LA MORT, È
‘4 Et la voilà qui, sans tarder, retourne en courant auprès du Raï et lu ‘€ dit: — Je veux qu’à l'instant même, vous me donniez la tête de Jean- ‘ Baptiste sur un plat. ” (x)
‘* Hérode fut attristé de cette fantaisie, mais à cause du serment qu'il ‘< avait fait et de la présence de ses convives, il ne voulut pas contrarier la jeune Salomé. ’ (2) ‘
‘ Et il manda son exécuteur des hautes-œuvres en lui enjoignant de
. “lui apporter la tête du prisonnier dans un plat ; et c’est ainsi que Jean fut
‘“ décapité dans sa prison. (3)
‘ Et la tête fut apportée dans le plat ; et le roi l’offrit à la jeune fille ; ‘et la jeune fille passa le plat à sa mère. ’” (4).
Tel est le récit mouvementé de la mort de St. Jean-Baptiste. Comme tout ce que contient l'Evangile, cette narration fait image ; on y voit en jeu, dans une merveilleuse finesse de touche, toutes les petites passions du cœur humain, toutes les réalités de l’existence prises sur le fait, et toutes les ciselures naturelles de l'esprit, qui accompagnent toujours, dans l’histoire écrite de notre Seigneur Jésus-Christ, les grands traits larges, hardis et lumineux de ses enseignements infaillibles.
D. Quelles leçons particulières ces détails de la condamnation à mort de: St. Fean-Baptiste nous donnent-ils ?
BR. Les traits les plus saillants de :.es leçons s5c divisent en Aux: branches ; l’une qui touche à la mor:le, et l’autrr qui se rapnuite directe. ment à la politique.
Comme la première de ces fortes leçons est, par ie temps qui eourt,. d'une importance tout à fait extrême, et que, par les côtés insidieux du mal qu’elle nous montre, sa matière devra nécessairement entraîner quelques. développements tout à fait indispensables, nous commer.cerons par signaler: la deuxième leçon ; celle qui, dans le récit de la decvila‘ion de St. Jcan-- Baptiste, confine au côté tout à fait nolitique.
(1) Gumque introisset statim cum festingtione ad regem petivit dicens. Volo ut protinus des mihi in disco caput Joannis Baptistæ. .— Mar: VI. 25.
(2) Et constristatus est Rex, propter jusjurandum et propter simul dissuinbentes, noluit eam cuntristarc, — Marc VI. 26
(3) Sed misso spiculatore præcepit afferri capat ejus en disco. Et decollavit eum, — Marc VI. 27. ; (4) Et aftulit caput ejus in disco, et dedit iilud pueliæ et puella dedit matri,-— Mare VL.
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D. Quel est le côté politique où l'on doit envisager la mort de St. Fean Baptiste ?
Z. C'est la question du Sermens, de l'abus profanateur qu'en fit Hérode, et de la violence odieuse que cet abus ex=rça sur sa lâche conscience. À
On le sait, le Serment est une chose sainte, solennelle et sacrée, de sa nature intime, puisque c’est une invitation directe de l’âme à Dieu, pour qu’il intervienne, par un véritable témoignage de sa part — Le témoignage d’un Dieu ! —- dans un acte que nous allons accomplir. Or, Dieu se rend à tout appel que nous lui adressons, bien que nous ne puissions concevoir toute la profondeur d'une telle condescendance ; mais où cette condescendance divine est le plus sensible c’est lorsque nous lui adressons un appel ayant un caractère public, et formant une sorte de pacte social. Telie est, en effet, l'essence du Serment. Dieu s'appelle un Dieu jaloux ; c'est l'expression qui nous semble la plus énergique dans le peu que nous pouvons comprendre de son immense amour pour les âmes ; et quand les âmes font de son invocation un acte de solidarité entre elles, l'horizon de cette Jalousie de l'amour divin s’élargit en quelque sorte de toute l'étendue du mot : ‘“‘ Société.”” — On conçoit dès lors sans peine quelle mortelle injure on fait au Tout-Puissant en l’amenant, comme de force et publiquement, au cœur d'actions ou futiles en elles-mêmes, ou, — ce qui est bien pire, — attentatoires à sa Majesté, à son Intelligence et à sa Pureté infinies. Dans le premier cas, c’est une impolitesse impardonnable, une grossièreté sans nom qu’on fait à l'Eternel ; et dans le second cas, peut-on penser sans frémir à ce qu’on accomplit ! — On se substitue à Satan lui-même pour tenter le Seigneur ! — Quand Satan commit cet acte de son infernale puissance, savait-il que Jésus était Dieu ? — Il est licite, et même plausible de croire que’ Dieu n'avait pas encore permis que l'Esprit de Ténèbres fût informé, du moins d’une manière intime et précise, du grand acte de la Rédemption ; mais nous, pouvons-nous ignorer cette irréfutable réalité? Quelle ne devrait pas être la juste épouvante de notre responsabilité, quand nous prétons serment pour quelque chose que nous savons coupable, faux et dérisoire, au fond de notre conscience, envers la miséricorde de Dieu!
