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de de compte-rendus similaires. — Mais, n’insistons pas sur de pareils échantillons des hauts et... féroces talents de la Centralisation administrative, — Les conclusions glaciales et réellement scepticiformes, que le monde officiel
le ne se fait pas faute d'en tirer, sont celles-ci : — 11 faut faire la part du vice ;
PA c'est un élément obligatoire de tout gouvernement intérieur d’un pays; le
de magistrat civil doit donc compter avec lui et lui reconnaître une espèce de ‘
we fatalité de droits dans le domaine de la Chose Publique.
as On dira encore : — ‘‘ Voyagez ; allez à Paris et allez en Espagne ; visitez l'Italie; visitez l'Autriche ; faites une tournée en Hongrie et passez par
à la Pologne ; pénétrez même dans les régions réputées les plus virginales,
ja les plus patriarcales, voire même, les plus claustrales de la vieille Europe, le a Tyrol, par exemple, la Westphalie, le Val d'Andorre, certains Cantons de la 1e, Suisse, même certaines Provinces de la France, au fait et au prendre, c'est rl toujours la même chose; la chair a son empire, il faut qu’il s'exerce et il le np fait avec une frappante égalité distributive, sous toutes les latitudes ‘‘ de ce air peu de fange où nous sommes.'' On pérorera à cesujet, fort doctoralement de
l'Angleterre, et des Anglais. — ‘ Voilà un peuple, exclamera-t-on, qui a la
juste réputation d’étr ‘vère dans la moralité de sa constitution de famille, ine qui est rigide et presque réfractaire en fait d'entrainement au plaisir, et qui, est de plus, offre des garanties toutes particulières d'intelligence et d’honnèêteté ue dans l’éducation de ses enfants, surtout de ses filles, et pourtant, le Minotaure on antiqne ne dévorait chaque année que cinquante jeunes grecques ;
‘6 C'était beaucoup, grand Dieu ! mais notre monstre à nous,
de € Et notre dévorant aux épais cheveux roux,
on | (6 Notre taureau, c’est Londre. Il ravage la ville
te | (6 dépeuple les champs, et par quatre-vingt mille,
AL ; ‘ Quatre-vingt mille, au moins, vont tomber sous ses coups
re ‘ Les plus beaux corps du monde est les cœurs les plus doux. ”
Et encore ajoutera-t-on, — toujours tout prêt à mettre les points sur les i en cette matière, — dans ce dénombrement, n’est compris, bien entendu, que , ce quia un caractère de constatation officielle. — Jugez donc ! — Puis, ces
£ statisticiens endurcis vous fredonneront d’un air sucré l’amère cantilène des ie pécheresses de la rue :
a | ‘€ Allons, mes sœurs, marchons la nuit comme le jour :
n ‘€ À toute heure, à tout prix, trafiquons de l'amour ;
S, . ‘6 Il le faut : ici bas, le destin nous a faites,
pu ‘ Pour sauver le ménage et les femmes honnêtes. ??
RE BTE TE TE SEE EE tee COR DU ro
| nn |.
+ ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA, a
En passant, ils en manqueront pas de donner un soufflet à la malheureuse Irlande ; c’est dans la partition.
Nous ne disons rien, à ce propos, sur le compte des Etats-Unis ; le sujet serait trop vaste pour une simple digression.
Il y a plus encore.—Ces froids et libérâtres égalitaires du vice, que nous mettons ici en scène, parce qu’on les rencontre à chaque pas sur son chemin, pourront même faire figure d'érudits, à l'appui de leur thèse véritablement impie, et vous les entendrez vous dire : — ‘ Dans ce Moyen-Age si vanté, dont toute une Ecole fantaisiste nous représente l’austérité des mœurs comme une fleur dont la graine est perdue, comme une perle d’Ophir, comme ‘‘wse vierge en or fin d'un livre de légendes, ‘” que sais-je encore ? il existe bel et bien, des Ordonnances de police des mœurs, signées du Roi Louis le Neuviéme, qui ne sont rien moins que propres à nous édifier sur la moralité publique de cette époque. On y remarque même une étrange analogie avec les Règlements parisiens actuellement en vigueur à la Préfecture de Police, sur cette même branche de ce même service ; c’est-à-dire, alors comme aujourd’hui, en curieux amalgamme de parquage et de traquage, de surveillance et de tolérance, avec en plus, pour ce fameux Moyen-Age, la crudité dans les expressions jointe à la cruauté dans les repressions ’’.… Et ainsi de suite, c'est pour eux tout un chant,
‘ Un chant qu'ils trouvent large et que je trouve long, ”? comme il est dit, dans je ne sais plus quelle opérette. Mais dira-t-on, que répondre à cela?
— La réponse? — Elle nous paraît tout entière contenue en deux mots. — Le premier de ces mots sera un texte de l’Écriture, et le second, une distinction à bien établir :
1° Voicile Zéxfe ; il est extrait des Proverbes de Salomon.
