cause contient l'effet, ou bien il y aura une infinité de dieux limités les uns par les autres, c'est-à-dire dont aucun ne sera Dieu : à chacun il manquera tout ce que sont les autres.
Vous prétendez échapper à ces difficultés en recourant aux Anges. — Votre espérance est vaine, et stérile votre manœuvre; bien plus, vous aggravez votre cas. Car, de deux choses l'une : ou les Anges qui ont créé le monde ont obéi à Dieu, ou ils lui ont désobéi. S'ils ont désobéi à Dieu, ils sont donc plus puissants que Dieu, et Dieu bien faible, bien négligent^ bien indifférent ; la matière dont ils ont fait le monde venait-elle de Dieu, Dieu n'est donc pas maître chez lui; et si la matière ne vient pas de Dieu, nous retombons dans toutes les difficultés qu'on a dites tout à l'heure. — Examinons l'autre alternative : les Anges ont obéi à Dieu. Le créateur. du monde, c'est donc la volonté de Dieu; vous abandonnez votre thèse, vous revenez à l'Eglise catholique. L'auteur du succès dans une guerre, c'est celui qui a préparé les causes d'où la victoire est sortie. On ne dit pas que c'est la hache qui coupe l'arbre, mais l'homme. Le créateur du monde, ce ne sont pas les Anges, c'est Dieu.
Ce n'est pas tout. Pour cette raison encore, il est absurde de dire que la création n'est pas l'œuvre du Dieu suprême qui, par définition, contient tout dans son sein. Ce vide où le monde a trouvé place et pris forme, la suprême Plénitude en connaissait-elle ou en ignorait-elle l'existence ? Si elle en ignorait l'existence et ignorait en même temps que la création devait l'occuper un jour, votre Dieu, qui n'a ni science ni prescience, n'est plus Dieu. Si elle en connaissait l'existence et la destinée, comment expliquerez-vous qu'elle l'ait laissé si longtemps