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€ C’est un grand mal d’avoir un esprit trop hâtif ; € J{ ne dansait jamais au bal pour ce motif.’
Tout cet ensemble peut donc présenter, sinon immédiatement, du moins un jour ou l’autre, pour le lendemain. — Le lendemain, grand mot ! — un sérieux et profond danger pour le public, pour le bon public, et pour le public bon. — C’est surtout pour celui-ci que nous écrivons, puisque nous écrivons en Canada, — A l’aide de cette inactivité à commettre le mal, que nous venons de signaler, et qui n’est autre, en toute réalité, que le résultat de leur dévotion au mal, car c’est le vrai gwrétisme du vice, les Sensualistes raffinés, le dessus du ‘panier de l’Ecole, peuvent tromper leur monde de la plus belle façon. — On se dit : ‘‘ Après tout, voyez leur vie privée, ils ne sont pas aussi noirs que certains fanatiques, entre autres, ces enragés d’ultramontains, voudraient nous le faire accroire. Ils ont de la tenue. Il y aen eux, ilest vrai, quelque expérience du mal, maïs c’est, ma foi, une sauvegarde tout comme une autre. . . Et, ‘* sans discours plus ample, ”? vous voyez d’ici les effets extrêmement variés, dans son familiarisme, de la confiance qu’on peut accorder à la fine fleur de ce vice ; — confiance irréfléchie, parce qu’elle est libérale.
Le Libéralisme ce n’est, après tout, que le Sensualisme de la tête, des
croyances et de la cervelle, comme le Sensualisme n’est que le Libéralisme du cœur, du sentiment et des entrailles.
Puisse donc, cette trés-exacte proportion mathématique entre ces deux puissants facteurs des infortunes morales de notre siècle, pénétrer, avec une égale force, l'esprit des libéraux qui ne sont pas sensuels, — l’espèce en existe, — et le cœur des sensuels qui ne seraient pas libéraux ; — quoique beaucoup plus rare, cette variété peut encore se rencontrer. — Mais on peut, de toute façon, admettre, comme un axiôme psychologique très sûr, que ces deux vices, dont l’assiette est différente, n’en sont pas moins réciproque ten dance et fraternelle tentation, l’un de l’autre ; car la vérité est une. Elle l'est tellement, qu’elle impose victorieusement un reflet de sa divine unité aux propres attentats qui la combattent ; et elle accomplit ce grand œuvre, en mutualisant, en solidarisant entre elles toutes les défaillances, toutes les lâchetés, toutes les hérésies.
Ah! qu’il avait donc raison Louis Veuillot, dans les articles qu’il a publiés pour flageller, comme il le méritait, de sa belle verve française, cet abominable Père Hyacinthe, — Et remarquez que l’apostasie de ce défroqué, n’a été au fond, — c'est bien prouvé, — dans son lâche cœur, qu’une
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atroce petite question de sensualisme, comme le fait a existé jadis pour Martin Luther, dont M. Loyson n'est, d’ailleurs, que le petit-fils rachitique et dégénéré. — Oui, qu’il avait raison, quand après ‘avoir dit de ‘ cet astre trop ‘ couché et de son connubium, induement ficelé dans un antre de Londre, à ‘* grand tapage et ex grand incognito. — “ Cet expatrié du couvent s’est ‘<exilé de la patrie, n’étant pas sûr d’y trouver une mairie qui voulût de son ‘contrat, et trop certain de n’y pas rencontrer un autel qui ne croulât ‘< devant son serment ; en France, dans les villes, en dépit des sergents, le ‘ ruisseau bondirait en évantail,/’ — il ajoute cette orthodoxe et charitable appréciation de la véritable morale du Christianisme : — ‘Il n’appartient ‘à aucun homme d’être sans miséricorde au fond de son cœur pour les ‘ faiblesses humaines, quelqu’en soit l’effrayante étendue, mais il est du ‘“ devoir de tout homme d’étouffer sous la huée la voix de l’impudent qui ‘essaye de couvrir une faute en professant que le bien est le mal er que le ‘€ mal est le bien.’’
