S. Luc, III
structivc. Pourquoi ne pas dire qu'il a voulu relever l'incomparable dignité du ministère de Jean-Baptiste, en permettant le rapprochement de son nom et de son œuvre, avec les noms et les œuvies des plus fameux parmi ses contemporains? D'un côté les puissants de la terre, de l'autre un inconnu, mais un inconnu qui se trouve être associé à l'événement capital des siècles, qui va montrer le Messie enfin donné au monde, et qui, par cela seul, se place au sommet de l'histoire.
A la lumière de la foi nous pouvons nous représenter que le prêtre lui aussi, quand il exerce ses fonctions sacerdotales, accomplit certainement une des plus grandes œuvres de son temps. Il n'y aurait aucune exagération, si la postérité devait être instruite des choses surnaturelles, à mettre en regard des hommes célèbres qui occupent la scène et accaparent l'attention publique, le plus humble prêtre occupé de faire pénétrer la vérité chrétienne dans une âme, ou de lui rendre par l'efficacité des sacrements, la vie delà grâce nvec la paix. Il faudrait'bien en venir à leconnaître que la réelle importance et la supériorité des actes se trouvent de son coté. Tout l'humain pâlit en face de la mission d'envoyé de Dieu, et de représentant des intérêts éternels.
Pourquoi ne pas remarquer encore, avec un degré d'attention de plus, que les quelques indications de l'évangéliste, contiennent en raccourci le tableau de l'abaissement et de la dégradation du genre humain à l'heure où le Messie va paraître, et que tant d'ombre amassée devant tantde lumière provoque singulièrement notre reconnaissante admiration?
La quinzième année de l'empire de Tibère César correspond à l'an 29-50 de l'ère nouvelle. A cette date depuis déjà trois ans, Fliérilier d'Auguste, par peur, s'est retiré
58 SALM JEAIS-OAPTISTE.
de Rome. Il s'est enfermé à Caprée. De son repaire de débauches et de sang il achève de se débarrasser de ceux qui lui portent encore quelque ombrage. Après les meurtres de famille, il en est à conspirer contre son meilleur ami : Séjan, sonSéjan. Tandis que le Précurseur sur les rives du Jourdain commence, ou va commencer de criei' : « faites pénitence! » le maître du monde, entre deux orgies, rêve lâchement un assassinat de plus ' !
Ponce-PJlate, gouverneur de Judée^... La fonction marque la décadence de la nationalité juive ; le personnage est celui-là même qui laissera bientôt contre tout droit et tout honneur crucifier Jésus. Pilate ! le type à jamais révoltant de la faiblesse aux prises avec l'intérêt, et que l'intérêt finit par subjuguer.
llérode, tétrarque de Galilée^.... Hérode Antipas, fils de
1. Voir les Céxars par M. le comte de Champagny : 1'" série, tome 1", Tibère et la famille impériale. Voir aussi du même auteur, au sujet de certaines réhabilitations systématiques tentées de nos jours, un éloquent article du Correspondant, 10 novembre 1876. Études historiques sur l'empire Romain.
2. A la mort d'IIérode le Grand, Archélaûs un de ses fds , son successeur au trône, avait eu pour sa part la Judée, la Samarie et l'idumée. Déposé en 759 par Auguste pour mauvaise gestion de son gouvernement, Arcliélaûs fut envoyé en exil à Vienne, dans les Gaules. La Judée propi'ement dite fut alors réunie à l'empii'e et annexée à la Syrie. On y voit se succéder une série de procurateurs romains, subordonnés pour les grandes questions aux propréteurs de Syrie, Copronius, Ambivius, Annius Rufus, Valerius Gratus, et enfin, l'an 22 de notre ère, Pontius Pilatus.
