CHAPITRE VI
Administration dé Mgr Dubuc
Les derniers dix ans 1913-1924
Nommé à Saint-Jean-Baptiste le 12 août 1913, M. l’abbé Louis-Alexandre Dubuc, alors en charge de la paroisse de Saint-Clément-de-Viauville, vint prendre possession de sa nouvelle cure le 29 septembre suivant. L’actuel curé de Saint-Jean-Baptiste, devenu prélat le 30 avril 1919, administre donc la paroisse depuis au delà de dix ans. C’est cette dernière décade que nous avons maintenant à raconter. Nous touchons là à l’histoire immédiatement contemporaine. C’est toujours, nous ne l’ignorons pas, une matière délicate à traiter. Les Livres Saints nous préviennent qu’il ne sied pas de trop louer les vivants, si excellentes que soient leurs œuvres. Celles-ci, d’ailleurs, aux yeux de tous, parlent d’elles-mêmes. Nous allons en conséquence, pour la suite de notre récit, nous borner à exposer, le plus fidèlement que nous
9 AINT-JEAN-B APTISTE DE MONTRÉAL
le pourrons, et très succinctement, les faits et les œuvres de ces derniers dix ans, en laissant aux historiens de l’avenir de les apprécier selon leurs mérites.
Comme ses quatre prédécesseurs à l’église de la rue Rachel, le fait vaut d’être souligné, Mgr le curé Dubuc est un fils de cultivateur. Son père Louis Dubuc, frère de l’ancien Mgr Dubuc fondateur de l’orphélinat Saint-Arsène, avait sa terre à Longueuil, sur les confins de Boucherville, au bord de notre grand fleuve. Il avait épousé Elisa Sicotte. Ils sont morts tous les deux et leur riche propriété est devenue celle de leur unique fils. C’est là, à Longueuil, que Mgr Dubuc est né le 8 avril 1864. Il fit ses études classiques au séminaire de Saint-Hyacinthe et sa cléricature au grand séminaire de Montréal, où il reçut la prêtrise, des mains de feu Mgr Antoine Racine, le 22 décembre 1888.
Homme de talent, doué d’un sens pratique remarquable, naturellement distingué de manières et d’un commerce agréable, il fut très vite, jeune, entendu en affaires, ayant personnellement à gérer une administration importante. Au reste, appliqué à son devoir et à bien remplir ses fonctions sacerdotales, il n’a pas tardé à attirer l’attention de ses supérieurs ecclésiatiques qui lui ont, à maintes reprises, nous
le verrons tantôt, manifesté leur confiance. Il a à peine 60 ans, et sa carrière est déjà bien remplie.
M. l’abbé Dubuc a d’abord été vicaire à Saint- Vincent-de-Paul (Montréal), sous l’ancien curé Lavallée, cinq ans (1888-1893), puis aumônier du Mont-LaSalle (Montréal) un an (1893-1894) et enfin chapelain de la maison-mère des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (Hochelaga) cinq ans (1894-1899). En 1899, à 35 ans, il acceptait la tâche, toujours rude, de curé fondateur d’une paroisse, celle de Saint-Clément-de-Viauville. Il a passé là quatorze ans (1899-1913). Il y a bâti la première chapelle, le presbytère, un collège, et deux grandes écoles. Il était à construire l’église actuelle de Saint-Clément, construction nécessitée par les développements rapides de cette jeune paroisse, quand, au cours de l’été de 1913, Mgr l’archevêque Bruchési le nomma, pour succéder à Mgr Forbes, à la cure de Saint-Jean- Baptiste. Il avait juste 49 ans.
Entre temps, M. l’abbé Dubuc avait continué d’étudier et s’était tenu au courant. En 1896 et en 1904, il avait fait deux fois le voyage d’Europe. En 1904, il assistait au congrès marial de Rome et prolongeait ses pérégrinations jusqu’en Terre Sainte. Précédemment, en 1896, il servait de secrétaire au regretté Mgr Fabre, qui dut, cette fois, interrompre sa course, pour revenir, malade, mourir à Montréal
à la fin de cette même année. Ce souvenir d’avoir été le dernier compagnon de voyage du bon Mgr Fabre compte, nous le savons, dans la vie de Mgr Dubuc. Ajoutées à ses études personnelles, ses observations de voyageur avaient enrichi ses connaissances, cultivé son goût et affiné son sens artistique. Personne mieux que lui, semble-t-il, n’était préparé à la besogne de constructeur qui l’attendait à Saint-Jean-Baptiste.