‘ Il y a trois choses qui sont difficiles à saisir, et une quatrième qui ‘ confond notre ignorance. — Ce sont : ‘‘ La trace de l'aigle dans les airs. ff — La trace de la couleuvre sur le rocher. — La trace d’un navire au ‘ milieu de l’Océan.—Et la trace de l’homme dans son adolescence (1). ”’
(1) Tria sunt difficilia mihi et quartum penitus ignoro. — Viam aquilae in coelis, viam colubri super petram, viam navis in medio maris et viam viri in adolescentia, —
ÆProv, XXX, 18, 19,
lheusujet
nous min, ment dont mme ‘(une Jel et uvièlique c les 2, sur 1jourice et ns les suite,
Nous livrons ce texte sans commentaire; en donner, ce serait entrer dans le domaine de la casuistique.
Si l’on en désirait pourtant une traduction un peu fantaisiste, mais qui n’en est pas moins exacte, et qui, sans être classique, pourrait presque être dite : Ad usum Delphini, nous présenterons celle-ci : On ne peut nier qu’elle ne soit orthodoxe :
‘ L'âme et le corps! hélas, ils ircat deux à deux, € Tant que le monde ira, pas à pas, côte à côte,
‘€ Comme s’en vont les vers classiques et les bœufs,
“€ L'un disant : ‘‘ tu fais mal, ”’ et l’autre : ‘‘ c'est.ta faute ! ‘ Ah! misérable hôtesse, et plus misérable hôte!
‘ Ce n'est vraiment pas vrai que tout soit pour le mieux! ?
2° La Distinction à établir — Et c’est précisément son absence et son rejet qui constituent tout le #réyugé et tout le côté paradoxal de l’objection précitée, — est celle-ci : °
Il y a une grande classification à faire des Péchés. Il faut les diviser en Péchés personnels ou particuliers, et en Péchés sociaux ou publics. Les premiers peuvent se commettre, même en frès-grand nombre, sans avoir nullement le caractère des autres. Et ceux-ci, les Péchés Sociaux, sont les pires de tous, en ce qu’ils ont l’art d'échapper avec une infernale subtilité au repentir qui les efface, à la pénitence qui peut seule en opérer le rachat. — Ne pas croire cela c’est être Turc. — Aussi, ces péchés sociaux sont-ils nommés, nous l’avons déjà dit, — Péchés contre le St. Esprit.
Or, pour la particularité des péchés qui nous occupe, prenons, par exemple, la partie de l'objection qui touche à la @férence des diverses époques historiques, et raisonnons.
Au Moyen-Age, les péchés étaient nombreux, ils étaient grands, ils étaient violents ; disons même, si l’on veut, qu’ils étaient brutaux. — Soit. Mais, — là est le nœud de la question, — ils n'avait pas ce caractère de Socialité, dont ces mêmes péchés se sont investis de nos jours, avec un véritable acharnement.
De plus, à côté de cette hardiesse dans la faute, il y avait, à la fois, d’une part, la même hardiesse à réparer la faute, et d'autre part, dans ceux qui fuyaient le péché, — Et qu'ils étaient nombreux, alors, grand Dieu ! qui oserait le nier ? — il y avait la même vigueur, la même énergie, la même sève bouillonnante, le même #empérament chaud, prompt £t vif, à
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accoinplir des actes de vertu, de haute vertu, de très-haute vertu. Tout ceci n’est, après tout, que de la simple histoire prise sur le vif, de /’ histoire morale, en un mot.
Mais ce n’est pas tout — En regard de cet équilibre personnez que nous venons de signaler, et qui procédait d’une foi très-vive, très-répandue, trèstnstruite et très-jeune. — La jeunesse est une fière qualité, n'est-ce pas ? et les peuples ont l'avantage de se donner la jeunesse qu’ils veulent ; ceci n’est point un paradoxe. — En regard, disons-nous, de ce contrepoids du mal, et comme en étant la véritable génératrice, il existait une korreur publique des péchés, s’il m'est permis de m'’exprimer ainsi. Et cette horreur était immatriculée dans les lois, dans le gouvernement civil, dans l'autorité terrestre, jusque dans les ordonnances de police ; bref, dans tout l’ensemble pratique de la Pondération du Pouvoir Public. — Et c’est encore, — soit dit en passant, — un raide préjugé de croire, qu'autrefois le Pouvoir Public n'était pas pondéré
Maintenant, ce que nous venons de dire sur la Différence des Epoques peut parfaitement s'appliquer, dans sa sphère également impartiale et honnement étudiée, à cette autre partie de l’objection de tantôt, la partie qui touche à la Différence des divers groupes de nationalités du siècle où nous vivons. Il nous a suffi d’indiquer ici les procédés élémentaires de cette bien facile investigation morale à opérer, et chacun pourra, en son âme et conscience, en tirer les inductions pratiques et concluantes.
