LA TRADITION ORALE I
Le témoignage de la Tradition chrétienne *■
Nous n'avons pas connu Téconomie du salut par d'autres que par ceux qui nous ont apporté TEvangile : d'abord, ils l'ont prêché ; ensuite, par la volonté de Dieu, ils nous l'ont confié dans des Ecritures afin qu'il devienne le principe et le support de notre foi. Il n'est pas permis de dire qu'ils ont prêché avant d'avoir une connaissance parfaite (de l'économie du salut), comme certains l'osent faire qui se glorifient de corriger les Apôtres. C'est après la résurrection du Seigneur..., c'est après avoir été revêtus de la vertu de F Esprit-Saint..., avoir été comblés de tous (les dons) et avoir reçu la perfection de la connaissance, qu'ils ont poussé jusqu'aux extrémités du monde et répandu la bonne nouvelle de tous les biens que nous envoie Dieu et annoncé aux hommes la paix du ciel : tous et chacun possédaient également l'Evangile de Dieu.
I. Â cette époque, Juifs et Païens, tout le monde se réclame de la tradition : refflorescence de la littérature apocryphe le prouve, les écrits pseudo-pythagoriciens comme les écrits pseudo-apostoliques ou encore ïe recueil de Papias. Cf. notre Saint Irénée, (Lecoffre), p. 1 13-120. — Mais il s'en faut qu'on l'accepte sans la critiquer : Irénée lui-même en est la preuve, aussi bien que Ptolëmée. On sait, du reste, queUes discussions a . soulevées la définition du canon scripturaire.
124 ^^S aUATRE EVANGILES
Matthieu a écrit TEvangile pour les Hébreux, dans leur propre langage, au moment où Pierre et Paul le prêchaient à Rome et fondaient Téglise (romaine). Après leur mort, Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous a, à son tour, transmis par écrit les enseignements de Pierre. Luc, compagnon de Paul, nous a aussi transmis dans un livre les enseignements de Paul. Ensuite Jean, le disciple du Seigjieur, celui qui reposa sur sa poitrine, a aussi publié TEvangile lorsqu'il vivait à Ephèse, en Asie *.
(Ces Evangélistes et ces Apôtres) nous ont tous appris qu'il n'y avait qu'uN seul Dieu, créateur
DU CIEL ET de LA TERRE, ANNONCÉ PAR LA Loi ET LES PRO- PHETES et qu'uN SEUL Christ, Fils de Dieu. Quiconque ne s'accorde pas avec eux méprise ceux qui sont en communion avec Dieu, méprise aussi le Christ Seigneur, méprise aussi le Père lui-même ; il se condamne lui-même parce qu'il résiste et répugne à (ce qui est) son salut. C'est l'histoire de tous les hérétiques.
I. Papias, cité par Eusèbe, H. E., III, 39, dit que Matthieu a écrit les Logia en langue hébraïque ; il ne dit pas qu'il a écrit au moment où Pierre et Paul fondaient l'église romaine (entre 58 et 64). Papias n'est donc pas ici la source, ou du moins la source unique, d'Irénée. — Nous ne savons pas, du reste, si Papias parlait de saint Luc. Le témoignage d'Irénée qui, le premier, attribue à ce compagnon de saint Paul le troisième Evangile, a été unanimement confirmé par la critique moderne. — Quant à saint Jean, auteur du quatrième Evangile, Irénée reproduit sans doute ici le témoignage de Polycarpe qu'il avait personneUement connu et qui avait personneUement connu saint Jean. Cf. lettre à Florinus, suprà et -P. G., 7, 1231, et l'ouvrage d'Irénée, II, 23, 5, 785. — Le témoignage d'Irénée relatif à saint Marc est confirmé par Papias apud Eusehiunù^ qu'Irénée ne semble pas connaître. Tous ces renseignements paraissent être très sûrs.
LES GNOSTiaUES ET LA TRADITION I25
Lorsqu'on les condamne en s'appuyant sur les Ecritures, ils se tournent contre elles pour les accuser : elles se trompent, elles sont sans autorité, leur enseignement n'est pas uniforme, elles ne peuvent pas donner la vérité à ceux qui ignorent la Tradition ! La Tradition, (continuent-ils), ne se transmet pas par récriture, mais de vive voix ; et c'est pour cela que Paul a dit : « Sapicntiam autcm loquimur tnter perfectoSy sapicntiam aiitem non mundi Jiujus, » [I, Cor., Il, 6]. Et cette sagesse, à entendre chacun d'eux, c'est ce que chacun trouve, c'est-à-dire une imagination... ; tantôt elle parle par Valentin, tantôt par Marcion, tantôt par Cérinthe, ou bien par Basilide..., ou bien par quiconque attaque et dispute sans pouvoir rien dire de salutaire...
Mais lorsque nous en appelons à cette Tradition qui vient des Apôtres et que les presbytres succédant aux presbytres gardent dans les églises, ils combattent la Tradition, ils disent qu'ils sont plus savants que les presbytres et même que les Apôtres et qu'ils ont trouvé l'authentique vérité. Les Apôtres auraient mêlé aux paroles du Sauveur des idées légalistes... ; bien plus, le Seigneur lui-même aurait parlé tantôt au nom du Démiurge, tantôt au nom du Dieu Suprême... ; et ce seraient les Gnostiques qui connaîtraient le mystère caché, certainement, exactement, authentiquement. Il n'est pas de plus impudent blasphème contre le Créateur. De la sorte, ils ne s'accordent ni avec les Ecritures ni avec la Tradition.
Et voilà nos adversaires, mon ami bien-aimé :
126 LES ÉGLISES APOSTOLiaUES
comme des serpents, ils tâchent de nous glisser (entre les mains) et de s'échapper. C'est pourquoi il faut leur fermer toutes les issues... : (peut-être) pourrons-nous en convertir quelques-uns à la vérité !...
La tradition des Apôtres est manifeste dans le monde entier : il n'y a qu'à la contempler dans toute église, pour quiconque veut voir la vérité. Nous pouvons énumérer les évêques qui ont été institués par les Apôtres et leurs successeurs jusqu'à nous : ils n'ont rien enseigné, rien connu qui ressemblât à leurs imaginations délirantes. Car, si les Apôtres avaient connu des mystères cachés dont ils auraient instruit les parfaits en dehors et à Tinsu du reste (des chrétiens), c'est surtout à ceux auxquels. ils confiaient les églises qu'ils les auraient communiqués de préférence. Ils exigeaient la perfection absolue, irréprochable (I, Timoth., m, 2) de ceux qui leur succédaient et auxquels ils confiaient, à leur place, la charge d'enseigner...
Mais comme il serait trop long, dans un livre comme celui-ci, d'énumérer les successeurs des Apôtres dans toutes les églises, nous ne nous occuperons que de la plus grande et la plus ancienne, connue de tous, de l'église fondée et constituée à Rome par les deux très glorieux Apôtres Pierre et Paul ; nous montrerons que la tradition qu'elle tient des Apôtres et la foi qu'elle a annoncée aux hommes sont parvenues jusqu'à nous par des successions régulières d'évéques ; et ce sera la confusion de tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, par com-