LE PATRONAGE
Pater noster qui es in cœlis Adveniat regnum tuum.
AMEN
D. Que devons-nous penser de la SAINT JEAN-BAPTISTE ?
2. Les pensées que doit légitimement amener à l’esprit cette expression : ‘* LA SAINT JEAN-BAPTISTE *” embrassent l’idée du grand Sas#z qui porta sur la terre ce nom devenu inséparable de la qualification qui l’accompagne, — l’idée de la Zête Nationale des Canadiens-Français, — et enfin, l’idée d'une Association civile, volontaire et libre, instituée par ceux-ci, pour représenter la communauté de leurs meilleurs sentiments et de leurs intérêts les plus chers.
D. Quel est le fondement de ces trois ordres d'idées ?
2. Si l’on veut bien considérer ce qu’est l’homme en réalité, le but final de sa vie sur la terre et la grandeur de sa destinée à venir, qui n’est autre qu’un bonheur immense, souverain, insondable, le bonheur du Ciel ; si l’on admet, de plus, comme il est vraiment impossible de ne pas l’admettre, que toutes nos actions, grandes ou petites, individuelles ou collectives, préméditées ou irréfléchies, seront alignées, classées et chiffrées, dans leur véritable vale” norale, avec une précision mathématique mille et mille fois su, <rieure à celle que peut déployer, pour des valeurs d'argent, le caissier le
Re ST.-JEAN BAPTISTE, L'EVANGILE ET LE CANADA; . Ca
plus expert et le plus consommé des hanques de ce monde, on comprendra sans effort que tout ce qui peut constituer pour nous un crédit, dans cet ordre d'opérations surnaturelles, est, dans notre propre intérêt, d’une incomparable importance.
Or, ce crédit existe ; c'est une réalité indéniable. Par un des plus touchants décrets de la volonté divine, il se trouve que les âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Christ sont instituées par lui-même les cohéritières, les coopératrices, et l'on pent presque dire, les cofondatrices de cette œuvre de rachat ou de rédemption, et que leurs mérites, surtout quand ils sont couronnés de cette couronne de vie, rérompense éternelle de leur fidélité, (1) possédent une action puissante et réversible sur le salut non encore assuré desautres âmes. Elles peuvent en devenir les répondantes et les endosseuses. Cette merveille s'appelle la Communion des Saints.
D. Soit. — Le Dogme est admis pour les âmes, pour les âmes prises individueliement et qui ne aoivent pas mourir ; mais quelle portée ce principe peutil donc avoir à l'égard d'une société, d'un ÉTAT qui n'est, — le mot lui-même c'indique, — qu'une SITUATION Dérissable et n'ayant pas l'éternité pour fin ?
2. Ilest très-utile d’éclaircir cette objection, spécieuse en apparence, mais en réalité sans bâses solides et fonciérement malsaine, car elle entraîne insensiblement un grand nombre d’esprits aux attentats les plus graves contre la Divinité. On veut à toute force, en effet, que les lois morales qui régissent les consciences des hommes ne puissent être invoquées en faveur des sociétés, et que celles-ci aient une manière d£ se conduire entièrement différente de la manière de se conduire de celles-là ; —bref, deux f/aeformes tout à fait distinctes. On prétend qu’un Etat a le droit de faire, ou même d’ordonner et de rendre obligatoires une foule de choses qui, venant d'un simple particulier, seraient une souillure de sa conscience et un déshonneur moral pour sa mémoire. Cette théorie porte le nom générique de Rasson d'Etat. Se prévalant de ce qu’il n’y a pas de ciel pour les sociétés, cette Raïson prétend que, pour elles, tout se borne à des devoirs matériels et terrestres, et en arrive même jusqu’à émettre qu’un Etat, voulant spiritualiser ses actes, sort des limites de son droit et commet une véritable usurpation. N'est-ce pas ce qui s'affirme tous les jours en déclarations et en faits ?
Pour démontrer combien une pareille Raison déraisonne, il suffira d'une simple comparaison, tirée du domaine de la nature.
{1} Fito fidelis usque ad mortem ét dabo tibi coronam vitæ.—Æ4foc. ZI. 10.
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