CHAPITRE V
Administration de Mgr Forbes 1911-1913
Mgr Joseph-Guillaume Forbes, le doux, pieux et sympathique évêque de Joliette, a administré, en qualité de curé, la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, de mars 1911 à octobre 1913. La démission du curé Auclair portait la date du 18 février 1911. La nomination de M. Forbes, alors curé de Sainte-Anne-de- Bellevue, est du 25 du même mois. Mais celui-ci n’arriva à Saint-Jean-Baptiste que le 5 mars. D’autre part, élu évêque de Joliette le 6 août 1913, Mgr Forbes continua à remplir ses fonctions curiales à l’église de la rue Rachel, bien que son successeur, Mgr Dubuc, eût été nommé le 12 août, jusqu’aux premiers jours d’octobre, alors qu’il partit pour Joliette, où il fut sacré, le 9, par Mgr l’archevêque Bruchési.
L’évêque de Joliette n’a donc passé que deux ans et demi à Saint-Jean-Baptiste. Il a eu quand même le temps d’y faire beaucoup de bien et il y a laissé un
profond souvenir. C’est là qu’il a célébré, du 29 mai au 1er juin 1913, en même temps que son frère aîné, le Père Jean Forbes, des Pères Blancs — lui aussi élevé depuis à l’episcopat avec le titre d’évêque de Vaga, coadjuteur de l’Ouganda — alors supérieur de la maison de Québec, ses noces d’argent sacerdotales, cependant que leurs vénérables parents, M. et Mme John Forbes, fêtaient leurs noces d’or de mariage. Mgr de Joliette est resté attaché à son ancienne paroisse. Il y revient de temps en temps, chez son successeur, Mgr Dubüc, quand il est de passage à Montréal. Ses paroissiens de naguère sont toujours heureux et fiers de le revoir parmi eux. Ils se rendent compte, en effet, que c’est, pour leur paroisse et pour euxmêmes, un grand honneur d’avoir possédé comme curé, quelques années, ce très digne évêque.
A ces fêtes d’argent et d’or de mai 1913, auxquelles nous venons de faire allusion, et dont nous reparlerons, Mgr Bélanger, curé de Saint-Louis-de- France et ancien vicaire de Saint-Jean-Baptiste, qui prononçait le sermon de circonstance, eut l’heureuse quoique un peu audacieuse idée de rapprocher le nom du défunt curé Auclair de celui de saint Paul et le nom du curé Forbes de celui de saint Jean ! Sans doute, les apôtres immédiats du Christ sont toujours des modèles que nous ne pouvons imiter que de loin. Mais il nous semble que Mgr le curé de Saint-
Louis-de-France était vraiment dans la note juste en faisant ce double rapprochement. Lecuré Auclair avait bien quelque chose, en effet, de l’activité et du zèle de l’apôtre des gentils. Et il est encore plus certain que l’action douce et pénétrante du curé Forbes à Saint-Jean-Baptiste fut celle d’un ami par excellence — tel le disciple au cœur pur — de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nommé à Saint- Jean-Baptiste le 25 février 1911, M. le curé Forbes, nous l’avons dit, prit possession de sa nouvelle paroisse le 5 mars suivant. Il y arrivait précédé d’une haute réputation de piété et de zèle. Un simple coup d’œil sur la carrière qui avait jusquelà été la sienne en fait voir le pourquoi. Les deux évêques Forbes sont nés tous les deux — Mgr Jean, le 10 janvier 1864, et Mgr Guillaume, le 10 août 1865 — - à l’île Perrot, près de Vaudreuil, du mariage de John Forbes, cultivateur, et de Octavie Léger. Les Forbes sont d’origine écossaise, mais c’est une famille devenue absolument canadienne. Leur ancêtre, originaire de Glengarry en Écosse, vint au Canada en 1758 et combattit sous les ordres de Wolfe. Il se maria plus tard à la Rivière-du-Loup et vint s’établir dans le voisinage du Glengarry du Canada, à Saint-Andrew-East, en haut de Vaudreuil. C’est l’unj des fils de celui-là, le grand-père des deux évêques, qui se fixa à Vaudreuil même, en 1812.
Il épousa une canadienne. Son fils, le père des évêques, M. John Forbes, marié à une canadienne lui aussi, prit une terre à l’île Perrot. Notons encore que les Forbes d’ Écosse étaient de noble lignée et qu’ils avaient leurs armoiries. Leur devise était salus per Christum. C’est le motto que Mgr de Joliette a voulu mettre, en exergue, au bas de ses armes épiscopales.