Mgr Forbes, nous l’avons vu, avait généreusement travaillé pour relever de ses ruines l’église incendiée en juin 1911. D’importantes décisions avaient été prises pendant son administration par le conseil de fabrique, et les choses étaient bien en train. Mais, en fait, on était encore, rue Rachel, en présence d’un monceau de décombres. “ Arrivé chez nous, disait à Mgr Dubuc, dans un discours public, en une circonstance solennelle dont nous aurons à parler, l’un des marguilliers de la paroisse, M. l’avocat Julien, il vous fallut sans tarder faire face à la tâche. Les plans de l’église étaient prêts, mais il fallait les étudier, les modifier au besoin, les faire exécuter. Comment s’étonner si, durant les années de ce travail, on ne rencontrait pas souvent notre curé par les rues ? L’on avait peine même à l’atteindre au presbytère. . . Il allait au plus pressé, et c’est dans les bâtiments en construction, au milieu des
ouvriers et de leurs matériaux, qu’il fallait l’aller trouver, là où le noir de son costume de prêtre tranchait net sur ces fonds gris ou blancs. . . ” Et, comme on fêtait, ce jour-là, la prélature récente du dévoué curé, M. Julien ajoutait avec esprit : “ C’est sans doute pour ne pas avoir eu peur d’affronter la poussière des chantiers que votre ceinture et l’ourlet de votre soutane, Monseigneur, ont fini, à la longue, par se violacer ...”
Ce qui est encore plus certain, c’est que M. le curé Dubuc, dès son arrivée à Saint-Jean-Baptiste, ne ménagea ni son temps ni ses labeurs. “ Il ne suffisait pas de bâtir, disait encore M. l’avocat Julien dans ce discours auquel nous avons fait allusion, il fallait aussi payer. Or, sur ce terrain tout le monde fut d’accord. Vous avez pu. Monseigneur, relativement aux plans des bâtisses, soutenir des discussions assez vives ; mais je ne sache pas que quelqu’un ait différé d’opinion avec vous sur une question de finance. C’est ainsi que vous aurez su satisfaire tout ensemble et ceux qui ont du rêve dans l’âme et s’enflamment devant les beautés de notre église, et ceux aussi que les choses pratiques enthousiasment davantage.” En quelques mots, c’était tout dire.
M. le curé Dubuc, en effet, mena activement les choses. Cette fois, on ne préleva aucune “ répartition ” sur la propriété foncière et la fabrique fut
autorisée à effectuer les emprunts nécessaires pour assurer les travaux en construction, qui se poursuivaient sous la direction de M. l’architecte Casimir Saint-Jean et, comme le disait M. l’avocat Julien, sous la surveillance immédiate du curé. En moins de deux ans, l’église fut prête à être ouverte au culte. Le 14 mars 1915, Mgr l’archevêque Bruchési venait la bénir solennellement. Ce fut une belle fête, dont on garde le souvenir dans la paroisse. En présence de Mgr l’archevêque, assistant au trône, l’ancien curé, Mgr Forbes, chanta la messe pontificale, et l’éloquent et regretté Père Hage, provincial des Dominicains, prêcha. “ Cette demeure de Dieu est bien à vous, mes frères, dit-il au début de son sermon sur le culte dû à Dieu et le respect qu’on doit aussi à son temple. Cette maison de Dieu, vous l’avez, en effet, édifiée, réédifiée. Vous l’avez relevée de ses ruines et, non contents de la remettre debout, vous l’avez ornée, embellie, achevée. Voici qu’aujourd’hui le son joyeux des cloches — de ces cloches heureusement conservées — annonce la rentrée de Dieu dans son temple, le retour de Jésus-Hostie dans son tabernacle...” M. le curé Dubuc, lui-même, dans son allocution à Monseigneur, ajoutait : “ Nous avons voulu que notre temple soit beau et digne de son objet. . . Nous rêvons que de belles cérémonies se dérouleront ici avec un charme bienfaisant et que