Les catégories qu'on essaye d'établir, par des subtilités libérales, entre les divers serments ex wsage, ne sauraient dénaturer le principe surnaturel du serment, et par conséquent, atténuer la profondeur de sa culpabilité, quand il est criminel?
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Fan Se moquer de Dieu, ou mentir à sa place et en son nom, telle est donc l'alternative inexorable de tout serment, ou prononcé à la légère, ou attestant une faute. — C’est tout un abime de révolte.
en fit A cette question du Serment se rattache tout ce qui est corruption lâche politique, et spécialement Corruption Electorale, outre la bassesse norale particulière à l'espèce ; car c’est une tentation volontaire et préméditée
à i de faux serment, dont on est responsable comme de l'acte en lui-même. e sa ' ‘ à :
‘ Les Elections qui se font par la corruption sont de leur nature
HE ‘* immorales et la cause de beaucoup de parjures. Ceux donc qui vendent ge ‘et achètent des suffrages, dans ces élections, doivent être traités comme némale ‘4 prévaricateurs des lois divines et humaines, qui intéressent à un haut An ‘ degré le bien public et la morale (r). ”’ appel Se rattache encore, par les plus grandes affinités, à cette même question " le est, du Serment ce qui concerne le B/asphème, dont nous avons déjà eu occasion c'est de parler, dans un Chapitre précédent. Mais à côté des Blasphèmes propreuvons ment dits, il ya les /wrons qui ne sont, après tout, que des avortons de s font blasphèmes. Rien que cette idée devrait nous en donner mal au cœur. cette Enfin, pour parachever le sujet, nous ajouterons à la nomenclature ce que ue du l'on pourrait appeler dans cet ordre d'idées qui se rattache toujours à une re on idée divine, les AÆédiocraties, ou si l’on veut, les Ma/sonnances du langage. ia En voici un exemple :
tentans le Un homme, qui pense à être chrétien, ne dit jamais à un de ses semblanom bles :‘‘ /e vous jure..." quand il peut tout aussi bien dire: “ /e vous afirme,' mir à cu: /e vous certifie..." — I] ne dit jamais non plus à une femme: ‘‘ /e er le vous adore,'’ quand cela lui revient tout-à-fait au même, à lui, — et à elle ance, donc! — de dire: ‘ /e vous aime" ou ‘‘: Je vous chéris.’' Pourquoi donc roire singer un serment ou parodier l'essence divine du Culte ? — ‘ Pour rien... é, du pour le plaisir.…’" — Est-ce que, dans ces domaines de choses terrestres, tous ion ; les synonimes imaginables des mots: ‘/wrer'’ et ‘ Adorer'’ ne sont pas vrait aussi expressifs? — Et d’ailleurs, n'est-ce pas le ton qui fait la chanson ? — prê- Quant à la Chanson du Verbe: ‘ Adorer ’ — (employé comme susdit, c’est déri- bien chanson, en vérité, les trois quarts et demi du temps! — il faut lui reconnaître ceci de particulier, c’est que tout le talent du chanteur se trouve logé, meublé et enchâssé dans l'oreille de son auditoire. — C'est peut-être ales, drôle, mais c'est comme ça. Et c’est peut-être aussi pour ça que du verbe cipe ‘4Chanter'” on a fait le verbe : “ Enchanter.'
