Timnth., iv
•2. Cnloss.. II, 'J.
faulre. Si le chef de la famille humaine n'eût pas péché, que serait-il advenu de rincarnalion? Do irès-profondes raisons autori:>cnt à présumer qu'elle n'en aurait pas moins eu lieu. La révolte de notre preinier père, la fatale situation par lui faite à toute sa descendance ont modifié le but immédiat et les conditions extérieures de l'élévation de la nature humaine jusqu'à la personne même du Verbe, mais n'en ont pas créé la convenance fondamentale ni le dessein primitif. On sait que tel est l'enseignement d'un grand nombre de théologiens, enseignement auquel il est permis de se ranger en toute sûreté et orthodoxie de doctrine. Quoi qu'il en soit de l'hypothèse, le fait certain, absolument ceitain, c'est que le péché existant d'une part, de l'autre nulle satisfaction terrestre ou angélique n'étant capable de donner à Dieu une réparation équivalente, le Messie résout cette impossibilité désolante, devient notre pleine et surabondante rançon, notre médiateur, notre Sauveur.
C'est ce que signifient, affirment, proclament solennellement les cinq ou six mots du précurseur. Prenez maintenant ce que disent de Notre-Seigneur Jésus-Christ les Ecritures du Nouveau-Testament depuis les Évangiles jusqu'à saint Paul, depuis les premiers chapitres de saint Matthieu jusqu'à l'Épitre aux Hébreux et l'Apocalypse, prêtez l'oreille aux vieilles prophéties bibliques, résumez cet enseignement universel, il viendra tout entier se résumer dans la brève mais pleine formule : « Ecce Agnua Dei^ ecce qui tollit peccatum mundi. »
Le péché régne ici-bas. Il n'est pas au pouvoir des hommes d'en offrir à la justice divine une pleine réparation. Colombes, brebis, génisses, victimes quelles qu'elles soient, égorgées jusqu'à ce jour sur n'importe quels autels, n'ont été que la préfiguration symbolique du vrai sacrifice. Voici qu'otirm l'heure est vennc de l'immolation définitive.
SAINT .lEAN-UAI'TISTE. W
celle <lonl rolTicacilé n'atteindra pas seulement quelques infractions légères contre les règlements mosaïques, mais hî mal caché aux plus secrètes profondeurs de la conscience, le péché lui-même, le péché dans sa notion la plus vaste, la plus comprèhensive, la plus abstraite, le péché total : Peccatimi mundl. La véritable victime est prête. L'Agneau que Dieu agrée, est là !
L'Église semble avoir voulu répandre, populariser en quelque sorte, ce court mais substantiel exposé de la doctrine chrétienne.
Comptez combien de fois dans un jour, d'une extrémité du monde à l'autre, monte le doux écho du langage de Jean-Baptiste : « EcceAgnus Dei! ecce qui toltit peccatiim nunvU! »
A la sainte messe, quelques instants avant la communion, le prêtre le dit en se frappant la poitrine.
Il le dit aux fidèles agenouillés à la table Eucharistique en élevant au-dessus du ciboire d'or h blanche hostie.
Dans leur prière du malin et du soir les catholiques le répètent, graves religieux des cloîtres, vierges des monastères, petits enfants groupés autour de leur mère pieuse au foyer domestique. On se demande si un seul instant la parole bénie cesse de retentir !
Il s'en faut pourtant qu'elle soit connue et comprise comme elle devrait l'être. C'est pourquoi le prêcheur, l'apôtic, en quelque temps et en quelque lieu qu'il exerco son ministère, ne saurait trop y revenir.