Il y a quarante ans, au collège de Montréal, les deux frères Forbes — John et Willie, comme nous disions alors — modestes écoliers sortis de l’école du Plateau, car leurs parents s’en étaient venus demeurer assez tôt dans la grande ville, appartenaient à la même classe et se disputaient amicalement les premières places, les prix et les couronnes. Ils étaient bien édifiants tous les deux. On nous les proposait comme des modèles et ils le méritaient. Au seuil du grand séminaire, ils se séparèrent. John partit pour l’Afrique, où il se fit Père Blanc. Willie, lui, fit toute sa cléricature à Montréal, où il fut ordonné prêtre, dans la chapelle de Nazareth, par Mgr Fabre, le 17 mars 1888. Le Collège canadien de Rome ouvrait ses portes, cette année-là, et, avec ses confrères, MM. Barcelo, Borduas et Langevin, l’abbé Forbes paraissait tout désigné pour faire partie du premier contingent de jeunes prêtres que leurs talents et leurs succès indiquaient aux choix des
supérieurs pour un séjour d’études dans la ville éternelle. Mais Mgr Fabre avait besoin d’un “ sujet ” pour la mission iroquoise de Caughnawaga, où il fallait un assistant au bon Père Burtin, et il en parla dans l’une de ses lectures spirituelles au grand séminaire. L’abbé Forbes s’offrit spontanément pour ce ministère plutôt modeste. Son offre fut acceptée et, après quelques semaines de ministère à Saint-Clet, il s’en allait vicaire auprès du Père Burtin. Pas plus que son frère parti pour l’Afrique, il n’avait l’air de s’acheminer vers l’épiscopat . . . Aujourd’hui, ils sont évêques tous les deux !
Pendant quinze ans, de 1888 à 1903, comme vicaire d’abord, puis comme curé, M. l’abbé Forbes fut missionnaire à Caughnawaga. Il a beaucoup aimé ces descendants des vaillants Iroquois d’autrefois, dont la peau a pu rester rouge, mais dont les esprits et les cœurs se sont changés à la lumière de l’Évangile. IJ s’est dévoué pour eux jusqu’à composer dans leur langue un important livre de prières et plusieurs almanachs. De leur côté, ses chers sauvages l’ont beaucoup aimé. Ils lui avaient donné, comme c’est la coutume dans leur tribu, un nom d’adoption, tehonikoukrathe, ce qui se traduit par esprit clair. Ils n’ont jamais pensé à le “ rebaptiser ”, car alors ils auraient volontiers ajouté, nous a-t-on dit, un autre vocable qui aurait signifié bon cœur! En 1903, à la grande
peine de ses fidèles Iroquois, Mgr Bruchési nommait M. l’abbé Forbes à la cure de Sainte-Anne-de-Bellevue, où il a passé huit ans, et où, également, son souvenir est resté en bénédiction. Enfin, en 1911, nous avons vu qu’il succédait au curé Auclair à Saint- Jean-Baptiste.
La succession était lourde et un grand malheur, l’incendie du 27 juin 1911, devait bientôt l’alourdir encore. Ainsi que nous l’avons franchement exposé au chapitre précédent, la situation financière de la fabrique de Saint-Jean-Baptiste était à ce moment plutôt compromise. Généreusement, les marguilliers et syndics, sous l’administration transitoire de M. l’abbé Rosconi, et d’après les directions de Mgr Martin, l’archidiacre du diocèse, avaient accepté d’y faire face. Mais ce fut M. le curé Forbes qui dut surtout s’atteler à la besogne, si l’on peut ainsi dire.
On devait une forte somme et des travaux étaient encore en cours ; des orgues par exemple étaient en construction chez les MM. Casavant à Saint- Hyacinthe. Tout cela nécessitait des pas et des démarches. Le 7 mai, le nouveau curé pouvait annoncer au prône que les nouvelles orgues seraient bientôt installées. Elles le furent, en effet, et on les inaugura, par un grand concert, le dimanche soir 25 juin. Le surlendemain, 27, dans la nuit, la foudre mettait le feu à l’église et, comme naguère en janvier 1898, en
quelques heures, le beau temple, “ qui dressait fièrement son dôme sur le plateau le plus élevé de la ville ”, était détruit de fond en comble. Cette fois, le presbytère avait été épargné. Mais la calamité n’en était pas moins dure à supporter.