€ sa PS CE (r) Mgr Ignace Bourget, Ciroulaire aux confesseurs, 1er mars 1868. , à
Re . ST. JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. >
Quoiqu'il en soit, il ne nous appartient nullement de déterminer ici la question de péché dans l'habitude de ces mots, dits sans intention mauvaise, et nous n'avons pas la moindre velléité de faire de la casuistique sur la matière, mais nous affirmons sans hésiter que l'usage usuel de pareilles locutions est du dernier mauvais-goût ; c'est un mauvais-goût divin, si je puis m’exprimer ainsi, et je ne sache pas que l’on soit dispensé d’être poli et bien élevé avec le bon Dieu.
En résumé, rien n’est plus grave que tout ce qui se rattache à cette question criminelle dont le mot : ‘‘ /wrement ‘’ implique toutes les variétés et toutes les nuances. La langue populaire de certaines provinc:s de France traduit par cette expression à la fois philosophique et ingénue: ‘“ Dire du mal,’ tout péché de cet ordre d’idées.
Dans la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est bien e miroir souveräin où se reflètent, avec une incroyable netteté, les traits frappants de tous les ennemis de Dieu et la physionomie typique de tous les caractères qui ont porté, qui portent et qui porteront de tout temps atteinte à sa surnaturelle morale, une grande et saisissante place est occupée par la perpétration de ces crimes du Jurement. Il est bon d'en noter la leçon.
Par deux fois le Divin Maître est abandonné de l'autorité constituée de son pays, et ce sont les deux potentats de l’ordre spirituel et de l’ordre tem- l porel en exercice de pouvoir, qui accomplissent cette négation du Christ : Caïphe et Pilate ; représentant si insicivement, l’un, toute haine systématique et mortelle contre la vérité révélée ; l’autre, toute lâche et égoïste tergiversation à proclamer l'innocence reconnue ; Caïphe et Pilate, symboles vivants des ennemis modernes de l’Epouse du Christ : ces persécuteurs déclarés, qui reconnaissent un Bismarck comme leur bon génie, et ces ména- . geurs pleins d’affadissements, dont en France le gouvernement provisoire actuellement en exercice nous offre un si pénible exemple ; autrement dit : le Protestantisme jouant de son reste, et le Libéralisme se croyant parvenu à règner. — Et c’est lorsque cette désertion de Dieu de la part de l'autorité s’est effectuée sans retour, que Jésus est livré à toutes les insultes des Blasphêmes parlés et agis de la soldatesque et de la populace. On dirait que, dès que le Pouvoir Public a corrompu ses voies, par malicieux orgueil ou par poltronnerie intéressée, le Peuple se sent pris d’une frénésie d’attaques directes contre la Divinité et qu’afin d’attiser en son propre cœur sa débordante licence, il donne 4 l’idée du Serment une exécution pratique et matérielle. Les scènes poignantes qui se passèrent dans l’Atrium du Prince des Prêtres et dans le Prétoire du Procurateur de Judée ne sont, en
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effet, qu'une longuc et cruelle série de Jurements traduits par des actes. Et Pierre lui-même, intimidé par une servante, tombe dans ce grand crime et renie son Maître, en jurant avec imnprécations qu’il ne le connaît pas. (:)
Ce lourd péché en matière de serment a donc, comme on le voit, pesé de tout son poids satanique dans l’effusion du sang du Juste et dans l’effusion du sang de son Précurseur prédestiné. ‘Touchante similitude d’expiation entre le Maître et le Disciple, entre le Roi et l'Ambassadeur ; mais aussi, réprobation doubleinent accentuée dans le Saint Evangile, —- et de quelle vertu énergique ô grand Dieu ! — contre cet abus odieux des invocations sacrées |! Leur effet immediat et direct est d’éloigner Dieu de l'âme qui s’en rend coupable, et quand Dieu, le vrai et unique Dieu, qui est tout Esprit et Vérité, s'éloigne, un autre Dieu le remplace immédiatement ; c’est le Dieu abject et trompeur par excellence, le Dieu des Sens. — Telle est le logique des choses surnaturelles. — La condamnation à mort de St. Jean-Baptiste nous en offre la plus vive application, dans la seconde partie de ses enseignements supérieurs ; celle qui touche directement à la morale,
D. Quelle est la leçon de morale que doit présenter à notre étude la mort de St. Jean-Baptiste? ”
2. Le Pape Grégoire XVI, de sainte mémoire, le prédécesseur de Pie 4X sur la Chaire Apostolique, qui était un homme d'Etat très-clairvoyant, et un philosophe trés-sage ; — les écrits qu’il a laissés en font hautement foi, — lorsqu'on venait lui dénoncer quelque crime commis sur ses domaines, disait toujours: ‘ Cercate la donna.’ ‘‘* Cherchez la femme.” Et c'était la recommandation la plus judicieuse qui se puisse voir, en effet. — Tous les Lieutenants de police en savent quelque chose.