L'intérieur de la troisième église (1915)
les âmes se sentiront dans le vestibule du ciel . . . Mes paroissiens ont souffert, Monseigneur, vous le savez. Mais, ils ont souffert avec patience : patience dans la pauvreté et l’exiguïté du local, patience dans une charité qui ne se repose et ne se lasse jamais. . .” — “ Vous souvient-il, mes frères, répondait Mgr l’archevêque, de cette page de nos Saints Livres qui nous montre les anciens d’Israël revenus dans leur temple reconstruit ? Eux, ils pleuraient parce que leur nouveau temple n’avait pas, quelle que fût sa beauté, la splendeur de celui de Salomon. Vous, mes frères, revenus dans votre église restaurée, vous n’avez rien à regretter. Votre temple s’est relevé plus beau qu’il n’était et répondant mieux, je crois, aux besoins de votre paroisse. . . Il nous éblouit par sa splendeur. Vous en êtes fiers, et vous avez raison.”
L’église actuelle de Saint-Jean-Baptiste, il n’est guère nécessaire de le dire aux paroissiens qui la fréquentent depuis neuf ans, est, en effet, vraiment belle. “ Par la vastitude de ses proportions, écrivait au lendemain de sa bénédiction le rédacteur du Bulletin paroissial (avril 1915), le vaisseau apparaît majestueux et imposant. Les tons délicats dont il est décoré et la lumière qui entre de toutes parts à flots victorieux lui donnent un éclat qui tempère le respect dont vous êtes d’abord saisi... Votre regard, libre de tout obstacle, embrasse toute l’église
d’un seul coup d’œil. Vous êtes tout de suite captivé par l’autel et le baldaquin. Pénétrez au sanctuaire et vous sentez que c’est là que l’artiste a réalisé son plus grand effort, qu’il a mis le meilleur de son âme et de sa foi. L’autel est justement proportionné, plutôt blanc, sans surcharge d’ornements. Il demeure simple dans sa richesse, d’un art simple et délicat. Le ciborium (tabernacle) au contraire est d’une éclatante somptuosité. Ses colonnes, en marbre de Sienne, s’élancent avec une élégance toute ionienne. Sa coupole prodigue, dans la richesse de ses ors, les symboles les plus variés soutenus par de gracieuses volutes. Autour du chœur, courent de nombreuses stalles, d’un travail très poussé. La voûte de l’abside porte quatorze vitraux qui attirent l’attention ...”
Cette description donne une bonne idée, croyonsnous, de l’intérieur du temple. Nous n’insistons pas sur l’extérieur, qui est aussi fort imposant, avec, à l’avant, son portique à colonnade. Il est dommage, seulement, qu’il n’ait pas été possible, en l’éloignant de la rue, de lui donner plus de perspective.
Au moment de la bénédiction, en mars 1915, l’ornementation et l’ameublement de l’église n’étaient pas encore, cependant, au complet. Il fallait des autels latéraux, des vitraux, des orgues. Ce sont les orgues qui vinrent les premières. Le 26 septembre 1915, Mgr T archevêque présidait à leur inaugu-
Les grandes orgues (église actuelle)
ration et les bénissait. L’instrument royal, comme l’appelle Monsabré, sortait de la maison Casavant. M. Gaston Déthier, de passage au Canada, les fit superbement résonner. L’abbé Noël Fauteux en dit tout aussi magnifiquement le rôle et le symbolisme. La chorale, sous la direction de M. Germain Lefebvre, fit merveille, selon son habitude.
