FAIBLESSE
sans le remplir; et comment soutiendrez-vous qu'elle n'est pas l'auteur du ttionde, si sa pensée en a formé le modèle et créé l'idée?
Ce Vide, du reste, d'où vient-il? S'il vient du Dieu suprême, il est semblable au Dieu suprême, et donc. Dieu est semblable au Vide, et l'Etre au Néant ! Mais s'il ne vient pas de Dieu, c'est donc lui-même qui s'est formé et engendré : il est Cause de soi {a se); il est égal à Dieu, frère de Dieu, il est Dieu. — S'ils veulent échapper à ces conséquences et prétendre que la création n'est pas extérieure au Père, qu'elle n'est en dehors, ni de son immensité spatiale, ni de Ba connaissance consciente, comment expliquer que le Père accepte cette souillure, que le Parfait souffre l'imparfait, que la lumière soit tachée d'ombre? Comment les homn^es pourraient-ils attendre quelque bienfait d'un Dieu pareil? comment pourraientils accéder à la perfection si leurs auteurs sont imparfaits ?
DiscttBsion du Panthéisme
Saint Irénée s'achemine ainsi à l'examen de l'autre hypothèse qu'il a d'abord énoncée ; après avoir réfuté le dualisme, il arrive à la discussion de la théorie panthéiste suivant laquelle la création est un pur développement (éclosion basilidienne, émanatisme valentinien) de la substance divine. De deux choses l'une, dit-il : ou bien cette création sera aussi lumineuse et parfaite que le Dieu suprême, et alors, vous êtes contredits par les faits ; ou bien vous reconnaissez qu'elle est imparfaite, et c'est alors Dieu
DU PANTHEISME qi
lui-même que vous chargez d'imperfection. Ou bien la création est à la fois corruptible, puisque terrestre, et incorruptible, puisque divine — ce qui est absurde, — ou bien c'est Dieu même que vous accusez.
En vain voudrez-vous défendre le Dieu suprême et sauver son honneur en imaginant un ou des créateurs distincts. Anges ou démiurge. Car, ou bien c'est avec l'assentiment de Dieu qu'ils émanent de son être, et dès lors il est responsable de leur œuvre, lui qui permet à la souillure de se propager, à l'erreur, au temps, à la corruption de maculer l'incorruptible, et l'éternel, et la vérité ! Ou bien, c'est malgré Dieu qu'ils sortent de son sein : que devient alors sa puissance, ou que devient son honnêteté ? ou bien il est faible, ou bien il est hypocrite et esclave de quelque nécessité. Or, il est tout à fait contradictoire de dire que Dieu, dont la puissance et la liberté sont l'essence, pourrait être l'esclave de la nécessité de telle sorte que plusieurs choses s'accompliraient contre son gré ; ce serait faire la nécessité plus forte que Dieu même, ce serait la mettre au-dessus de lui et avant lui. Si la nécessité devait devenir si puissante, il fallait l'extirper dès le principe et ne pas s'exposer à la subir par des concessions indignes du caractère de Dieu. Cette conduite eût été plus sage, plus logique, mieux appropriée à la puissance de Dieu que d'attendre plus tard, comme s'il venait à résipiscence et cherchait à détruire les conséquences issues de cette nécessité. Si le Père de l'univers lui est ainsi soumis, il tombera sous l'action de la fatalité ; il sera comme le Jupiter d'Homère que la nécessité oblige à dire : « Je t'ai fait ce don comme de plein gré, mais je ne voulais pas te le faire. >
Voici une autre difficulté de votre hypothèse : comment soutenir sérieusement que le démiurge ou les Anges, émanés de la substance du Dieu suprême, le puissent ignorer ? Ne sont-ils pas dans son domaine ? S'il est invisible, sa providence ne le manifeste-t-elle pas ? Si la