La chose nous semble donc satisfactoirement établie. — Le Semsualrsme, dont le germe, comme c’est le propre de tous les vices et de toutes les erreurs, a existé de tout temps, est, dans son éc/sion, dans son développement, dans sa vitalité réelle, un mal tout moderne ; mais, mon Dieu ! on n'aime pas à en entendre parler. — Pourquoi donç ? — Oh tout simplement, par ce qu'ayant vu le jour, ayant grandi, s'étant trouvé élevé dans une ombre nourricière et savante, se sentant maintenant superbe et fort, glorieux et pénétrant, triomphant et maître, il atteint de ses traits enfiellés l’épiderme de, plus ou moins, tout le monde. — ‘ Tout le monde,’ le mot démocratique et bourgeois par excellence, le mot, dont devrait avoir dégoût, comme d'une platitude, toute conscience qui se sent pour deux sous de cœur au ventre et de sang dans les veines. — Et les traits du Sensualisme, ils sont essentiellement,de leur nature, séducteurs, hallucinatifs et caressants.
A, Quels sont donc les principaux traits du Sensualisme ?
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2. Comme nous l’avons dit, en en donnant la définition, le Sensualisme ést l’Immoralité infiltrée dans les mœurs, ou, si l’on préfère, l’Immoralité démocratisée. Son grand cachet est donc d’être, ou du moins de tendre à être, populaire ; à se mettre, selon l’expression qui court les rues, à la portée de toutes le. nourses ; soit: des appétits vicieux de toutes les classes de la société; de faire tache d'huile, en un mot ; c'est là son essence.
Aussi, son point de départ est-il bien réeilement, à la fois descendant et envahisseur ; on pourrait même ajouter : dégouttant et dégoñtant, dans les deux orthographes, mais dans l'unique, ou plutôt, l'impercent'slement difiérente prononciation de ces participes.
La jeunesse volage, pour ne pas dire vo'itile, de Salcr'é, fruit c'e la maturité hautaine et creuse d’Hérodisde, nous en donne ‘lonc, aussi nettement que possible, la généalogie philosophique et morale, et la Cour du Roi Hérode est bien son berceau symbolique. Or peut dire, en effet, dun Sensualisme que c’est ce qu’on est convenu de Gésigner et ce que tout le monde comprend par cette expression : /’air empesté des cours. C’est cet air qui s’est épandu sur le peuple, par les onduiations graduées des couches hiérarchiques des nations.
Et nous pouvons bien noter, comme un trait social qui n’est pas sans portée d’enseignement, que c’est à mesure que les Rois sont tombés que ce mal a eu sa plus grande force d'expansion. C’est de toute logique. Dès que la Royauté a cessé, pour un momént, d'être un Vase 4 Æiection, selon son admirable mission catholique, (1) elle est devenue par la force des choses une Zoferie d'une: extrême fragilité. — L'image est du Prophète Jérémie, qui en prend occasion pour adresser aux peuples comme aux Rois les plus sévères avertissements. (2)
Et cette autorité suprême, devenue ainsi argile, èclate au premier choc, — N'est-ce pas l’histoire européenne des quatre-vingts dernières années ? — ‘€ Le cœur de l’orgueilleux, — du fat, dit même le texte sacré, — est comme ‘€ un vase brisé. Aucune sagesse n’y peut plus tenir ?” (3).
Il en résulte que le poison qui avait pu s’amasser, en haut lieu, pour ainsi dire secrétement, — ce secret est une véritable secrétion, — se trouve tout d’un coup épanché sur le sol ; et le sol c’est bien le Peuple. — ‘ Les
(1) Vas admirabile opus Excelsi.—ZÆcc/i. XLZIZ. 2.
(2) Hæc dicit Dominus: Vade et accipe lagunculam figuli testeam a senioribus populi.— %ér. AIX, v.
(3) Cor fatui quasi vas confractum et omnem sapientiam non tenebit, —-Ævc/i XXL. 17.
Rois s'en vont *’ a-t-on dit ; et on a pu leur répondre : ‘* Oui, mais les Peuples les suivent. *’ Or, cela est vrai à tous les points de vue, le point de vue des mœurs, en première ligne.
Rien que ce fait du déversement de ce mal par les renversements politiques qui signalent notre siècle, suffirait à préciser l'actualité du Sensualisme.
Mais si l’on voulait étudier, d’une façon un peu appesantie, le côté généalogique de cette Erreur moderne, il faudrait remonter de trois siècles en arrière dans le passé, et l'on se trouverait en face, pour ce qui concerne Îa naissance du Sensualisme, de ce que nous ne craindrions pas d'appeler la lune de miel de ses parents.