En janvier 1916, on eut les autels latéraux. Le Bulletin de ce mois l’enregistre dans sa chronique :
Sept nouveaux autels ! Chacun de ces autels arrête les regards et satisfait les plus difficiles. Ils sont du style roman le plus pur. Les lignes sobres et harmonieuses révèlent une pensée nette et claire. Les festons sont délicats, fouillés jusque dans leur plus petits détails et posés avec grâce. Quelques mosaïques en relèvent la richesse. Surmontés chacun d’une superbe statue de marbre, ils constituent une digne réplique au maître-autel. . . ” Le Bulletin note en plus que trois de ces autels ont été donnés par les hommes congréganistes, par les dames de Sainte- Anne et par les enfants de Marie. Disons ici, au passage, que la lampe du sanctuaire, en cuivre rouge, est un don de la famille Pierre Terrault.
Un peu plus tard, en mars 1916, la chaire arrive de Chicago. Le chroniqueur du Bulletin reprend sa bonne plume et la présente ainsi à ses lecteurs : “ De style roman, elle aussi, elle rappelle, par ses
dorures, la coupole du baldaquin. . . l’abât-voix, avec son ciel ou descend la colombe, situe l’œuvre entière : c’est la chaire de vérité ! ”
En septembre 1917, le Bulletin parle des vitraux qu’on a récemment installés dans les châssis de l’église : “ Écoutez le langage des verrières et le catéchisme des couleurs. Le ciel s’ouvre au-dessus de l’autel et l 'Esprit sanctificateur vient sous la forme d’une colombe, au milieu des rayons et des étoiles, continuer l’œuvre de Jésus rédempteur. Autour du chœur, sont rangés les douze apôtres, témoins et hérauts de Jésus. . . Y a-t-il d’autres personnages? Oui. Saint Jean-Baptiste, placé à l’entrée de l’église, vous y introduit . . . Que ferons-nous dans cette église ? Regardez à la porte principale : Notre-Seigneur multiplie les pains, le pain de la parole pour nous instruire, le pain eucharistique pour nous nourrir. . . Mais ces feuillages multicolores et ces fleurs si variées ? C’est la nature dont nous sommes les rois et les interprètes. . . Voyez au milieu de ces feuillages et de ces fleurs : I H S, Jésus sauveur des hommes ; M A , Marie ; S i, sainte Anne ; S J B, saint Jean- Baptiste, les saints, nos frères et nos modèles. . . ”
Trois ans plus tard, ce fut au tour des statues de la façade. Lisons le Bulletin de septembre 1920 : “ Depuis quelques semaines, la façade de notre église semble avoir pris vie. Elle s’est peuplée de
personnages : cinq statues de six pieds et quatre pouces de hauteur se sont posées là et attirent l’attention. Que représentent-elles ? Notre-Seigneur au milieu, on le reconnaît à sa croix. Les quatre autres personnages ont un livre en main, c’est l’évangile qu’ils ont écrit sous l’inspiration divine. Deux de ces évangélistes furent apôtres : saint Jean, à droite de Jésus, qui comme un aigle au vol puissant est monté jusqu’au ciel pour y contempler la génération du Verbe ; saint Mathieu, à gauche, auprès de qui on a mis la victime des sacrifices antiques, le bœuf. Les deux autres, saint Marc et saint Luc, n’étaient pas apôtres ; mais le premier a annoncé, par la voix de Jean-Baptiste, le lion de la tribu de Juda, tandis que le second débute par la naissance de Jésus à Bethléem. . . Il reste deux niches vides, elles seront bientôt occupées par les statues de saint Pierre, le premier vicaire du Christ, et de saint Paul, l’apôtre des nations. Le Bulletin nous dit encore que la pierre de ces statues a été tirée des carrières de Bedford Stone (Indiana), qu’elle est facile à travailler au sortir du sol, qu’elle se durcit ensuite au contact de l’air, que ce sont des sculpteurs italiens qui ont taillé ces personnages, là-bas, dans l’Indiana. Il ajoute que les statues sont un don personnel de Mgr le curé . . .