5. Cet llérode, Hérode Antipas, était le frère d'Archélaûs. Il avait pour sa part de succession reçu le titre de tétrarque de la Galilée et de la Pérée, il le conserva pendant toute la vie de Notre-Seigneur. Philippe, autre lils d'Hérode l'Ancien, frère d'Archélaûs et d'IIérode Antipas, tétrarque lui aussi pour sa part de succession à l'héritage paternel. Enfin Lysanias d'Abilène, petite contrée ou tétrarchie située au pied de l'Anti-Liban. On sait que Strauss a cru pouvoir accuser saint Luc au sujet de ce personnage d'avoir commis une grave erreur historique, en le confondant avec un autre Lysanias, mort GO ans aupa-
SAINT .lEAN-HAPTISTE. ^9
l'abomiiKible Ilérode le Grand, celui qui doit avant peu tuer .lean-Daplible pour ne plus entendre son trop juste: « no7i lice t. »
Anne, et Caïplie!...* Le souverain pontificat devenu chose vénale. Anne et Caïplie, les deux noms qui se retrouveront aux premières lignes du récit de la Passion, symbolisant le parti pris de la haine, et le triomphe des basses jalousies momentanément contenues.
« Factuni est verhimi Dumini super Joannem Zachariœ « filium in deserto. »
Donc en ce temps-là, au temps des Tibère, des Pilate, des Hérode, des Anne, des Caïphe, en pleine ruine de la conscience humaine, le Seigneur fit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, au désert, c'est-à-dire suivant la signification littérale de cette même locution fréquemment employée par les anciens prophètes, le Seigneur ordonna à Jean de se montrer enfin aux hommes, et de leur présenter Celui qui allait s'appeler la voie, la vérité et la vie !
« 0 sapientia ! 0 Oriens! 0 Emmanuel! exspectatio u gentitim, veni ad salvandum nos! )> 0 sagesse, ô lumière, ô Emmanuel, attente des nations, venez et sauveznous-!
ravant. Mais il se trouve qu'une étude plus attentive des textes mêmes de Josèphe, au lieu d'infirmei" la possibilité de l'existence de deux princes de ce nom, la suppose.
1. Les légats impériaux eu Syrie d'abord, les procurateurs romains ensuite depuis qu'ils eurent juridiction directe sur la Judée, nommèrent d'office les grands prêtres. Anne (Hanan) déposé l'an 14, au commencement du règne de Tibère, par le procurateur Valerius Gratus, n'en garda pas moins parmi les Juifs une très-haute situation, et quand, en l'an 25, son gendre Caïphe fut élevé à son tour à la pontificature, il ne lit qu'accentuer encore plus son influence. Caïphe ne fui guéi'e entre ses mains qu'un instrument servile.
(Pour ces diverses indications, voir M. l'abbé Crampon : les quatre Évangiles. Vocabulaire.)
■2. Grandes antiennes des jours qui précèdent Koël. Rien n'est tou-
Fidèle à i'appel d'en haut, Jean-Baptiste paraît. Ce qu'ont annoncé de lui, Isaïe et Malachie, il y a déjà plusieurs siècles, il se met à l'accomplir. 11 est la voix qui crie : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses ^( sentiers, que toute vallée se remplisse, que toute mon- « tagne et toute colline s'abaissent, que les chemins tortus « soient redressés et les raboteux aplanis, que toute chair (( voie le salut de Dieu. » En d'autres termes il prêche. C'est par la prédication qu'il commence à rendre le témoignage pour lequel il est envoyé.
Heureux prédicateur! Il n'a qu'à se montrer, on accourt en foule. De la ville la plus voisine, des contrées d'alentour, de la Judée entière, on vient l'entendre. « Tune « exibat ad eum Jerosolyma et omnis Judœa, et omnis « regio circa Jordaneni^. » Il faut se souvenir qu'à ce moment tous les événements prédits par les prophéties se trouvant accomplis, le sceptre étant sorti de la maison de Juda, les esprits se portaient universellement vers l'attente du Messie. L'apparition d'un prophète nouveau qu'entou-
chant et instructif comme ces appels reitérés, qu'aux approches de la venue du Messie, l'Église met sur les lèvres des Chrétiens.
Heu ! quis ruinae tam gravis Sarcire damna ; quae manus Afi'ere tam grandi queat Parem medelam vulneri.
Tu Christe, tu solus tuo Delapsus e throno, Deus Imagini potes tuaî Formam decus que reddere.
Rorate, Cœli desuper; Justum que fœcundo sinu Complexa tellus, perdito Orbi salutemgerminet.
(Hymme des vêpres du dimanche pendant le temps de l'A vent, Rite parisien.)