Il est, en effet, une époque dans l’histoire, qui pour la balance de , l’Eternelle Justice doit être d’un poids énorme dans le plateau des irritations divines, car les anathèmes du Christ forment de leur côté, la balance équilibrée de ses miséricordes, puisqu'il est infini. Le Livre de l’ Apocalypse a un mot triomphant pour les peindre dans leur dernière et définitive explosion ; il les nomme: Zes Colères de l'Agneau. (1) Or, cette époque, qui mérite les plus terribles malédictions sociales du Verbe de Vie, c’est le Seizième Siècle, d’un brillant inoui ; d’une fécondité intellectuelle, scientifiuue, littéraire et artistique hors de toute comparaison ; d’une activité de l’âme non encore émoussée, même dans les consciences infortunées qui se séparaient de l'Eglise sous le faux prétexte de Réforme ; d'une sève humaine, en un mot, qui tient du prodige, mais aussi d’une insurrection contre Dieu effroyable en vérité — Et ce fut une insurrection sensuelle au premier chef, comme au plus haut degré. — Du reste, on a appellé ce siècle : Za Renaissance : La renaissance de quoi? si ce n’est du péché d’immoralité, du paganisme mis en pratique ; la renaissance du culte de la chair, cette séculaire antagoniste de l'esprit. — Il y a des points d'interrogation, de par le monde, qui restent comme suspendus dans les airs, parce que le Diable seul en a volé la réponse, de sorte que lorsqu'on veut l'avoir, cette réponse, c’est au Diable qu’il faut l’arracher de force.
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Ces prémisses historiographiques étant posées, on en vient tout naturellement à observer un autre phénomène qui, de nos jours, est bien général et véritablement public ; mais c’est une de ces ironies pratiques de Dieu qui lui servent à déjouer, parmi les peuples, la raison de ceux qui
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(1) Et reges terræ et principes et tribuni et divites et fortes et omnis servus et liber absconderunt se in speluncis et in petris montium. — Et dicunt montibus et petris : cadite super nos -€t abscondite nos à facie sedentis super thronum et ab ira Agni.—Æpoc. VI, 15, 16.
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EX ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. > un oil
veulent faire un Dieu de la Raison. Quand un peuple a renversé l'autorité légitime qui le gouvernait, que fait-il? Quel est son premier mouvement, naturel, sa ‘‘ bride sur le cou? ” — C’est d’imiter ces rois qu’il vient de mettre à la porte, mais de les imiter dans le mal, car le mal ne peut jamais engendrer le bien, de les singer avec platitude et affectation, de parodier, en un mot les vices, de la Royauté. Or, dévisageons le Sensualisme ; arrachons lui son masque de satin à barbe de dentelles, et que verrons-nous. en lui face à face, sinon le peuple qui veut jouir comme un Roi?
Et alors, semblable à je ne sais quel idéal de nègre émancipé parmi les Esprits de Ténèbres, le Sensualisme, d’un seul battement de son aile maudite, touche à toute conscience humaine; et quand il traverse l'air d’un pays, tout en est ébranlé, tout y change. tout s’en émeut, tout s’en trouble, tout y devient perverti.
Alors, le campagnard aspire à se faire citadin ; le campagnard, le paysan, ou, comme dit si virilement la langue canadienne-française, l’Æaôitant, celui qui possède réellement le sol de la Patrie, ‘ Æabef, ” et qui en même temps‘ en coustitue les mœurs fondamentales, les ÆZabifudes, — L’AHabitude est d’ailleurs le titre de possession de la morale. — On aura beau dire et beau faire, cet homme du champ sera toujours le plus noble,. le plus haut, le plus indispensable et le plus typique représentant de toute nationalité. — Mais l’Ange Noir, ce maudit affranchi-de ses mœurs primitives, a passé au-dessus de sa tête et le voilà qu’il éprouve l’ennui du champ» qui est bien la tiédeur de toute joie, comme la tiédeur religieuse est biens l'ennui de Dieu. Et ce malaise, ce dégoût, cette nostalgie, presque inconsciente, mais contagieuse du vice, le saisit à la gorge et l’étrangle, avecune progression d’acuité héréditaire et domestique, lui, sa femme, ses: filles, ses garçons, ses valets de ferme et ses servantes. On dirait mêmeque la terre se trouve prise de cette léthargie, de cette mcrbidesse, et qu’elle: se sent épuisée. Du moment que ses rudes travailleurs cessent d’être bénis: de Dieu, il faut la surmener pour la faire produire. Il faut en quelque sorte sensualiser sa culture. Et le campagnard se fait déserteur, le mot qui fait baisser les yeux d’humiliation chez tous les peuples du monde, et qui, dans le génie de la langue française, langue des braves et des: gentilshommes par excellence, a été réputé si honteux qu’il ne lui a pas, été donné de féminin.-
Puis, dans les villes, ces forteresses naturelles du Sensualisme, il n'inspire à l’Ouvrier qu’un rêve, celui de s'endimancher comme son patron- Pour cet Ouvrier là, le Dimanche n’est, en effet, qu’une affaire d’habits,
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EX LA MORT. Ca
quand ce n’est pas pire. — Vous le reconnaitrez à ce signe. — Et l’Ouvrière ! — 0h! l’'Ouvrière, cette splendeur de la femme, si elle savait se comprendre, car l'Éternel a décrèté de toute éternité que la femme à qui Il ferait l’inimaginable honneur d’être la Mère de son Fils unique, serait ouvrière toute sa vie mortelle, ouvrière et femme d’ouvrier ; — mais l'Ouvrière, qui a senti, même de loin, le frisson du Sensualisme passer dans ses cheveux, quel est son rêve? — C'est de se donner les allures gauches, insipides et universellement, on peut dire, fatidiquement ridicules de la petite Bourgeoise ; toutes les fois que celle-ci n’est pas profondément chrétienne.