En arrière de l’église, avec une large porte ouvrant en plein centre de l’abside, vous avez la sacristie, flanquée du presbytère, à droite (côté de l’évangile), et d’une chapelle des mariages, à gauche (côté de l’épître). L’incendie de 1911 avait laissé debout la maison du curé. Elle reste, en conséquence, accolée au rond-point de l’église, trop encastrée et trop sombre. Disons d’un mot qu’à force de soins attentifs, M. le curé Dubuc a réussi à en faire une demeure convenable. La chapelle des mariages, où l’on entre par la rue Drolet, est gracieuse et douce . . . En juin 1916, on y installait un “ bijou ” d’orgues et de fort jolies verrières (maison Perdriau), en même temps que d’autres verrières (maison Daprato) étaient fixées aux châssis du transept de l’église (. Bulletin de juin 1916). Cette chapelle des mariages est dédiée à saint Louis de Gonzague, l’un des patrons du curé (décision de Mgr Bruchési, 29 octobre 1917).
Nous avons tenu à reproduire dans nos pages tous ces détails, car il est sûr que la construction, l’achèvement et l’ornementation du temple de Dieu ont constitué, de 1913 à 1920, la grande affaire de la vie de la paroisse et la principale occupation de son curé.
Comme ses prédécesseurs, Mgr le curé Dubuc eut pour l’assister, dans l’exécution de ces travaux et la gérance des affaires de fabrique, les anciens marguil-
Chapelle Saint-Louis (église actuelle)
liers et syndics et ceux qui se sont succédé sous son administration. Le 13 février 1916, M. Alfred Rousseau était élu syndic, en remplacement de M. Alexandre Hogue, décédé ; le 7 avril 1912, M. Joseph- Alfred Julien, en remplacement de M. Benjamin Vaillancourt, décédé ; le 27 février 1923, M. Romuald Matte, en remplacement de M. Onésime Martineau, décédé.
En 1913, à son arrivée, les marguilliers du banc étaient, nous l’avons vu précédemment, MM. Damase Leclerc (comptable en 1913) Louis Verner (1914), et Ephrem Renaud (1915). Sont venus ensuite: MM. Edgar Courteau (1916), Joseph-Alfred Julien (1917), Joseph Galarneau (1918), Alphonse- Antoine Lefebvre (1919), Joseph Sanche (1920), Alexandre Deschamps (1921), Romuald Hotte (1922), Zéphirin Arcand (1923). Les marguilliers du banc en 1924) sont MM. Louis-Moïse Cornellier (comptable) Narcisse Ouellette (en remplacement de Raoul Prévost, parti de la paroisse) et le docteur Pierre Barrette.
Comme il n’y a pas eu de “ répartition ” prélevée sur la propriété foncière pour la construction de l’église actuelle, ainsi que nous l’avons dit, la dette de la fabrique est naturellement assez élevée. Mais les revenus ordinaires suffisent à solder les intérêts et au delà. En quatre ans, de 1920 à 1924, on a payé
40,600 piastres sur le capital dû. Ajoutons d’un mot que la valeur des édifices religieux appartenant à la fabrique est aujourd’hui cotée à plus d’un demimillion. Les affaires sont, en somme, en bonne voie.
Si la construction, l’achèvement et l’ornementation de son église ont été la grande occupation du curé Dubuc, cela ne veut pas dire qu’il n’en a pas eu d’autres en ces derniers dix ans. L’œuvre du Bulletin 'paroissial, par exemple, lui a coûté plus d’une sollicitude. L’on sait que cette revue mensuelle, à l’exemple des Croix de France, se compose d’une partie principale, qui est faite pour toutes les paroisses de la ville qui veulent en profiter, et d’une partie spéciale, laquelle est rédigée pour chaque paroisse. Mgr Forbes l’avait voulue, cette revue pieuse et si utile, pour ses paroissiens. Mgr Dubuc a perfectionné l’œuvre, en donnant une importance spéciale à sa chronique de paroisse. De 1914 à 1916, c’est l’un de ses vicaires, M. l’abbé Lapalme, qui fit cette rédaction d’une plume alerte et de belle tenue. Depuis, avec l’aide de ses vicaires, le curé lui-même a continué. Outre qu’il renseigne immédiatement chaque mois ses lecteurs sur la vie paroissiale, ce Bulletin constitue pour l’histoire, nous en faisons ici même l’heureuse expérience, une mine et une réserve précieuse. Pierre l’Ermite écrivait naguère que le Bulletin paroissial “ doit fleurer le bon parfum de la
L’école Lafontaine (école maternelle)
petite patrie, parce que c’est cela surtout qu’on aime”. On s’inspire de cette idée pour celui de Saint- Jean-Baptiste.