On peut affirmer que le besoin do cette insistance se fait paiticulièrement sentir aujourd'hui. Notre époque estelle pratiquement pire, plus frivole, plus dépravée que d'auties époques rnpprochées ou lointaines? Il parait diffi-
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cile de rien établir de précis à ce sujet. L'élude altentivo des siècles les plus vantés (je parle des siècles chrétiens ) ne permet pas de croire que la vertu se soit jamais épanouie sur la terre comme par enchantement. J'inclinerais à penser que parmi les peuples initiés à l'Evangile, jusque-là du moins, le mal n'a pas oscillé beaucoup entre des limites fort écartées. Mais ce qu'une simple observation démontre péremptoirement, et la chose est grave, trèsgrave, c'est que de nos jours l'idée même du péché tend à baisser et à disparaître. Les habitants de Constantinople au temps de saint Jean Chrysoslome, ou ceux de Paris au temps de iM. Ollier et de samt Vincent de Paul, n'étaient pas, que je sache, des modèles achevés de vie chrétienne ; néanmoins pour fragiles et abandonnés qu'ils fussent à l'entraînement du vice, ils se reconnaissaient ot s'avouaient pécheurs. Entre leurs croyances et leurs actes, il y avait de lamentables contradictions; rien autre. Aujourd'hui, il faut bien en convenir, il y a plus, il y a pis. L'intelligence chrétienne, l'explication surnatuielle du mal s'obscurcit dans les consciences. Elle y court de vrais périls.
Comment s'en étonner '{ Le contraire serait plutôt surprenant,^ inexplicable, avec l'espèce de conspiration qui de toutes parts à cette heure, s'attaque à la notion théologi(jue du péché.
Le péché! mot vide de sens pour le matérialiste, quels «jue soient la nuance et le degré de son matérialisme, puisqu'à ses yeux, le jeu des facultés humaines se résolvant à de simples notions de mécanique ou de chimie exclut toute dée de liberté, de responsabilité morale, démérite ou de démérite.
Le péché! mot iiioffensif, rendu méchamment odieux par d'injustes sévérités, diront à l'envi les lecteurs de romans en renom. Il n'y a pas de péchés, il n'y a que do
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très-pardonnables faiblesses. Dossuet, Bourdaloue, Massillon se plaignent déjà des couleurs attrayantes dont on pare le vice, des subterfuges et arguties où l'on se jette pour l'excuser ; que penseraient-ils aujourd'hui? Ce ne sont pas quelques rares écrivains, c'est toute une école d'habiles gens, qui se donne au grand jour la désolante mission de pervertir sur certains points le sens moral dans les âm< s. Ils ne nient pas en général la perversité humaine. Ils ont de vifs reproches contre certains crimes et certains criminels, mais à la condition d'être casuistes à leur guise, de réformer le Décalogue, et dejeter à pleines mains des fleurs sur la boue.
Le péché ! un mot et un mal auxquels il faut se résoudre sans trop d'étonnement ni d'alarmes, enseignera l'adepte de la philosophie séparée. Violation momentanée de l'ordre qu'on fera bien de combattre en soi-même et chez les autres le plus possible, par respect pour la dignité huuraine d'abord, pour soustraire ensuite l'individu, la famille, la société, aux suites pernicieuses qui en découlent. Le développement qu'ont pris de nos jouis les travaux [d'économie sociale, a contribué dans une large mesure à faire juger de la perversité des mœurs, du vice privé et public, seulement par les maux qui l'accompagnent, et le retard malencontreux que ces maux opposent au progrès et à la prospérité.
Ainsi négation brutale, ou mitigation révoltante ou trèsinsuffisante appréciation du péché ; voilà l'obstacle.
Cela étant, place au prêtre, au successeur de Jean-Baptiste! Qu'à cette génération dont il est le fils, dont il doit être le sel et la lumière, il jette à son tour la grande affirmation que répétèrent les échos surpris du Jourdain et et où tout le christianisme vient aboutir : « Agnus DeL Agtnistjiil lollil pcccatum mundi. »
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Peccatum mundi! Vous l'enlendez ! Donc le péché existe, quelque misérable labeur que vous vous imposiez pour dégrader la conscience humaine et la vouer cyniquement à la honte de l'irresponsabilité.
Peccatum mundi! Vous l'entendez encore. Donc il faut en finir avec ces plaidoyers intéressés et menteurs soutenus en faveur de ce qu'on pourrait appeler « les vices réservés ». Tout ce que Dieu condamne, c'est le péché! Malheur à qui d'une main audacieuse entreprend d'effacer une seule ligne, une seule lettre des vieilles tables de la Loi.