Et cela s’explique bien facilement. De sa nature; l'empire exercé par la femme sur l’homme est primordial ; il est foncier ; il est, pour ainsi dire, humainement absolu, en ce qu’il pénètre jusqu'aux racines vives de la volonté de l’homme, de son activité morale, de sa puissance d'homme, en un mot.
Et cela est pour le bien comme pour le mal.
Les Saintes Écritures, qui sont l'arsenal le plus solide comme le plus complet de toutes les notions exactes de la science psychologique, nous fournissent de ce grand fait substantiel de l’humanité des traits innombrables et tous, mieux trempés les uns que les autres. Nous nous bornerons ici
(1) Math. XXVI. 67 et suiv. XXVIL. 27 et suiv. — Marc. XIV. 65 et suiv. XV, 16 e suiv. — Luc XXII. 55 et suiv. XXIII. 29. Jean. XVIII. 22 et suiv. XIX 2 et suiv.
à n’en citer qu'un seul pour chacun des deux extrêmes de la grande
classification générique de la femme : la Æemme bonne et la Femme mauvaise,
Pour la première, ilest dit : “* Son mari est noble dans les portiques. " — Les Portes ou Portiques représentaient chez les Juifs l'autorité civile et politique, la haute magistrature gouvernementale. Par le fait de sa femme il acquiert donc cette noblesse, ‘ ef #/ peut s'asseoir parmi les sénateurs de la terre *’ (x), c'est-à-dire, parmi ces pairs du monde entier, qui forment les universels aristocrates des âmes. Il est impossible de donner une plus haute idée de la puissante influence pour le bien que peut exercer la fenime sur l’homme. Et dans ces conditions, ajoute immédiatement le Saint-Esprit, ‘* Z4 femme est comme vêtue de force et de prestige, et la ‘le ‘€ gaieté sera sa compagne jusqu’à son dernier jour (2).
Quant à la Femme mauvaise, le tableau que nous en trace le même Saint-Esprit est, on peut le dire, effrayant de justesse ct d’exactitude, ‘‘ Son cœur est bas, ‘’ est-il dit, “ ef sa face triste.’ De plus, ‘ ses mains sont débiles ."’ — La débilité des mains, c’est-à-dire, la lâcheté, la poltronnerie et des œuvres et des étreintes, et de tout ce qui orne la vie, et de tout ce qui retient la tendresse. — ‘ Ses mains sont débiles ! *’ Mais, — accent plus incisif encore, — ‘* ses genoux sont pervertis. ‘’ Les genoux! c'est l'hommage rendu et le repos goûté ; «'est, à la fois, tout ce qu’on implore et tout ce qu’on honore. C’est humble et austère symbole de prière, et c’est, aussi, emblème honnête et familier de bercement. Eh bien! toutes ces saintetés, tous ces honneurs, toutes ces forces et toutes ces richesses, la femme mauvaise les corrompt, les disjoint, les effeuille, les jette au vent, et s’en fait réellement la persécutrice acharnée. — ‘ Ses genoux sont pervertis. * — “ Elle est la plaie du cœur (3). Remarquez; le Saint-Esprit dit : /a plaie, et non pas / blessure. Il y a là, pour la morale des coups variés partant de la main d’une femme, toute la distance d’une gangrène repoussante, au
sang vivace et chaud qui s'échappe d’une veine rompue, füt-ce à coups de couteau.