Une autre œuvre, due complètement celle-là à l’initiative du curé Dubuc, ce fut la fondation, en 1917, rue Berri, sous la direction des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, de YEcole maternelle qui reçoit annuellement une moyenne de 600 à 700 enfants. Nous lisons, à ce sujet, dans le Bulletin de juillet 1917 : “ Avez-vous remarqué, rue Berri, entre Rachel et Marie-Anne, qu’on est à faire des travaux de démolition ? Que va-t-on construire sur ce terrain ? Une maison pour les petits enfants. Ces marmots embarrassent parfois leurs mamans, obligées d’aller travailler au dehors. De 4 à 7 ans, ils sont trop jeunes pour qu’on les envoie à l’école et, pour beaucoup, les tenir à la maison est difficile. On les enverra désormais à l 'École maternelle de la rue Berri. Ils trouveront là, sous la garde des religieuses, de petites mamans, qui ne seront autres que ces bonnes sœurs elles-mêmes, qui sauront les intéresser, les occuper, les soigner, les choyer, les dorloter. . .” Cette école s’ouvrit en septembre 1918 et elle fut placée sous le patronage et le vocable de la bienheureuse (aujourd’hui sainte) Marguerite-Marie. Elle est connue sous le nom d’école Lafontaine.
L’ Assistance maternelle, si bienfaisante aux mères, et la Goutte de lait, si utile aux nourrissons, ont également reçu les encouragements et la protection effective du curé Dubuc. Il semble en plus qu’il ait témoigné une dilection spéciale à sa conférence de Saint-Vincent-de-Paul, qui s’honore d’avoir donné au comité central de Montréal son président général M. l’avocat Julien. L’obligeant curé a ménagé aux membres de sa conférence, dans le sous-sol de son église, une spacieuse et fort belle salle, qu’il a baptisée lui-même du beau nom de salle Saint-Vincent-de- Paul. L’on y voit souvent de brillantes réunions ou assemblées, qui sont fort avantageuses aux intérêts des pauvres du bon Dieu.
Les institutions paroissiales qui existaient déjà, l’académie des Clercs de Saint-Viateur, l’académie Marie-Rose, l’académie du Sacré-Cœur, l’hospice Auclair, et tout ce qui s’y rattache, ont, pareillement, bénéficié largement du zèle et de la charité de Mgr Dubuc.
A l’automne de 1917, les 1,200 enfants de l’académie des Frères, rue Henri-Julien, se consacraient solennellement au Sacré-Cœur de Jésus.
En décembre 1920, l’hospice Auclair célébrait ses noces d’argent. A cette occasion, on publia d’intéressantes statistiques. En vingt-cinq ans, cette maison d’asile a reçu et hébergé 1,329 vielles femmes,
344 vieillards, 1,290 orphelines, 1,381 orphelins. De plus, les bonnes Sœurs de la Providence ont visité, au dehors, 14,500 malades et 124,800 pauvres, elles ont assisté 3,600 mourants, et elles ont donné aux malheureux affamés, à leur porte ou ailleurs, 59,390 repas. Ce sont là des chiffres qui ont leur éloquence.
Mentionnons, pour terminer, les organisations de tombolas et de pèlerinages, qui ont continué, sous la direction de Mgr Dubuc, aidé de ses vicaires, comme jadis sous l’administration de Mgr Forbes et du curé Auclair. Tout cela a demandé, évidemment, du zèle et du dévouement.