Cet incendie désastreux, le regretté poète Lozeau, qui était un enfant de Saint-Jean-Baptiste, l’a raconté dans l’un de ses billets du soir au Devoir, qui étaient toujours si prenants, à propos d’un incident assez curieux. L’église, ce soir-là, était encore toute décorée des drapeaux et pavillons dont on l’avait ornée pour les fêtes du 25 juin. Or, sur le haut de la façade centrale, pendant que tout brûlait autour, un petit tricolore battait au vent qui ne brûla pas. Lozeau écrivit : “ Le temple flambait ! De la base au faîte, ce n’était que tourbillons d’étincelles et colonnes de feu. La coupole croulait par morceaux et la toiture crevait. Par les orifices se ruait en sifflant un affreux vent rouge. D’énormes pièces d’acier, tordues comme des allumettes calcinées, s’effondraient en un fracas horrible. . . Sous le ciel rose, la fumée large déployait un voile opaque où passaient des tisons incandescents. Tout crépitait épouvantablement. . . Le brasier éclairait la nuit d’une lueur infernale. . . La foudre toute seule avait fait cela. Un éclair rapide avait touché le toit et l’église s’anéantissait . . Cependant entre deux clochetons latéraux, frôlé par la pous-
sière ardente, le drapeau français battait au vent ! De l’énorme cuve en ébullition montaient des vagues pourpres et jaunes, des lances de flammes aiguës. . . et le drapeau français battait au vent ! Sur la frénésie du feu que rien n’apaisait ... le drapeau français battait au vent ! Aujourd’hui, il n’y a plus que des ruines : dans les clochetons les cloches sont mortes, où était le dôme s’arrondit la coupole des cieux, le silence habite le temple ouvert où les orgues nouvelles avaient hier chanté. . . mais, comme une espérance dominant la tristesse, seul, entre les clochetons latéraux, joyeux dans la brise qui le rend sonore, sans une brûlure à ses plis triomphants, le drapeau français flotte encore ! ”
C’était là de la poésie, de la belle assurément, et qui ne souffre pas du tout de l’absence de la cadence du vers. C’était joli, certes ! Mais cela ne réglait rien. Le curé et ses marguilliers durent se mettre, eux, en face des réalités, déblayer les ruines, traiter avec les assurances, organiser des offices dans des chapelles temporaires, à l’hospice, à l’académie des Frères, à l’académie Marie-Rose, et puis encore s’occuper des plans à adopter pour reconstruire, et donc tenir assemblées sur assemblées. Quelles corvées !
Les meilleures sympathies furent naturellement offertes, cette fois encore, comme en 1898, aux “ sinistrés ” de Saint-Jean-Baptiste. Celles qu’adres-
sa à son successeur, du fond de sa retraite de Saint- Polycarpe, le pauvre paralysé qu’était devenu le curé Auclair ne furent pas les moins touchantes. Ne pouvant tenir lui-même une plume, il avait dicté ce qui suit : “ Mes plus sincères sympathies dans le malheur qui vous frappe, mon cher curé. Ce beau temple de Saint-Jean-Baptiste, le voici réduit en cendres ! Heureusement, vous avez de bons paroissiens. Ils vous aideront à supporter l’épreuve, comme ils m’ont aidé moi-même jadis. . . Je n’oublierai jamais ce désastre. . . Mes pauvres prières sont acquises au pasteur et au troupeau. . .” De Madrid, où il se trouvait au congrès eucharistique international, Mgr Bruchési manda, lui aussi, ses paternelles condoléances... M. le curé Forbes, à son prône aux diverses messes, dans les chapelles temporaires, répéta le mot de Job : “ Dieu l’a permis, que son saint nom soit béni ! ” Et tout de suite, comme treize ans plus tôt son prédécesseur, il se mit à l’œuvre. Le 24 décembre, veille de Noël, c’est-à-dire à peine six mois plus tard, Mgr l’archevêque inaugurait la crypte ou chapelle souterraine de la future église.