De ce grand dualisme héréditaire des généralités humaines, l’on doit : inférer, en matière d'observations philosophiques et sociales, que pour diagnostiquer sûrement de la santé morale d’un peuple, il faut commen-
(1) Nobilis in portis vir ejus, quando sedebit cum senatoribus terræ.— Prov. XXXI. 23,
(2) Fortitudo et decor indumentum ejus, et ridebit in die novissimo.—Prov. XXXI. 24.
(3) Cor humile et facies tristis. — Manus debiles et genua dissoluta et plaga cordis mulier nequam, — Æccli. XXV, 31, 32.
es. ” le et nme teurs ment plus er la it le et la
nême ‘6 Son s sont rie et ut ce t plus
hom-
t tout aussi, tetés, vaise éelle- Elle je, et t de e, au oups
doit pour
cer . . , .: — (On voudra bien excuser l’expression,) — par tâter le pouls à la femme de ce peuple ; à la femme, dans toutes les classes de la société où elle figure, c’est-à-dire, où elle est appelée à exercer son légitime pouvoir.
On peut encore en tirer cette induction tout expérimentale, que ce pouvoir de la femme est dans un pays, et pour ces particularités de sommités, en raison directe de l'élévation politique des hommes qui président aux destinées gouvernantes de ce pays. Ce phénomène s'explique encore par une démonstration de nature. L'exercice de l'autorité civile est une tension tout à part des forces vitales et spiritualistes de l’homme ; et, dans cette tension, l’ingérence de l’action de la femme produira nécessairement, — soit un appoint de vigueur et de vibrations sonores pour le bien,—soit, par contrepartie, dans le domaine du mal, un relâchement, un atônie et un aphonie d’une extrème sensibilité. L'histoire en fourmille d'exemples. Nous avons, d'un côté, les Judith et les Esther, et de l’autre, les Dalila, les Aspasie et les Cléopatre. Nous ne voulons rien dire de l’ère chrétienne, parce qu’il y aurait trop à dire, sur cette donnée. On pourrait véritablement faire un livre ayant pour titre : ‘* Æistoire universelle du monde, étudiée sur Le vif, d'après la part, soit publique, soit secrète, qu'y ont prise les femmes, ; et ce ne serait peut-être pas l'Etude historique la moins philosophique, la moins substantielle et la moins exacte.
Dans le domaine de la sainteté, cet Ordre a donné et donne encore à l'Eglise une éblouissante floraison ; car : — le fait est acquis à l’histoire, en la plus séculaire comme la plus irréfragable de toutes les réalités. — ‘ Za femme religieuse suit l'homme apostolique”? (1)
Quoiqu'il en soit, dans le sujet spécial qui nous occupe, Hérodiade et sa fille Salomé sont, pour le mal, des types de cette universelle notion.
‘ Et ce sont deux types très-différents dans leur siruilitude à mal faire et à faire faire le mal. L'une, Hérodiade, représente l'/Zwmoralité et l'autre, Salomé, représente le Sensualisme. La distinction entre ces deux plaies sociales est très-importante à établir, en ce qu’elle est très-réelle, et surtout éminemment actuelle.
