S. Joann., m, 5t. 52, 34, 55, 5G
90 SAIiNT JEAN-BAPTISTE.
tienne et apostolique. Il nous faut l'étudier avec quelque détail.
« Qui desursùm venit... qui de cœlo « venit super omnes est. »
Si l'on admet, comme le font bon nombre de commentateurs, que les versets 16, 17 et 18 du premier chapitre de l'Évangile selon saint Jean doivent être attribués au Précurseur lui-même, il n'est besoin de rien autre pour établir qu'il prêche ouvertement la divinité du Messie. Bossuet n'hésite pas à se ranger à cette explication.
Mais, pour ne rien avancer qui ne soit absolument exact, peut-être vaut-il mieux supposer avec d'autres interprètes que ces paroles si nettement explicatives sont dues à l'Évangéliste, empressé de faire ressortir par un commentaire personnel le langage du précurseur. Auquel cas, c'est dans l'ensemble des expressions dont use ce dernier, plutôt que dans quelques mots déterminés qu'il convient de chercher le fond de sa doctrine sur la divinité du Messie. On va voir à quel point sa pensée est transparente.
Première indication : Le soin qu'il met à affirmer que le Messie lui est incomparablement supérieur « ante me factusest, fortiorme ». Que lui, Jean-Baptiste, accuse et répète à satiété cette prééminence de celui qui doit venir, ses auditeurs en doivent ressentir déjà une surprise étrange. Mais quand il va jusqu'à dire, en y insistant, qu'il est indigne de porter ou de dénouer sa chaussure, indigne même de se courber à ses pieds pour lui rendre ce vulgaire service, la surprise doit tourner au scandale. Car enfin quel est l'homme, en face d'un autre homme si grand qu'on le suppose, à qui une si humble posture puisse sem-
bler interdite? Qu'on le remarque ; pour les Juifs Jean- Baptiste est un personnage extraordinaire, un prophète de premier ordre, un autre Éiie, un autre Moïse, le Messie peutêtre. Leur attention doit donc être éveillée au plus haut degré par l'attitude plus que modeste qu'il prend, et leur conclusion toute naturelle est celle-ci : que celui devant lequel il s'humilie et s'anéantit de la sorte ne saurait être un homme seulement.
Seconde indication fort significative : immense différence entre les ministères qu'ils exerceront l'un et l'autre. « Je vous baptise dans l'eau, ne se lasse pas de répé»ter le précurseur, mais Celui qui viendra après moi, sera plus puissant que moi, et la preuve, c'est qu'au lieu de vous conférer comme je le fais simplement un baptême symbolique destiné à vous inspirer le désir de la purification morale de la pénitence, il vous baptisera dans l'Esprit-Saint, dans la pleine réalité et efficacité des opérations divines que le feu représente : in spiritu sancto et igni. »
Enfin et surtout, les derniers versets du troisième chapitre de l'Évangile selon saint Jean. Ce n'est plus une indication, c'est une déclaration ouverte et officielle.
Les disciples du précurseur se plaignent du crédit considérable que Jésus obtient « omnes veniuni ad eiim^)) Tous vont à Lui, disent-ils, non sans une visible tristesse, même un peu d'amertume. Jean-Baptiste prend occasion de les instruire une fois de plus de la vérité qu'ils s'obstinent à ne pas comprendre, savoir que ce qui se passe est tout à fait dans l'ordre, qu'il en doit être ainsi.
« 11 faut qu'il grandisse, il faut que je m'efface.... Celui qui vient d'en haut, Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous.... Il témoigne de ce qu'il a vu et entendu.... Celui que Dieu envoie, parle le langage de Dieu ; Dieu ne
lui mesure pas l'esprit. Le» Père aime le Fils ; il met tout entre ses mains. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle.... »
On se demande comment à la lumière de telles affirmations, l'intelligence pleine et parfaite de ce qu'était le Messie n'éclatait pas soudain dans toutes les âmes. A vrai dire, les apôtres eux-mêmes, encore mieux favorisés, ne montreront pas une peVspicacité plus grande. L'heure n'est pas venue des intuitions sûres et inébranlables.
Il n'en demeure pas moins que les termes dont se sert le précurseur désignent expressément la nature divine du Christ.
« 11 est au-dessus de tous : super omnes ». Non-seulement au-dessus d'un prophète ou d'un autre, mais de tous les prophètes et de toute créature, super omnes, Pourquoi? parce qu'il vient d'en haut, parce qu'il vient du Ciel... desursùm venit, de cœlo venit. Le Sauveur emploiera les mêmes mots quand il voudra résumer ce qu'il est par opposition à ce que sont les hommes.... Vos deoî'sùm estis. Ego de siipernis sjim ^ » : Et ailleurs « ISemo ascendit in cœlum, nisi qui descendit de cœlo, Filius hominis qui est in cœlo ^.
« Il témoigne de ce qu'il a vu et entendu, de ce qu'il voit et entend incessamment. Cette doctrine si élevée, ces enseignements si sublimes, ne sont sur ses lèvres que l'écho d'une science et contemplation poussée jusqu'aux profondeurs mêmes de Dieu en qui II vit, dont II partage la vie. Le Sauveur, à son tour, dira : Quœcumque audivi a Pâtre meo nota feci vobis '.... Ego quœ audivi ah eo {Pâtre) hœc loquor in mundo *.