‘ Oh! que j'aurais d'estime, d’admiration et de tendresse pour le ‘ pécheur, même public, qui dirait : — “ Je fais le mal, parce qu’il me plaît, ‘ parce qu’il m'a vaincu, parce que je n'ai pas eu la force de préférer le ‘bien ; je bois, je joue, j'abandonne mes devoirs, je me débauche, ‘# j'échange les mâles satisfactions du combat contre les lâches plaisirs de la ‘ chair, et je vends ma part de l'héritage éternel pour un plat de gargotte ‘ qui m'a séduit, mais je sais que j'ai tort, et c’est le bien qui est le bien.”
‘€ Quand verrons-nous paraître cet homme sincère qui ne voudra pas ‘ qu’on l’honore d’être mauvais.”
Voyons, ne sont-ils pas vraiment bien aveugles et bien inconsidérés, ces Partageux administratifs de la licence des mœurs, dont nous parlions plus haut et qui soutiennent que le niveau de ces mêmes mœurs est partout et toujours le même, et que tout est pour le mieux . . . dans le plus mauvais de leur conscience ?
Il nous reste pour terminer cette notice à signaler un dernier trait que présente à l'esprit l’honnête oëservation sur le Sensualisme. — Il y en aurait bien d’autres, mais nous n’avons l’intention de ne faire ici que croquer le danger.
Dans tout ce qui précède sur ce grave sujet, on trouvera peut-être que nous n’avons pas fait autre chose que d’écrise en français, dan: e sens nue c’est une peinture des mœurs nauça.cs, à laquelle nus nou: sommes tout spécialement adonné, le long des quelques pages qui précèdent.
‘4 Vous ne vous trompez pus, je vous en fais l’aveu.”?
Mais il ya de cela deux raisons que l’on pourrait invoquer, comme valables, ou tout au moins, plausibles. La première, nous l’avons déjà dit, c'est que le Sensualisme tient tout juste en France ses grandes Assises, ses Etats-Généraux; ce qui ne l’empêche nullement de darder son œil louche sur toutes les parties du monde; et la seconde, c’est que nous écrivons toutes les choses, à propos de la St. Jean-Baptiste. Or, l’on remarque généralement que, par le fait de bien des circonstances inutiles à appronfondir en cet instant, les Canadiens-Français sont portés à s'approprier, dans tout ce qui vient de France, bien plus ce que la vieille Mére-Patrie peut leur offrir de mauvais et de nouveau, que ce qu’elle conserve, trop caché pour elle-même il est vrai, et d’antique et de bon.
Au surplus, pour parer à tout sentiment d’exclusivisme dans ces observations nécessaires, nous n'oublions pas, en l'espèce, que le Canada est une Colonie Britannique et que la vaste importation anglaise qui s’y opère exerce une large influence, pour sa bonne... ou sa mauvaise chance, — Qui le sait ? — sur l'esprit, sur les idées et sur les mœurs du pays.
Voici donc le trait me/ropolitain, le british trade-mark du Sensualisme qu’il nous reste à présenter.
— Qu'on veu.ile bien nous pardonner de travestir, tant soit peu, ce bon Lafontaine, déjà cité.
‘ Un mal de vrai supplicié, ‘€ Mal que le ciel en sa pitié ‘ Envoya pour punir les crimes d'Angleterre, ‘4 Capable d’apauvrir le pur sang d’Albion, ‘€ Le Sh/een, puisqu'il faut bien l’appeler par son nom, ‘€ Faisant à John Bull si grand’guerre,
qu'est-ce, après tout, si l’on veut en faire un peu la dissection anatomique ? — Ce que c’est ? — C’est tout uniment le Sensualisme Britannisé.
Faut-il se boucher les oreilles ? — car il me semble entendre comme une clameur .-udaine, une infinité de : ‘ Quelle originalité ! ?’ — ‘ La lubie est pommée ! *’ — ‘ Le paradoxe est raide ! ?”’ Mais voyons, un peu de calme, ‘“ /wdicieux lecteur, ‘ comme ne manquaient pas de dire les Préfaces des bons vieux livres du bon vieux temps jadis ; de grâce, un peu de calme, ou sinon, ou se rémémoriera, malgré soi, ces affreux petits bonshommes de la place publique dont nous avons entendu parler le Seigneur au Chapitre qui précède. Raisonnons donc, s’il vous plaît, tout tranquillement.