D. Qu'entendez-vous par Immoralite ?
BR. L'Immoralité est le péché contre les mœurs ; Il a pour racine fixe et pivotante une violation quelconque des lois divines, éternelles et imprescriptibles du mariage. Le cas d’Hérodiade et de St. Jean en est une invincible
(1) Mgr. Ignace Bourget, Ev. de Montréal.—Circulaire du 13 Décembre 1868.: OI
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v| ke, attestation. Hérault de la force de Dieu, de ses institutions, de ses sacre- “4 ments et de son Eglise, il subit par la peine d'une captivité, que ses juges savaient hautement imméritée, les hardiesses de son langage à revendiquer l'honneur du lit nuptial. — Von ficet. — Grande morale à en tirer pour tous les gouvernements civils! Dans la question du mariage, en effet, de ses obligations, de ses validités, de ses liens constitutifs, de ses empêchements, de ses sanctions temporelles ; en un mot, de tout ce qui touche, de près ou de loin, à cette bâse fondamentale de la Famille, l'Etat n’a qu'à s’honorer, qu’à s'élever, qu’à se glorifier, qu’à fortifier ses assises, qu'à faire fructifier ses droits, qu’à se couronner lui-même d’une immarcessible couronne de force, de civilisation, de grandeur et de véritable progrès, de n'être que le serviteur, le véritable et très humble serviteur de l'Eglise. Une étude particulière et intime du sujet, au point de vue de l'hygiène morale des peuples, donnerait de cet avancé, qui n’est d’ailleurs qu’un fait, les démonstrations les plus péremptoires, car c'est encore là un des premiers principes de la diagnôse prophylactique de toute santé morale. — Ce grand précepte doit trouver son application, dans la politique et dans les lois, avec une rigueur qu’on ne saurait jamais appeler extrême. L'Eglise, cette Mère Admirable, a souffert de voir des Royaumes entiers se détacher de son sein, parce qu’elle avait le devoir, éminemment maternel, de dire à des Princes du siècle, comme St. Jean à Hérode: ‘‘ Ilne t'est pas permis d'épouser telle ou telle femme. * — Le Profestantisme national n'a pas d'autre origine. — Oh comment la pudeur des familles protestantes n’y pense-t-elle pas plussouventif
Or, s’il y a un peuple qui doive, en cêétte matière, se montrer vraiment intraitable et modèle entre tous, c’est bien le Peuple Canadien, dont le Protecteur surnaturel, et l’Ange Tutélaire — (A la suite des Prophètes, Jésus-Christ a appelé St. Jean un Ange.) — (1) a souffert persécution pour la défense de cette inviolable doctrine. L'’honneur de la politique du Canada ne peut mieux s'asseoir que sur cette bâse.
Remarquons encore les effets directs de l’Immoralité, de ce mépris pratique des austérités conjugales, surtout quand il part d’une alcôve de Roi, et qu’il s'exerce au Château. Ces effets sont l’oblitération immédiate du sens de Justice, qui est bien l’élément primaire de l'Autorité. Voyez Hérode. — Il avait une crainte respectueuse pour St. Jean ; il le savait irréprochable ; 11 lui accordait une sincère confiance intellectuelle, et ses discours l’intéressaient vivement ; et néanmoins, il le charge de chaînes et le relègue au fond d’un cachot, à cause d’Hérodiade, propter Herodiadem.
(1; Hic est enim de quo scriptum est : ‘‘ Ecce ego mitto Angelum meum ante faciem tuam qui præparabit viam tuam ante te.” (Ma/4. AL 10.)
Ce ne fut pourtant pas Hérodiade qui eut le pouvoir de faire condamner St. Jean à la peine capitale, Ce simple trait est tout un crayon du réalisme perpétuel de la chose. Hérode avait épousé la femme de son frère, et il semble vraiment, à scruter le texte évangélique, qu’elle le fatigue, qu’elle l’ennuie, qu'elle l'excède. Elle ne peut obtenir de lui ce qu’elle désire avec passion. Tableau achevé, en ses réticences divines, de l’énervement domestique qu'entraîne toujours à sa suite toute union illégitime. C'est que, dans ces unions là, — c'est encore la Sainte Bible qui nous le définit en une lumineuse silhouette du cœur humain, — ‘ /a femme devient
sotte et elle piaille. Elle est pleine de roueries, et pourtant, ne sait absolument rien.” (1)
Mais ce que l’Zmmoralité ne peut enlever à elle toute seule, en fait d'oubli de soi-même et d’accomplissements du crime, le Sensualisme n'a qu’à se montrer, pour le parachever en un clin d’œil et en un tour de main. Là où Hérodiade a longtemps et toujours échoué, Salomé intervient, et c’est fait. Elle entre ; elle n’a qu'à danser. — Le Roi Hérode n'avait peut-être jusqu'alors pas seulement pris garde à elle ; il ne lui avait pas serré le bout des doigts, et tout de suite il perd l'esprit ; et tout cède à la griserie morale qu’inspire cette vierge des salons. Le Sensualisme découle bien de l’Immoralité ; il est bien l'enfant de ses éntrailles et il a bien sucé le lait de ses mamelles, comme Salomé est bien fille d’Hérodiade ; mais, airsi que le fait se produit dans les générations maudites, l’hérédité du vice possède la force et la crue infinitésimale de la vitesse acquise. Le Sensualisme progresse sur l’Immoralité.—Aussi, son étude, généralement peu analysée, demande-t-elle une attention, disons le mot, une dissection toute particulière.