La grosse affaire c’était celle de la reconstruction de cette église elle-même. Il fallait choisir un architecte, décider quel serait le constructeur général, et, en premier lieu, consolider la dette après qu’on eût
touché les assurances (160,000 piastres). Retenu par les occupations que nécessitaient tous ces règlements d’affaires, M. le curé Forbes ne put faire luimême, cet automne-là, la visite de paroisse. Ses vicaires s’acquittèrent de cette tâche. Mais il en rendit compte à son prône, comme aussi, à la fin de l’année, de l’état général des finances. Pour une fois, nous voulons ici consigner ces chiffres et ces données, qui, dans les circonstances, avaient une particulière importance. En décembre 1911, il y avait, à Saint- Jean-Baptiste, 3840 familles canadiennes-françaises, avec 13,600 communiants et 3,200 non communiants. On comptait, en plus, sur le territoire de la paroisse, 322 familles catholiques de langue anglaise (appartenant à Sainte-Agnès), 500 familles protestantes et plus de 600 familles juives. Les recettes de l’année (y compris le montant perçu des assurances, 160,000 piastres, et un emprunt de 50,000) s’élevaient à environ 260,000 piastres, et les dépenses (paiement de dettes et construction) à 207,000 piastres, ce qui laissait en caisse un surplus de 53,000 piastres.
Dès janvier 1912, on s’occupa act vement de la reconstruction de l’église. Plusieurs architectes concoururent. Après de nombreux pourparlers, les plans de M. Casimir Saint-Jean furent acceptés (4 août 1912) et le contrat général fut accordé, au prix de 130,000 piastres, à M. Rho (8 décembre
1912), qui s’engagea à terminer les travaux pour le 1er décembre 1914.
Aux marguilliers déjà nommés pendant l’administration du curé Auclair, il faut ajouter ici les noms de MM. Damase Leclair (élu endécembre 1910), Louis Verner (élu en décembre 191 1) et aussi Éphrem Renaud (élu en décembre 1912). Disons tout de suite que deux syndics furent aussi élus pendant l’administration du curé Forbes : M. Alexandre Hogue (23 juin 1912), qui remplaçait M. Joseph Lauzon, décédé, et M. Louis Lachapelle (9 février 1913), qui remplaçait M. William Gravel, qui avait lui-même remplacé M. Olivier Vallières.
Outre ces travaux d’administration générale de la paroisse, pour lesquels il était assisté par MM. les marguilliers et syndics, M. le curé Forbes, à Saint- Jean-Baptiste, multiplia ses initiatives. A peine étaitil arrivé qu’il créait un Bulletin 'paroissial. Puis, ce fut l’œuvre de la Goutte de lait, si importante pour la sauvegarde des petits enfants. En octobre 1911, il établissait, à l’académie des Frères, la Caisse d’économie scolaire. Il organisa aussi plusieurs pèlerinages. Enfin, il ne craignit pas de recommander en chaire les œuvres d’intérêt national : celle du Parler français, celle du Sou de la pensée française, celle du Monument Cartier et nombre d’autres.
Le meilleur de son temps, cependant, le dévoué pasteur le donnait au ministère des âmes. Dans ses prônes, dans ses allocutions aux diverses congrégations, au confessionnal, dans son bureau au presbytère, partout et constamment, il était à la disposition de tous. Sa charité était infatigable et son accueil toujours souriant. Il fut particulièrement délicat envers son prédécesseur. On a vu, au chapitre précédent, comment son Bulletin paroissial parla du curé Auclair à sa mort. Notons en plus que M. Forbes l’alla visiter malade à Saint-Polycarpe, qu’il assista à ses funérailles avec un important contingent de fidèles de Saint-Jean-Baptiste et qu’il ne perdit jamais une occasion de rendre hommage à sa mémoire devant ses paroissiens. Aussi, quand vinrent les fêtes de son jubilé d’argent sacerdotal, lesquelles se célébrèrent du jeudi 29 mai au dimanche 1er juin 1913, toute la paroisse, ainsi que nous l’avons dit, s’unit-elle à son curé, à son distingué frère, le Père Jean Forbes, qui faisait aussi son jubilé sacerdotal, et à leurs vénérables parents, dont c’était le jubilé d’or de mariage.
Les fêtes, à l’église, dans les académies et à l’hospice, durèrent trois jours. Le dimanche, Mgr l’archevêque Bruchési vint apporter aux jubilaires le précieux témoignage de son affectueuse considération. “ Les fêtes de la famille Forbes, disait un journal,
dont la paroisse de Saint -Jean-Baptiste est actuellement témoin, ont un cachet très touchant. Les vénérés époux Forbes célèbrent leurs noces d’or, tandis que leurs deux fils, le curé de Saint-Jean-Baptiste et le supérieur des Pères Blancs à Québec, sont également fêtés à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de leur élévation au sacerdoce. Voilà une famille modèle que le ciel a évidemment bénie ! Le pasteur et le missionnaire, dont l’humilité n’a d’égal que leur zèle pour le salut des âmes, se réjouissent du bonheur de leurs parents, tandis que ceux-ci se complaisent en celui de leurs dignes fils. Nous prions les jubilaires d’agréer nos meilleurs souhaits. Ad multos annos!”