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K LA MURT,
Le Spleen, —vocable devenu un je ne sais quoi qui n’a de traduction dans aucune langue, — tant c’est typique ! — car le mot Ænnuwi n’en est qu’un pâle et infidèle cliché, — n'est-ce pas, en toute simplicité de son essence, la satiété du plaisir facile, l’écœurement de toute jouissance matérielle, le dégoût national des mœurs de toutun peuple ?
Voici, du reste, quelques traits de sa jaune et maigre physionomie. Ils sont pleins de vérité et de verve et ils sont marqués de touches de la morale qui méritent bien de figurer ici.
C’est le Spleen lui-même qui a la parole :
‘ © corrompus ! 6 vous que mon haleine enivre, Et qui ne savez plus comment faire pour vivre ; Qui sans cesse flottants, voguant de mers en mers Sur vos planches de bois, arpentez l’univers,
: Cherchez au loin le vin et le libertinage,
Et passant par la France, allez voir à l’ouvrage
Sur son rouge établi le sombre menuisier Travaillant un coupable et le rognant d’un pied, Semez l'or et l’argent comme de la poussière,
Pour vos ventres blasés fouilles l’onde et la terre; Qu'’à vos ardents regards, sous des poings vigoureux Les hommes assommés tombent comme des bœufs ; Et que sur le gazon des valions et des plaines Chevaux et cavaliers expirent sans haleine,
Malgré vos durs boxeurs, vos courses, vos renards, Sous le ciel bleu d’Espagne ou sous les gris brouillards, Et le jour et la nuit, sur l’onde et sur la terre,
Je planerai sur vous, et vous aurez beau faire, Mener de longs détours, revenir sur vos pas, Demeurer, vous enfuir, vous n’échapperez pas; J'épuiserai vos nerfs à cette rude course,
Et nous irons ensemble, en dernière ressource, Heurter, tout haletant, le seuil ensanglanté
‘ De ton temple de bronze, 6 froide cruauté |! ”?
La froide cruauté! n'est-ce pas le trait fatal et final, l'aboutissement éthnologique et cosmopolite de l'empire exercé par les sens? Le menuet de Salomé qui vous ensorcelle son Roi, et le bourreau de ce Roi mandé en toute-hâte pour vous décoller un Saint, c’est bien le drame impérissable
EX ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA, Ke
de toute lassitude des énervements de la conscience humaine, dont l’autocratie du Sensualisme s’est impatronisée la maîtresse.
L'on dira pourtant : ‘ Cette prosopopée du Sp%en est assez bien tournée, mais qu’y pouvez-vous faire, et que prouve-t-elle donc tant? Si c’est la nature constitutive de l'Anglais, si c'est le fond de son caractère, si c’est son tempérament indigène qui le pousse à cet état de marasme morbide, est-il possible de s’en rendref maître ? — Mais, répondrons-nous, c'est précisément en cela que gît le préjugé; ce que vous en dites n’est qu'un leurre ; voyez plutôt, — l'Angleterre ne prenait-elle pas autrefois l’allègre et jolie dénomination de /oyeuse Angleterre, — Merry England, — Oui, mais quand ? — Quand elle était catholique, apostolique et romaine; quand elle était décorée de cet autre titre radieux : l'Æe des Saints ; quand la Papauté disait de ses habitants, dans un de ces jeux de mots à la Saint Augustin : ‘* Ce ne sont pas des Anglais, mais des Anges. ’” Von Angli sed Angeli”; et je ne sache pas que les Anges aient la moindre notion de ce que peut être le Shen.