Agmis Del qui loUit peccatum mundi! Vous l'entendez à votre tour, censeurs bénins et à courte vue du mal qui encombre la pauvre route humaine. Puisqu'il a fallu (|ue l'Agneau de Dieu effaçât le péché du monde, c'est-àdire qu'entre la divine justice et nous, pour offrir une expiation complète, se rencontrât une victime divine aussi, c'est donc que le mal moral n'est point seulement une vagué infraction de l'ordre abstrait, à qui de fâcheuses conséquences temporelles foii/t cortège, mais la révolte de la créature contre son Créateur et maître, la rupture des liens bénis qui les unissent, le plus funeste des événements d'ici-bas, et si la réparation ne se fût pas accomplie de main divine, le plus irréparable malheur !
Prêcher l'existence et la nature du péché à ceux qui l'ignorent.... puis, en prêcher les conséquences à ceux qui les oublient. Si l'affirmation solennelle de la réalité du péché du monde « Peccatum mundi » est contenue dans la parole du précurseur que nous étudions en ce moment, la déclaration des conditions auxquelles il le faut expier, ne s'y trouve pas moins : « Aijnus Dei. » C'est au prix do
rinimolatioii (]ue le Sauveur nous sauve, c'est on devenant l'Agneau du grand sacrifice, l'Agneau agréé par la justice divine: v Agnus Dei. »
Celte oblaiion réileiaptrice de Jésus-Christ n'a pas été chose transitoire. Elle dure encore et durera toujours, perpétuée ici-bas tant que se succéderont les générations humaines par le sacrifice Eucharistique, perpétuée au Ciel jusqu'aux plus loinlaines profondeurs de l'Élernité par cet état mystérieux qui conserve dans la splendeur de la gloire les traces du martyre, ainsi que parle l'Apocalypse : « J'ai vu l'Agneau dans l'altitude d'une victime égorgée. Vidi Agnum stantem quasi occisum*, »
» Gardons-nous surtout d'oublier que toute surabondante qu'elle ?oit pour effacer le péché, celle oblation éternelle du Sauveur ne nous dispense cependant point de nous y associer à notre tour, d'expier à notre tour, de prendre notre place et notre part sur l'Autel où est monté l'Agneau. En d'autres te» mes elle ne nous dispense pas de faire prrsonnellenient pénitence.
Péché! pénitence! 11 y a entre les deux mois corrélation nécessaire. Sommes-nous pécheurs f Oui! Donc nous devons accepter ce qui est la conséquence inéluctable du péché : la pénitence. L'immolation rédemptrice du Sauveur ne va pas à nous exempter de toute propre et directe expiation, à nous octroyer le salut par le platonique souvenir du Calvaire ; non certes! mais, en l'unissant aux infinis mérites de la Croix, à rendre notre pénitence agréable à Dieu quand d'elle même et d'elle seule elle fût à jamais demeurée insuffisante.
« Adimplco ea qitœ desunt passionum Christi '. » Saint Taul l'a dit non sans hardiesse, mais en toute vérité :
\. Apoc. V, 6.
iO/t SAINT JEAN-BAmSTE.
Il nous faut ajouter nos souffrances aux souffrances dii Christ et numériquement les compléter. Jésus -Christ et les chrétiens ensemble, satisfaisant à la divine justice, voilà le sacrifice de la Loi nouvelle, le sacrifice Ihéandrique à la fois divin et humain. Le divin n'appartient en propre qu'au Sauveur, l'humain lui appartient et nous appartient en même temps. Chacun de nous doit se prêter à cette immense attraction par laquelle il s'unit les créatures de bonne volonté, cl compose son corps my>tique.
Enseignements élémentaires, observera-t-on peut-être, et sur lesquels il n'est pas besoin d'insister autant. Nous souhaiterions qu'il fût tout à fait inutile d'en dire même un seul mot. Mais si la doctrine du péché, comme nous le # faisions remarquer plus haut, tend à s'effacer des âmes contemporaines, il est malheureusement trop exact d'ajouter que la doctrine de la pénitence, chez les âmes qui croient au péclié, n'est pas moins en péril. Contradiction, puisque l'une des deux notions tient étroitement à l'autre. Je le veux bien, mais contradiction très-réelle, très-répandue, plus universelle peut-être que jamais.