Ce pasteur et ce missionnaire, nos lecteurs le savent déjà, ce devaient être bientôt deux évêques du Christ !
Le 6 août 1913, M. le curé Forbes, de Saint-Jean- Baptiste, était élu évêque de Joliette. Il succédait au premier évêque de ce diocèse, Mgr Alfred Archambeault, mort au mois d’avril précédent. Ce fut l’occasion d’une grande joie, dans la paroisse, et tout à la fois d’une grande peine, On se réjouissait de l’honneur fait au pasteur bien-aimé, mois on se chagrinait à la pensée de le perdre. Bientôt, MM. les marguilliers, réunis en assemblée spéciale, décidaient
d’offrir à Mgr de Joliette son bâton pastoral ou, si l’on veut, sa crosse d’évêque.
Nous n’avons pas à suivre le nouvel évêque dans sa carrière épiscopale, et c’est ici que doit s’arrêter notre récit, au moment où il quitte Saint-Jean- Baptiste, dont nous racontons l’histoire. Disons seulement que l’ancien curé de l’église de la rue Rachel fut le seul a être surpris de son élection à l’épiscopat. Quand Mgr l’archevêque Bruchési, l’ayant mandé à l’archevêché, lui communiqua qu’il était l’élu du pape Pie X pour le siège de Joliette, le cher curé a raconté “ qu’il fut heureux de trouver un siège à sa portée, tant sa surprise était grande”. Pour tout le monde, au contraire, rien ne paraissait plus naturel. Le dimanche suivant, l’évêque-élu dut annoncer, au prône, à ses paroissiens, la grande nouvelle. “ Mes frères, dit-il, votre curé implore pour sa pauvre personne le secours de vos prières. Une dépêche de Rome, adressée à la délégation apostolique à Ottawa avant-hier, et parvenue hier à l’archevêché de Montréal, lui apporte l’étonnante nouvelle de son élection, par le Saint-Père, au siège épiscopal de Joliette. C’est une grande dignité qui m’échoit. C’est pour moi la plénitude du sacerdoce, l’assimilation aussi parfaite qu’elle peut se concevoir avec le Christ, prêtre, pontife et roi. Mais quelle charge ! Quelle responsabilité pour un homme conscient de son indignité et de sa faiblesse ! Quel besoin pour
moi de la lumière et de la force d’en haut! Mes frères, priez pour moi ! ”
Le 12 août 1913, M. l’abbé Louis-Alexandre Dubuc, curé de Saint-Clément-de-Viauville, était nommé, par Mgr Bruchési, à la cure de Saint-Jean- Baptiste. Il vint en prendre possession dans les derniers jours de septembre. Le 8 octobre, Mgr Forbes partait pour Joliette, où il fut sacré le 9. Il emportait, en plus du bâton pastoral que lui avaient offert ses paroissiens comme don de joyeux avènement, leurs meilleurs vœux et leurs plus sincères souhaits d’une longue et fructueuse carrière épiscopale.
En arrivant à Saint-Jean-Baptiste en mars 1911, en outre de M. l’abbé Rosconi, administrateur de la fabrique depuis trois mois et qui devait bientôt être le curé fondateur de la paroisse de Sainte- Catherine, M. le curé Forbes, nous l’avons dit, avait trouvé, comme vicaires, MM. Armand Paiement, Eustache Paré, Charles de Lamirande et J. -A. Lefebvre. L’année suivante, l’abbé Paré mourut en pleine jeunesse et l’abbé Paiement fut nommé curé de Sainte-Adèle. Naturellement, d’autres vicaires furent donnés au curé Forbes au cours de ses deux ans et demi d’administration. Ce furent MM. J. -H. Lecourt (1911), J. -A. Paré (1912-1914), A. -O. Boyd (1913) et H. Quesnel (1913). En quittant la paroisse, Mgr Forbes laissait comme vicaires à son successeur MM. De Lamirande, Lefebvre, J. -A. Paré et Quesnel.
La troisième église (1915)