Le Patron et la Bourgeoise, à leur tour, trancheront du Seigneur et de la Seigneuresse. — Encore deux mots, dont la langue française est devenu veuve, et qui sont restés fidèlement, aristocratiquement, canadiens. — Mais hélas! les mots ne survivent-ils pas souvent aux choses qu'ils expriment? — Et ceux-ci : le Patron et la Bourgeoise; Ceux-ci ? .….. — Ils sont encore plus affamés d'élévation et de grandissement. —Cn a même forgé, sur la forge du bon sens et de l'ironie bien trempée, un mot moderne pour peindre leur modernisation : Les Parvenus.
Puis, quand on arrive aux sphères des vrais Grands-Seigneurs de sang et d'épée, et des vraies Grandes- Dames de race et d'esprit. —Dans ce sens tout à fait à part, et dans ce monde qui ne l’est pas moins, l'esprit a toute la valeur tranchante et piquante d’une fine lame, — oh alors, — les Cités Capitales du Sensualisme en sont témoins ! — cela devient une frénésie sans exemple et sans nom ; c’est une sorte de possession, dans le sens diabolique du mot ; et il n’y a guères qu’une ‘* Course au clocher ‘’ qui puisse en donner une idée.
Voici, en effet, ce qu’en disent les Philosophes du Sensualisme, dont l'esprit est toujours sceptique, et dont le septicisme est quelquefois spirituel ; ce qui est bien un de ses pièges les plus subtils.
‘ Avez-vous jamais vu les courses d'Angleterre ?
‘€ On prend quatre coureurs, — quatre chevaux seNés ; ‘6 On leur montre un clocher; puis on leur dit : allez. ‘ Il s’agit d'arriver, n'importe la manière ;
L'un choisit un ravin, l’autre, un chemin battu ;
‘€ Celui-ci gagnera s’il ne rencontre un fleuve ;
‘€ Celui-là fera mieux, s’il n’a le cou rompu.
‘€ Il faut aller au but. Z'amour est une épreuve,
6 La vie est le terrain ; jouir, est le clocher.
ière !
ndre, ferait vrière e, qui veux, des et petite enne.
ur et e est diens.
qu’ils — Ils forgé, > pour
ang et is tout ute la és Cae sans olique
don-
dont ituel ;
ne ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA, ee
‘4 Prenez-garde au torrent, prenez-garde au rocher ;
‘€ Faites ce qui vous plaît, le but est immobile ;
‘« Mais croyez que c'est prendre une peine inutile
‘€ Que de rester en place et de crier bien fort :
‘ Clocher ! clocher ! je t'aime, arrive ou je suis mort ! ”’
Ce grand déplacement des diverses courhes de la société, déjà, de son temps, Lafontaine en parlait, quoiqu'il n’en aperçut que la superficie, mais on portait perruque de son temps. Il y a dans les Æaô/es de Lafontaine, bien des pronostics sociaux des malheurs de la France ayant suivi cette époque, qui n’y aurait pas cru, si on les lui avait prophètisés, et qui, pourtant, les portait dans ses flancs, comme une mère y porte ses fils etses filles. Oui, bien des pronostics sociaux, et même, un peu plus que des pronostics, car le Bonhomme a, dans ces mêmes Fables, largement donné son coup de pioche à l'édifice ; — ce dont je ne sache pas qu’on s'inquiète beaucoup d’instruire la jeunesse dans les Colléges ; — quand ce ne serait que ce vers si profondément anti-chrétien et anti-social :
‘ Notre ennemi, c’est notre maître. ??
Et ne peut-on pas dire, avec quelque justesse, qu’il a été amené à ces énoncés révolutionnaires par ce grand fait de Sensualisme dont il était lui même personnellemnt obsédé ?
Telle est la peinture sociale qu’il vous offre des jours où il vivait :
‘ Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages ; “Tout bourgeois veut bâtir, comme les grands-seigneurs
‘ Tout petit prince a ses ambassadeurs
‘€ Tout marquis veut avoir ses pages. ??
Mais fouillons les entrailles du monstre, et précisons davantage Îles signes dont il augure sa marche à travers les nations et dont il inaugure ses conquêtes sur le monde entier.
Comme Généralissime de la perdition du Siècle, le Sensualisme a ses centres de mouvements stratégiques, ses bâses d'opération, ses grands quartiers-généraux, ses boulevards. — Et tenez, rien que ce mot de Boulevard, d'extraction si noble, si virile et si militaire, le Sensualisme n’en a-t-il pas fait, par la force implacable des choses, un symbole, nous devrions dire un stigmate, de ses allures conquérantes comme un héros et vagabondes comme un assassin ? Le Boulevard, est devenu, dans le language cosmopolite, un je
ne sais quoi de fangeux qui tient du champ de bataille et du champ de foire, où, après la barricade meurtrière, masse, comme un char triomphateur, la calèche a huit ressorts, trainant le vice, enviée du vice, et soläée par le vice.