Toutes ces occupations et ces préoccupations n’ont pas empêché l’actif pasteur de bien assurer l’exercice du saint ministère dans sa paroisse et le bon fonctionnement des diverses congrégations, et, aussi, de donner au culte et aux cérémonies de son église une attention spéciale. Sa chorale, sous la direction de M. Germain Lefebvre, est l’une des plus réputées qui soient, et, nulle part à Montréal, les cérémonies du chœur ne sont exécutées avec plus de grâce et de dignité qu’elles ne le sont à Saint-Jean-Baptiste par les élèves de ces excellents clercs paroissiaux que sont les Viateurs. Les paroissiens en sont justement fiers.
De nombreux vicaires se sont succédé, au presbytère du curé Dubuc, qui l’ont assisté dans le ministère et au saint autel. En arrivant à Saint-Jean-
Baptiste en 1913, il trouvait les vicaires de Mgr Forbes, que nous avons nommés au chapitre précédent : MM. de Lamirande, Lefebvre, J. -A. Paré et Quesnel. Sont venus ensuite : MM. Auguste Lapalme (1913-1916), Ernest Bernier (1914-1915), Alexandre Gratton (1914-1915), J. -A. Sicard (1914-1917), Noël Fauteux (1915-1917), Léopold Olivier (1915-1921), J.-N. Labrosse (1916-1916), Avila Derome (1916- 1919), A. Lorphelin (1916-1919), A. Dufresne (1917- 1921), N.-E. Poulin (1917-1918), Joseph Latour (1919-1923), A.-J.-M. Gauthier (1919-1921), Joseph Fortin (1919 jusqu’à date), L. Lapierre (1921-1922), Roméo Mercure (1921 jusqu’à date), Léon Boismenu (1921-1922), Donat Bélisle(1921 jusqu’à date), Wilfrid Carbonneau (1922 jusqu’à date) et J. -A. Champoux (1923 jusqu’à date). Les vicaires actuels sont MM. Champoux, Bélisle, Fortin, Carbonneau et Mercure.
Plusieurs autres prêtres ont vécu sur la paroisse, au presbytère, à l’hospice ou à l’académie des Frères : M. l’abbé Charles Rosconi (1915-1923), M. l’abbé Oscar Maurice (1916-1920), M. l’abbé Lionel Groulx 1915-1917), l’ancien curé Louis Bonin (1910-1921), l’ancien curé Alfred Desnoyers (1921-1921), d’autres encore. M. l’abbé Clément Berthiaume est aumônier à l’hospice depuis quatre ans et le Père Dugas remplit les mêmes fonctions à l’académie des Frères depuis un an.
Le presbytère actuel (1899)
Voilà, en ces derniers dix ans, pour la vie de la paroisse et de ses institutions, quelques-uns des événements les plus notables.
Une circonstance heureuse s’est présentée, qui a fourni aux paroissiens, il y a cinq ans, l’occasion de rendre un bel hommage public aux mérites de leur curé. Ce fut, en 1919, son élévation à la prélature romaine. Mgr l’archevêque Bruchési faisait, cette année-là, avec M. le chanoine Émile Chartier comme compagnon de route, sa visite à Rome ad limina apostolorum. Voulant honorer son clergé des paroisses, il demanda à Sa Sainteté Benoît XV d’élever à la prélature six de ses principaux curés. Le pape Benoît, qui avait Mgr Bruchési, son confrère d’ordination en 1878, en particulière estime, voulut bien accéder à cette demande. Le 30 avril, il nommait prélats de sa maison: Mgr de la Durantaye, curé de Saint-Jérôme, Mgr Cousineau, curé du Sacré-Cœur, Mgr Bélanger, curé de Saint-Louis-de-France, Mgr Donnelly, curé de Saint-Antoine, Mgr Richard, curé de Verdun, et Mgr Dubuc, curé de Saint-Jean- Baptiste.
Déjà, le 20 septembre 1915, Mgr l’archevêque avait distingué M. le curé Dubuc en le nommant supérieur ecclésiastique de la communauté du Bon- Pasteur. Subséquemment, il l’avait aussi désigné pour faire partie du comité diocésain chargé de sur-
veiller la construction des églises et presbytères. Mais cette fois, il mettait le comble à sa bienveillance en décorant, avec quelques autres, le méritant curé de Saint-Jean-Baptiste des insignes et du titre de Monseigneur.