D. Qu'entendez-vous au juste bar le Sensualisme ?
2. Le Sensualisme peut être défini: Ze péehé contre les mœurs qui
est précisément passé dans les meurs.
Comme on peut s’en convaincre par le sanglant coquetage de Miss Salomé, ce n’est pas là une invention précisément moderne. Elle a, pour le moins, quelque dix-neuf siècles d'exercice et de traditions, sans compter l’époque de sa petite jeunesse ; mais il se trouve, néanmoins, que c’est, à proprement parler, de nos jours que cette grande maladie a été comme délimitée, établie et classifiée dans le Codex des infirmités populaires. Cela vient de ce que tout tend à se démocratiser de nos jours, le bien comme le
(1) Mulie- stulta et clamosa plenaque illecebris et nihil omnino sciens, (Pro. IX, 13.)
EX ST, JEAN-BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA. ca Pa
mal, et que cette tendance amèné une impérieuse nécessité de définir, de numéroter et de lexicographer toute chose morale.
Et vraiment, le Sy/abus, dont les imbéciles se font et font au peuple une bête noire à je ne sais combien de queues, avec une infinité de cornes, n'est, en somme, qu'une adaptation catholique à cette nécessité de méthode des besoins généraux des temps modernes. Son nom seul l'indique assez, du reste; c'est le SyZabaire des dangers “: l’époque actuelle et des erreurs courantes. Qu'on vienne dire, après cela que les Papes ne comprennent pas deur temps !
Mais cette tendance de Démocratisation générale n’en est pas moins un danger, un danger radical ;— On a, d'ailleurs, fabriqué avec cette expression la synthèse de la chose ; le Ladicalisme,—car ‘‘ la foule est plus impression ‘ nable au mal qu’au bien ; pour elle, la défense est, vis-à-vis de l'attaque, ‘€ ce qu'est le fusil par rapport aux mitrailleuses, de sorte que la Liberté, tout ‘en faveur de l’attaque, ne donne rien à la défense.’’ Ce n’est donc qu’un devoir plus strict et plus urgent pour la vérité et pour la morale de définir avec netteté les symptômes du mensonge et du vice.
C’est à ce titre que nous affrontons l’ingrate besogne de donner ici une analyse, ou plutôt une peinture du Sensualisme, dont le principal cachet est précisément ce type mortifère de démocratisation. Nous ne doutons pas que cette peinture ne soit excessivement délicate, mais n’est elle pas ce qu’on peut bien appeler outrageusement indispensable ?
Avant de l’aborder, et pour mieux en dénuder la malice, il est bon de prévenir, au sujet de cette donnée, l'esprit du public contre une objection très répandue en cette matiére. C’est une objection hourgroise, inintellig2nte et libérale ; — ces trois termessont congénères et appa:tiennent fonc'érement à la même famille, — mais l’obscurantisme qu’elle pro:luit n’en ect peut-être que plus subtil, plus insinuant dans la pensée populaire, et par suite, plus procréateur de scepticisme. ‘
D. Quelle est l'objection qu'on oppose à l'étude du Sensuaiisme ?
ÆR. On se dit: ‘Les péchés contre les mœurs se sont vus de tout temps et se rencontrent, en somme, à un égal degré, dans tous les pays du monde." On fera même à ce sujet de gros volumes de statistique, desquels on essaiera de déduire que ce qui figure en plus, d’un côté, en fait de criminalité, en observations policières, relativement aux mœurs, se trouve balancé en moins, d’un autre côté, à quelque autre chapitre parallèle d'infractions analogues ou