Et Paris est bien sa Capitale des Capitales ; et devant cette suprématie infâme, tous les autres citoyens du monde entier s’inclinent, s'aplatissent, font acte public de vasselage, même en ce jour, les Berlinois ! — Jugez donc.
Or, dans ces Métropoles de son Empire, le Sensualisme, — c’est là une des particularités remarquables de son caractère, — a formé et entretient ce qu’on pourrait appeler sa Garde Impériale. Et ces prétoriens de son Césa. risme, ils se nomment eux-mêmes, des Aristes.
L'Art, c'est son grand culte et son idôlatrie publique. On le verra psalmodier, d’une voix réaliste à ses adorateurs, dans les petits théâtres qui sont ses grands temples.
‘€ Peuple ! il me faut de l’art, n’en fût-il plus au monde ! ” P ;
Des Artistes ! Oh! le Sensualisme en fait une consommation vertigineuse, Il en a mis partout ; il en sème, il en couve, il en pond, depuis ses pontifes et ses philosophes, jusqu’à ses cochers -et ses valets de pied ; depuis ses poètes jusqu’à ses coiffeurs. Un dessinateur est un héros pour lui; une modiste, c’est une puissance ; un parfumeur, c’est un génie ; un couturier pour femme, c’est une domination internationale. — Et dire qu'il y a des noms propres à mettre sur toutes ces faces.
Nous avons dit : ‘Ses poètes. ”” Par une association psychologique qui a sa raison d’être dans l’énonciation qui précède, il se trouve que ses poètes sont, en même temps, ses philosophes les plus philosophant et ses pontifes les plus pontifiant. L’un d’entre eux, surtout. — Oh le malheureux ! Il s’est appelé lui-même l’Ærfant du siècle. Le Seigneur l'avait doué des dons les plus exquis de l’intelligence et du cœur, de toutes les profondeurs innées de l’âme et de toutes les finesses naturelles de la conscience ; et il s’est servi de toutes ces richesses pour faire une Religion du Sensualisme, et comme un Dieu mystique de ses incarnations les plus grossières et les plus dépravées. Mais voyez, de quelle façon l'instinct du vrai, du beau et du bon luttait, en son âme, avec le sens du mensonge, de l’abjection et du mal. — Dans la citation que nous allons donner de lui, se montre à ses découragements responsables, la figure de St. Jean-Baptiste, et la vision de ces ours de Jean, dont parle le Seigneur.
‘4 La terre est aussi vieille, aussi dégénérée ;
rés ‘ Elle branle une tête aussi désespérée, ice. ‘€ Que lorsque Jean parut sur le sable des mers, ‘6 Et que la moribonde, à sa parole sainte, atie ( Tressaillant tout-à-coup comme une femme enceinte, ent, ‘ Sentit bondir en elle un nouvel univers. nc. ‘€ Les jours sont revenus de Claude et Tibère ; ‘€ Tout ici, comme alors, est mort avec le temps, FAR 4 Et Saturne est au bout du sang de ses enfants ; t ce | ‘€ Mais l’Espérance humaine est lasse d’être mère, ésa ( Et le sein tout meurtri d’avoir tant allaité, ‘ Elle fait son repos de sa stérilité.” erra sn
: Et si vous voulez un tableau plus saisissant encore des actualités, moraqui lement si maladives, qu’engendre partout le Sensualisme, sous son masque menteur du Progrès moderne, écoutez:
‘ Et que nous reste-t-il à nous les déicides ? ‘€ Pour qui travailliez-vous, démolisseurs stupides
ig- ‘ Lorsque vous disséquiez le Christ sur son autel ?
d; ‘€ Que vouliez-vous semer sur sa céleste tombe, our ‘ Quand vous jetiez au vent la sanglante colombe
un ‘ Qui tombe en tournoyant dans l’abime éternel ?
w'il ‘€ Vous vouliez pétrir l’homme à votre fantaisie,
‘ Vous vouliez faire un monde.—Eh bien vous l'avez fait ; ‘ Votre monde est superbe et votre homme est parfait |
ue ‘ Les monts sont nivelés, la plaine est éclaircie ;
ses ‘€ Vous avez sagement taillé l’arbre de wie ;
ses ‘ Tout est bien balayé sur vos chemins de fer ;
eu- ‘6 Tout est grand, tout est beau.—Mais on meurt dans votre air! pué € Vous y faites vibrer de sublimes paroles. ' bn- ‘6 Elles flottent au loin dans les vents empestés ?
et ‘ Elles ont ébranlés de terribles idoles;
1e, ‘€ Mais les oiseaux du ciel fuient épouvantés |
les ( ‘ L'hypocrisie est morte, on ne croit plus aux prêtres ; du 4 — Mais la vertu se meurt; on ne croit plus à Dieu a). ‘ Le noble n’est plus fier du sang de ses ancêtres,
ra- ‘6 — Mais il le prostitue au fond d’un mauvais lieu.
2 ‘6 On ne mutile plus la pensée et la scène,
‘6 On a mis au plein vent l'intelligence humaine
‘€ Mais le peuple voudra des combats de taureau.
