‹ Saint Jean-Baptiste, l'évangile et le Canada [microforme]Chapitre 33 sur 65 · B | | LE · texte numérisé non relu

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te et moine mendiant ; — bien plus, inventeur social, de la mendicité monastique — ce qui est un grand trait social d’anti-paupérisme ; — On est donc bien obligé d’en conclure que le Sensualisme étant de son essence la finefleur et la petite sœur de l’Egoïsme, — si ces mots ne hurlaient pas de se trouver accouplés, — est, par cela même, l'ennemi juré et comme l'antipode de la Charité. Et c'est ainsi, — simple syllogisme, — qu'il est facile de reconnaître que le Sensualisme n’a pas pénétré aw cœur des Campagnes canadiennes.

Le fait est d’ailleurs jusqu'ici, pôur ces campagnes, une sauvegarde d’origine, c'est-à-dire que la mère du Sensualisme, l’Immoralité du lien matrimonial, cette vieille, usée, mais non abdiquante Hérodiade de l'humanité faiseuse d’enfants, se trouve bannie de ces terres bénies et purifiées par le sang de St. Jean. Cette portion de la France Nouvelle est donc restée vieille France en son vrai foyer national, et l’on peut bien appliquer au sol patriarcal des Æabitants canadiens cette reposante et salubre peinture bretonne que nous donnait, il y a quelques mois, Louis Veuillot.— Quel beau titre pour le Canada de pouvoir s'appeler : ‘* La Bretagne des ‘ Amériques ! ??

‘6 C'est un beau pays, laborieux, sévère, pauvre et chrétien ; et je dirai ‘ encore : un pays conjugal. On se marie ici, à l’ancienne mode, sérieu- ‘sement et bravement. On épouse une femme, parcequ’on l'aime ; on ‘€ l'épouse pour l'aimer, dans l’intention de porter le beau poids et le bel ‘ honneur de la famille. Cela se fait en toute joie, gravité et dignité ; ‘ pour toujours, à la face de Dieu et des hommes, dans la plénitude des lois ; ‘€ il n’y a aucun murmure de la terre ni du ciel. Les noces passent dans ‘le grand chemin, escortées de parents et d'amis rayonnants d’honnête ‘6 allégresse. Le maire n’a rien à dire ; le curé est content comme tout le ‘€ monde ; on trinque ; on danse ; personne n'est volé. Voilà des pauvres, ‘et néanmoins, voilà des rois, si l'on peut, à cette heure du monde, appe- ‘ ler rois, des êtres humains environnés de tant de sécurité et d’honneur ‘et si riches de bon amour. Leur maison de terre et de chaume, mais ‘ bénie ; leur maison qui sera un berceau, est presque un temple ; Dieu la ‘ connaît et Dieu y entre. ”’ (1)

Et pourtant, et pourtant, il ne faut pas se faire d'’illusion. Si le Sensualisme ne s’est pas infiltré dans les champs canadiens, il y envoie ses précurseurs ; car Satan a les siens et ils sont Zegion comme sa puis-

(1) Louis Veuillot — Lettre datée du Pouliguen, 12 septembre 1872.

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EX LA MURT. D

sance; (1) ils sont sursemeurs d’ivraie, pour les endormis, dit l’Evangile (2). — L'ivraie qui en latin s'appelle si paraboliquement à Z/sanie, — On est de mœurs austères, et l’on a beaucoup d'enfants. — Rien de mieux, mais. . ., on aime à bien vivre; c'est le mot consacré, et un tel programme, un tel règlement de vie agro-populaire, ne frise-t-il pas d'assez près le Sensualisme? — En langage du crû, on dirait qu’il le rdse, ce qui ne signifie pas qu’il lui fasse la barbe. |

‘ Bon couvert, bon gîte. . .et le reste. ?”?

C'est encore ce malheureux Lafontaine qui nous donne, ou plutôt, à qui nous volons, en toute franche hardiesse, cet avertissement, extrait d’une de ses réticences jamilières, dans tous les sens de cet adjectif; les bons, les passables et les mauvais.

Et puis, ce n'est pas tout. Il est une loi sociale qu'il ne faut pas perdre de vue, car elle semble’ tout à fait inéluctable ; c’est qne les villes donnent le ton aux campagnes, comme, dans tout l’ensemble d’un Etat, ce sont les sommités, les grands, qui donnent le ton. aux classes infèrieures, aux petits. Or, à côté de cette loi universelle, il est un fait canadien bien inquiètant. — Tout le monde s'en inquiète, mais qui donc y pare en réalité ? — C'est le dépeuplement accéléré des campagnes, dont les enfants viennent végéter dans les villes et s’y déclasser, soi-disant pour s’y placer.

Il est, ensuite, une seconde observation a faire, plus anxieuse encore que la précédente. C’est cette large plaie d'immigration aux Etats-Unis qui ronge la classe agricole canadienne. Et, sinon pour l'universalité, du moins pour la grande majorité de ces expatriés v lontaires, ce reniement du sol natal ne s’effectue pas dans des intentions de culture colonisatrice à

‘ l'étranger ; loin de là, c’est au contraire, la matérialiste, sensuelle et

intéressée question de salaires, soi-disant lucratifs, qui sert de mobile à ces bandes partantes, pour ce qu’on appelle ici: “les Facteries des Etats.” Oh non! ce n’est certainement pas un bon vent qui disperse ainsi sur le sol Vankee cet effeuillement de la jeunesse campagnarde du Canada!

On pourrait dire, il est vrai, qu’ils fondent des villes là-bas — Soit, mais ;

Ils mourront de leur air, car il est empesté, Et l’Ange du Seigneur en fuit épouvanté.

Em (1) Legio mihi nomen est quia multi sumus. — Marc V, 0. (2) Venit inimicus et superseminavit zizania in medio tritici et abiit., — Ma/#, XII, 25.

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