Il n’entre pas dans le cadre de ce précis historique de raconter en détail les fêtes par lesquelles on célébra, le 20 décembre 1919, à Saint-Jean-Baptiste, l’accession à la prélature romaine du dévoué curé. Dès le 29 juin, une adresse de félicitations lui avait été présentée, au nom des paroissiens, par M. le marguiller Lefebvre. En décembre, les membres du chœur de chant ayant pris l’initiative d’une célébration spéciale en l’honneur de Mgr le curé, la fête devint tout de suite l’affaire de tout le monde. On offrit au curé-prélat une bourse de 2,800 piastres, qu’il s’empressa de donner à l’église. C’est ce qui a permis disons-le au passage, la commande des statues de la façade dont nous avons parlé. Comme dans toutes les célébrations canadiennes, outre l’adresse présentée à Mgr Dubuc par M. le marguillier Deschamps, il y eut, au banquet qui suivit, dans la salle Saint- Vincent-de-Paul, nombre de discours. Qu’on nous permette de rapporter ici quelques-unes des paroles qui ont été prononcées en cette circonstance mémorable. Il nous semble qu’elles condensent et résument
la vie paroissiale de Saint-Jean-Baptiste en ces derniers dix ans.
“ Le village Saint-Jean-Baptiste est tout joyeux, disait dans son adresse M. le marguillier Deschamps. Nous fêtons, vénéré pasteur, votre élévation à la prélature. C’est un honneur qui rejaillit du curé sur les paroissiens. . . Vous avez élevé ce temple matériel. Vous avez sanctifié nos âmes, temples spirituels . . . Construire une église de trois mille places, Monseigneur, dans une vieille paroisse, après deux incendies, coordonner les efforts des architectes et des ouvriers, trouver l’argent nécessaire, poursuivre l’entreprise jusqu’à sa perfection. . . c’est l’œuvre souvent de toute une vie. Vous l’avez réalisée en quelques années. . .”
Au banquet, parlant au nom des paroissiens, M. l’avocat Julien prononça un grand et beau discours, dans lequel il fit comme une sypthèse de l’œuvre du curé de Saint-Jean-Baptiste depuis 1913. Après avoir loué son intelligent labeur de reconstructeur de l’église, il parla notamment de l’action de Mgr Dubuc en faveur des pauvres et des œuvres qui les assistent : “ Pour mieux prendre soin des déshérités de ce monde, dit-il, vous avez voulu, Monseigneur, grouper autour de votre presbytère les associations de charité. Non content d’avoir en face de votre demeure l’hospice des pauvres, vous avez
voulu loger tout à côté de votre porte Y Assistance maternelle et la Goutte de lait. Vous n’avez pas permis à votre Conférence de Saint-Vincent-de-Paul de sortir de l’enceinte de l’église. Vous l’avez installée dans cette salle où nous sommes, qui est presque une pièce de votre maison, et vous avez baptisé cette salle du nom de saint Vincent de Paul.
En répondant à l’adresse de M. le marguillier Deschamps, dans l’église, le matin de ce jour, le nouveau prélat avait heureusement exprimé ce qu’il fallait dire. “ C’est une des grandes joies de ma vie, après celle de mon sacerdoce, avait-il dit, d’avoir pu élever avec vous, à la gloire de Dieu, l’un des plus beaux temples de cette vaste cité. C’est la réalisation d’un vœu que je formulais en mon âme au moment de devenir prêtre il y a trente ans. Ce peuple inconnu et mystérieusement désigné alors par notre incomparable directeur du grand séminaire (M. Lecoq) à la veille du grand jour de l’ordination, aujourd’hui je le vois, je le connais, je l’aime ...”
Comme ses prédécesseurs, en effet, Mgr Dubuc a aimé et aime son peuple. C’est toujours le secret du vrai zèle et du vrai dévouement. Dans ses armes prélatices, Mgr le curé de Saint-Jean-Baptiste a mis comme devise les deux grands mots de justice et de vérité. Il aurait pu, en toute justice et en toute vérité, en mettre un troisième, celui de dévouement. L’histoire s’en chargera.
Table des matières
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