‘ Quand on est pauvre et fier, quand on est riche et triste, ‘ On n'est plus assez fou pour se faire trappiste,
‘6 — Mais on fait comme Escousse, on allume un réchaud.”
Voyant si clairement le mal, cet homme a, plus qu'aucun autre, travaillé à le propager, à en accélérer le mouvement parmi ses frères, à lui donner une pernicieuse impulsion dans le monde entier, puisqu'il a passé toute sa vie, et tout fait dans sa vie, pour adorer, — c'est hélas ! le vrai mot, — le Sensualisme, et qu’il s'est volontairement impatronisé le missionnaire ardent de cette adoration satanique.
Et l’on ne peut certes pas ‘dire qu’en reconnaissant les effets d’un si grand mal, comme on peut s’en convaincre par cette peinture de la situation orale du jour que nous venons de citer de lui, il n’en saisissait pas à vif Aa nature intime et substantielle ; on ne peut pas dire qu’il suivait le courant de ce fleuve de mort, sans se rendre compte de sa perfidie ; c’est tout le contraire qui est vrai, car personne ne fut, à un degré plus fouilleur que lui, un analyste consommé du Sensualisme ; et il en a ainsi creusé le lit, élargi les rives et fait écumer les ondes.
Et la propre dissection de sa propre âme putride fut son perpétuel châtiment. — Il y a, dans son œuvre malsain, des coups de scalpel bien capables, croyons-nons, d'éclairer, pour tout esprit chrétien, la vision salutaire du mal à éviter, côte à côte avec l’effrayante image du mal accompli. — C'est uniquement à cause des bénéfices moraux de ce contraste que nous nous sommes décidés à en parler. — Au surplus, qu’on en juge :
e ‘€ Oui, oui, n’en doutez pas ; c’est un plaisir perfide ‘6 Que d’enivrer son âme avec le vin des sens, ‘ Que de baiser au front la volupté timide, ‘ ‘ Et de laisser tomber, comme la jeune Elfride, ‘4 La clef d’or de son cœur dans les eaux des torrents. ”?
Puis, s’il veut peindre en lui même, la dépression de la pensée qu’entraine le Sensualisme à sa suite, l’atrophiement de l'esprit qu’il engendre, la perte du sens du vrai et du sain don d'intelligence qui devient son inévitable fruit, il vous dira, dans un sonnet trempé de larmes, trop expressivement intitulé Zrés{esse, mais qui n’est que la stérile confession d’une conscience qui s’est faite un Dieu de son péché :
‘ J'ai perdu ma force et ma vie,
‘ Et mes amis et ma gaîté ;
‘6 J'ai perdu jusqu’à la fierté
‘4 Qui faisait croire à mon génie.
‘ Quand j'ai connu la vérité,
‘ J'ai cru que c'était une amie ; ‘ Quand je l'ai comprise et sentie, ‘ J'en étais déjà dégoûté,
' ‘ Et pourtant elle est immortelle, ‘ Et ceux qui se sont passés d'elle ‘ Ici bas ont tout ignoré. *
‘ Dieu parle, il faut qu'on lui réponde, ‘ Le seul bien qui me reste au monde ‘ Est d’avoir quelquefois pleuré. ”
Oh! comme c’est bien là la réalisation contemporaine de cette grande parole adressée par Jésus-Christ aux Princes des Prêtres de son temps, à propos de Saint Jean-Paptiste et que nous avons déjà citée dans le Chapitre précédent : ‘* Vous êtes des voyants, mais vous n'avez pas voulu faire ‘ pénitence à la suite de cette claire-vue, afin de pouvoir croire (1)! ” Quelle leçon et quelle prefcience, ô hommes du jour, pâle troupeau dé tentés que nous sommes tous en ce monde |
C’est pourtant, — qui le croirait? — ce véritable Prince des Prêtres du plus raffiné des Paganismes qui a émis cette belle maxime, laquelle illuminée d’un rayon de la sainte et pure charité Catholique, forme à elle seule tout le cadre de la plus haute perfection chrétienne, d’une perfection à la Ste. Thérèse.
‘ Rien n’est bon que d’aimer, n’est vrai que de souffrir ! ?
C’est encore lui qui nous a donné de l'Amour, ce portrait spiritualiste et moral, cette profonde et sereine monographie qui, à son tour, fécondée par la Foi, pourrait devenir, en chacune de ses paroles s’enchaînant si magistralement les unes aux autres, un des plus chastes programmes du cœur qui se puisse édicter en ce monde :
(1) Vos autem videntes, non poenitentiam habuistis postea, ut crederitis. — Math. XXI, 32.
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‘Se voir le plus possible, et s'aimer seulement,
‘ Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
‘€ Sans qu'un désir vous trompe, ou qu'un remords vous ronge, ‘ Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ;
‘ Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
‘“ Faire de son amour un jour a lieu d'un songe,
‘ Et dans cette clarté, respirer librement...””
