‹ Saint-Jean-Baptiste de MontrealChapitre 15 sur 24 · UN ARTICLE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

UN ARTICLE HISTORIQUE

“Il y a cinquante ans aujourd’hui que la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Montréal a été fondée, ou, plus exactement,, que son ancienne église, incendiée le 29 janvier 1898, s’ouvrit au culte. C’est le 28 juin 1874, en effet, que le défunt grand-vicaire Moreau procéda aux rites de la bénédiction de cette grande église de la rue Rachel qu’il a fallu deux fois rebâtir. Mais une desserte existait au village Saint- Jean-Baptiste depuis 1873, et même depuis 1872, et d’autre part, l’érection canonique de la paroisse, par feu Mgr Bourget, ne date, elle, que du 1 1 décembre 1875. On célèbre quand même, et justement d’ailleurs, ces jours-ci, les noces d’or de cette florissante paroisse du nord de la ville. Mgr le curé

Dubuc, ses dévoués vicaires et les marguilliers n’ont rien épargné pour que ces fêtes soient solennelles et mémorables.

“Cinquante ans, c'est beaucoup dans la vie d’un homme, mais c’est peu de chose dans la vie d’une institution ou d’une paroisse. Que n’a-t-on pas fait, cependant, à Saint-Jean-Baptiste, et aussi bien dans chacune des nombreuses paroisses de Montréal, au cours de ce dernier demi-siècle ? Et comme il avait raison, le grand Mgr Bourget, de vouloir multiplier les paroisses dans sa ville épiscopale! Les anciens se le rappellent, la division, en 1 866, de Notre-Dame, l’unique paroisse de Montréal jusque-là, fut l’occasion d’un sérieu'x conflit, à cause des droits acquis de Saint-Sulpice, que l’évêque reconnaissait sans doute, mais dont il voulait modifier la teneur pour le mieux des âmes. Par son décret du 22 décembre 1865, Rome donna raison à Mgr Bourget. Vingt ans plus tard, le 12 juin 1885, devant les restes mortels du grand évêque, à Notre-Dame même, dans une oraison funèbre restée célèbre, un éminent supérieur de Saint-Sulpice, M. Colin, rendait hommage à la justesse et à la profondeur des vues du vénéré prélat sur ce sujet comme sur tant d’ autres. Et aujourd’hui, après soixante ans, les événements accomplis nous paraissent plus probants que toutes les

NOCES D’OR DE LA PAROISSE

démonstrations et plus éloquents que tous les discours !

“Cinq curés seulement se sont succédé à l’église de la rue Rachel depuis cinauante ans: M. Maynard (1874-1878), M. Dozoi-s (1878-1880), M. Auclair (1880-1911), Mgr Forbes (1911-1913) et Mgr Dubuc de 1913 jusqu’à date. Au début, la paroisse comptait environ 4,000 âmes. Elle en a actuellement tout près de 16,000. Deux fois, en 1898 et en 1911, l’église fut rasée par l'incendie. Chaque fois, la générosité des fidèles paroissiens et le zèle de leurs curés l’ont fait renaître de ses cendres plus riche et plus belle. Sur le sol fécond de l’ancien “village”, des institutions d’enseignement ou de charité ont germé et se sont épanouies, qui sont l’orgueil de l’importante paroisse d’aujourd’hui: l’académie

Marie-Rose (1876), l’académie Saint-Jean-Baptiste (1883), l’académie du Sacré-Cœur (1892), l’hospice Auclair (1894), l’école Lafontaine (1918). Une partie de la paroisse de l’Immaculée-Conception a été prise du territoire de Saint-Jean-Baptiste (1884). Les Pères du Saint-Sacrement s’y sont établis sur l’avenue Mont-Royal (1890). Malgré l'es incendies successifs et d’autres revers encore, tout, en somme, a prospéré admirablement.

“Chez nous, grâce à Dieu, les écoles et les hospices, comme en Europe aux âges de foi, sont des œuvres

connexes à l’œuvre paroissiale proprement dite. Et c’est pourquoi l’on peut affirmer que ce progrès, à Saint-Jean-Baptiste, est dû en bonne partie à l’initiative et au dévouement des curés qui se sont là succédé, en particulier du curé Auclair, qui fut en charge de la paroisse trente ans, soit les deux tiers du temps qu’elle a vécu jusqu’ici.

“Qu’elle est utile et féconde, pour le bien des âmes et des sociétés chrétiennes, l’œuvre de l’organisation paroissiale! Dans les villes, où tout s’emmêle et se cofinpénètre, c’est peut-être moins sensible et moins apparent que dans nos paisibles campagnes. Et pourtant, même dans les villes, que de bien et d’avantages nous vaut cet organisme de la paroisse catholique! On en jouit, sans y penser, comme de l’air que l’on respire et du soleil qui nous éclaire. On en vit, à la lettre, au spirituel surtout, mais même au temporel, et cela semble si naturel que, souvent, on ne songe pas à, en remercier le bon Dieu.

“J’ai eu l’honneur et la consolation d’écrire, à la demande de Mgr le curé Dubuc, une monographie paroissiale de Saint-Jean-Baptiste, qui vient de paraître (135 pages, 17 gravures). On trouvera là un précis des événements qui se sont déroulés autour de l’église de la rue Rachel de 1874 à 1924, des notices sur les évêques et sur les curés sous la juridiction de qui la paroisse a grandi et s’est développée,

NOCES D’OR DE LA PAROISSE

les noms des marguilliers, syndics et autres principaux citoyens qui ont aidé à ce développement, et, enfin, quelques considérations d’ordre général sur l’action de la Providencè en tout cela. J’aurais évidemment mauvaise grâce à insister. Quelque rétréci que soit le cadre que j’ai dû adopter et quelque pauvre que soit la forme dans laquelle j’ai pu raconter ce demi-siècle de “vie paroissiale’’, il est sûr que mon modeste livre comporte un intérêt spécial pour les paroissiens de Saint-Jean-Baptiste et leurs descendants.

“Longue vie et prospérité croissante à la chère paroisse, où j’ai vécu enfant, puis jeune prêtre, et où vivra toujours une partie de mon être! Que ses noces d’or lui soient une occasion de renouveau dans l’esprit de foi et dans les saines traditions de ses fondateurs et de ses pionniers!"

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