Et voyez encore ; n’observe-t-on pas que le Sp/cen a quelque tendance à décroître du caractère anglais, depuis que le catholicisme a commencé à régermer sur ce sol fécond ? Qu'on observe, du reste, les familles catholiques d'Angleterre ; elles sont en sevrage du Sp/een, parce qu’elles reprennent le chemin de la paix, de la paix intérieure, de la paix domestique, de la paix de l’âme et du cœur ; et c’est cette paix-là qui engendre la gaieté. Le fond du caractère anglais n’est pas ce mortel dégoût de la vie, car le dégoût n’est le fond d’aucun caractère, ni d’individu, ni de peuple ; — Il faut admettre cette donnée comme étant fondamentale. — Le fond du caractère anglais est, tout au contraire, une saine joie; une joie réfléchie dans ses impulsions mais très-franche et très-pure dans ses expansions. Oui, l’on dirait vraiment, que les immondes et sensuelles joyeusetés du Roi Henri le Huitième ont tari dans sa source, et d’un seul abreuvement, la joie nationale de l’Ile tout entière... jusqu’au jour où elle fera nationalement, par la pénitence, ce qu’a fait Clovis à son Baptême ; elle adorera de nouveau ce qu’elle a brûlé et clle brûlera ce qu’elle adore encore nationalement. — C’est du reste l’état -érérai du monde.
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« äébut de cette digression britannique, nous avons commis versis M. re L2fontaine ce petit rafiéçage sur la description de sa Pesfe : ‘* Mal qu. le ciel en sa pitié,’ au lieu de: ‘ Mal que le ciel en sa fureur." Cen'a e'ties Las été pour faire frêee au Fublier français, mais c’est que nous voyons dans le Sp/een anglais, à la fois, et une très saisissante émanation du Sensua-
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lisme, et aussi, un signe providentiel de la longue et sainte pitié du bon Dieu, de ses ingénieuses et profondes patiences, envers cette nation qui a été arrachée au Bercail Universel. Il nous semble qu’il a voulu ia purger de ce mal du Plaisir, paturages insalubres de la vie, par la plrs noire et la plus amère smple de déplaisir qu’un estomac de peuple puisse ingérer. — Dieu ne s’appelle-t-il pas le suprême médecin des âmes ? — Il nous semble aussi que si les Anglais pouvaient en arriver à admettre cette idée, à en pénétrer leur jugement traditionnel, ou plutôt traditionnaliste, ils reviendraient bien vite à leur point de départ, la Foi, la vraie, l’unique Foi, ayant l'Eglise catholique pour saine joie et pour régularité dans cette joie; pour pur délassement et pour stabilité dans ce délassement ; pour douceur de vie et pour claire-vue dans cette douceur ; pour mère, en un mot, pour mère qui ne sait pas vicillir, car l'Eglise est toujours leur mère, et ses invieillissements sont bien le ‘€ Finis et Semper'’ de toute humaine activité des âmes ; — Et puis, c'est si bon d’être gai ! Æaxit Deus !
D. Le Sensualisme existe-t-il en Canada ?
Z. Pour bien répondre à ceite demande, faisons tout de suite une distinction entre les Villes et les Campagnes.
10. Dans les Campagnes, nous pouvons le dire hautement : — Non, le Sensualisme n’a pas pénétré, et c’est bien ce qui fait la valeur foncière du Canada. L’Æabitant, c'est son joyau patriotique du plus haut prix ; ce sont les Diamants de la Couronne de sa royauté sociale. Et notons en un trait d'observation qui a bien sa portée.
La politesse, que St. François de Sales appelait si bien : ‘* Za fine fleur de la Charité," et St. François d'Assise, plus intimément peut-être encore : ‘€ La perite sœur de l& Charité *” Sirocchia della Charitate, "est restéeen Canada, mille, dix-mille et cent mille fois plus distinguée, plus grande-dame, plus aristocrate, plus large et plus fine, plus intelligente et plus sincère ; plus vraie en un mot, chez les ÆZabitants canadiens que chez la gent des villes. — Exceptis excipiendis, bien entendu ; et, comme cela arrive toujours, plus les exceptions sont rares, plus elles sont pleines, plus elles sont pures, plus elles sont fortes. — Je dois bien ce témoignage à la vraie et haute aristocratie d'âme qui brille — c’est le mot juste, — ès cœur de quelques familles des cités canadiennes. — Or, qui pourrait contredire à l’exactitude de cette notion de la science de vivre, du savorr-vivre, émise par ces deux grands Saints portant le nom symbolique de François, appartenant à des siècles différents ; l’un Evêque et Grand-Seigneur feudataire, l’autre, profond ascè-