Mais c’est toujours lui, qui a détruit, par une négation émergeant de son Sensualisme, ces visions chrétiennes qui lui étaient données et dont il a tant abusé, — Z'Abus, l'abus des grâces, l'abus des appels de Dieu, des voix intérieures, des mains tendues, des rencontres suruatur-lles, les invitation: du Père de famille, des poursuites du Bon Pst'ur! iusqu'au fond de qrelies bassesses humaines cela ne peut-il pas faire descendre un ètre humain? C’est donc encore et toujours Musset qui renie ses propres paroles à lui-mêrne, par les paroles qui suivent et qui forment toute sa synthèse et toute sor école :
‘# C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi ;
‘“ Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
‘ Qui vous écoute et pense, et vous réponds ceci :
‘6 — Oui l’on vit autrement, mais c'est ainsi qu’on aime.”
‘E Sunt lachryme rerum.” I] y a des choses qui pleurent,’ ne peut-on s'empêcher de se dire à soi-même, quand on se trouve en présence de cette enfance vieillie qui symbolise si bien ce siècle. Mais il vaudra toujours mille fois mieux méditer que pleurer, et l’on est tout naturellement amené à méditer ainsi :
L'Amour, c’est bien certainement un des plus beaux dons que l'Intelligence créatrice du Seigneur Dieu ait fait à la terre, en ce qu'il peut former le catéchisme et le sy/abus d'une des plus hautes éducations du respect, du dévouement et de la marche ascensionnelle de l’âme vers le ciel, dans la solidarité des désirs surnaturels, qui puisse se graver ès cœur de l'humanité ; mais pour cela, il faut que son édifice soit une édification, dans le sens catholique du mot, c’est-à-dire, il faut qu'il soit consacré; qu'il soit marqué au signe purificateur et sanctificateur du Sacrement. A ce titre et à ce titre seul, —on l’oublie trop souvent, —il peut devenir un arme merveilleusement trempée ponr combattre et vaincre le Sensualisme. ‘‘/# oc signo vinces.” Quand le Prince des Anges déchus inspira aux tristes générateurs du Protestantisme le génie infernal d'affirmer que le Mariage n'est pas un Sacrement, il comprenait la portée, pour les âmes à venir et pour de longs siècles de durée, d’une radiation si capitale de l’immuable Credo de Y'Eglise Romaine,
Hors de l'Eglise, point de salut ; — Hors du Sacrement, point d'honneur pour l'Amour; c'en est le corollaire naturel et invincible. Tout au contraire, il devient forcément maudit de Dieu, et maudit des hommes. Ecoutez plutôt ce qu'arrive à penser sur son compte, cette malheureuse Ecole du Sensualisme moderne, — Ne dirait-on pas le cri d'un damné de l'Enfer ?
€ Amour, fléau du monde, exécrable folie !
‘ Toi, qu'un lien si frêle à la volupté lie,
‘€ Quand par tant d'autres nœuds tu tiens à la douleur, ‘ Si jamais par les yeux d’une femme sans cœur,
‘Tu peux m'entrer au ventre et m'empoisonner l'âme, ‘ Ainsi que d’une plaie, on arrache une lame,
‘ Plutôt que comme un lâche on me voie en souffrir,
‘€ Je t'en arracherai, quand j'en devrais mourir ‘
C'est à dessein que nous avons emprunté à la poésie les coups de pinceau qui précèdent pour faire du Sensualisme la peinture qu'il nous a paru nécessaire d'en donner ici, dans un but de préservation nationale. La palette des prosateurs de la chose nous aurait certainement présenté des tons plus énergiques et des effets de perspective plus heurtés encore, dans ce douloureux tableau contemporain ; mais nous n'avons nullement eu en vue de faire cette peinture criarde ; il nous suffit qu'elle soit raisonnablement criante (1)
(1) NOTE.—Puisque ce robinet de citations rimées s'est trouvé amorcé en cet écrit par la force, —ou si l’on préfère, — par la convenance des choses, ne le fermons pas, sans faire figurer, en note, un autre léger extrait de cette espèce, qui n’a qu'un avantage, celui d'être entièrement inédit. Ce morceau, échappé au /ar niente d'un officier de cavalerie, touche d’une manière, qui nous a semblé assez proche, au grand sujet qui nous occupe dans ce Chapitre, Il y a déjà bien des années, qu'après lavoir trouvé sur notre chemin un peu à l'aventure, nous nous étions hâté d’en prendre copie, à cause de la portée philosophique qu'il nous avait semblé contenir, sinon en très-exacte notion des choses, du moins, en impulsion sincère des bons mouvements de l'âme.
Le mal est grand en France, surtout celui dont nous parlons, et l’on peut bien dire que c’est de là qu’il rayonne sur le monde entier ; mais aussi, c'est dans ce propre foyer de son pouvoir que se fait, contre lui, la plus ardente lutte ; ax beau mitan du feu, comme disaient nos pères, quand il s'agissait d'enlever quelque redoute. Or, c'est là le plus fort levier des bons retours et la meilleure planche du salut, Les Marie-Alacoque, les Benoît Labre et les Bernadette sont saints de France. ”