Les penseurs chrétiens de ce temps le remarquent et s'en inquiètent. L'un deux s'exprime ainsi :
« Voici un état nouveau dans le Christianisme : des pécheurs reconnaissant qu'ils ont péché et en même temps ne se croyant pas tenus à faire pénitence, et autou^ d'eux personne ne paraissant surpris de cette conduite. « Des pécheurs, un jour de grâce et de miséricorde, cessent de mener la vie de péché; c'est-à-dire qu'ils font enfin ce qu'ils auraient dû faire toujours. Ce changement une fois opéré dans leur vie, on semble croire que tout est dans l'ordre.
« Qui faut-il ranger ici sous celte dénomination de pécheurs i
SAINT JliAiVBAPTlSXE. lO"»
« Ce sont tous les clirétiens qui, pendant un temps notable, ont enfreint les conmiandements de Dieu et de l'Église; qui n'ont point rendu à Dieu le culte qu'il a prescrit de lui rendre ; qui ont l'ait de leur corps un instrument d'iniquité et de honte.
« Ce sont les chrétiens qui ont vécu pendant quelquetemps comme s'ils n'étaient pas chrétiens, comme si la loi de Dieu ne leur était pas connue.
« Ces hommes et ces femmes se sont trouvés arrêtés par Dieu sur le chemin de mort qu'ils suivaient. A partir de ce moment, ils observent la loi de Dieu, mais ils ne satisfont point à la justice, ils ne font point pénitence. Ils n'ont pas un instant la pensée qu'ils doivent faire pénitence, et nous tous, nous ne paraissons ni effrayés ni sjrpris de leur contenance tranquille et assurée.
« C'est là un état nouveau dans le Christianisme. Il est l)ien vrai qu'on a toujours vu des pécheurs, et en grand nombre, qui se refusaient à la pénitence ; ils ne se convertissaient pas. Mais ils savaient très-pertinemment ce qu'il y a dans ces deux mots : pénitence et satisfaction. Des milliers de voix s'élevaient pour le leur rappeler, et autour d'eux beaucoup leur en donnaient l'exemple
« La pénitence absolument reléguée dans quelques monastères et couvents, non pas négligée mais tout à fait oubliée, c'est un état nouveau dans l'Église ^ »
On ne saurait malheureusement voir plus juste, ni mieux dire.
Donc, nous prêcheurs et apôtres de l'Évangile, avec les accents les plus pénétrants de nos voix, la plus ardente foi de nos âmes, nous enseignerons la grande loi de l'expia-
^ I Mgr. Isnai'd, Prièreu recitcilUes et mises eu ordre. Prières de la l'riiilencc, p. 1 i'L
i06 SAliST JEAN-BAPTISTE.
tion personnelle de toute créature en union avec l'Agneau de Dieu immolé pour le péché du monde.
Nous montrerons que, ne s'imposàt-elle au nom d'aucune obligation stricte, elle nous devrait attirer et séduire, puisqu'elle nous honore souverainement en nous offrant le moyen de contribuer nous-mêmes à l'œuvre de notre rédemption, de nous y employer de très-loin sans doute, mais enfin en quelque mesure et d'une trés-réelle façon.
Nous en appellerons à cette vérité d'expérience que pour nous établir dans la connaissance de l'amour de Jésus-Christ, le meilleur n'est pas de nous souvenir oisivement de ce qu'il a fait et de ce qu'il a souffert pour nous, mais bien plutôt de marcher à sa suite, courbés comme lui sous le fardeau de celte croix dont il a pris le côté le plus pesant. Que de lumières incomparables, que de divines tendresses sont nées depuis deux mille ans dans le monde de la douleur et du Crucifix !
Comme ces motifs supérieurs pourraient ne pas suffire à tous, ni toujours soutenir même les plus généreux, comme il faut compter avec les obscurcissements de l'esprit et les défaillances du cœur, nous ajouterons, et pour le dire nous redoublerons d'autorité, qu'il y a de par l'Évangile commandement formel, rigoureux précepte de suivre les traces de l'Agneau de Dieu I Jésus-Christ n'entreprend pas de contraindre par la force qui que ce soit à être son disciple, mais il pose nettement à qui veut l'être ses conditions. (( Celui qui ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut pas être mon disciple. Qui non bajnlat crucem mam et venit post me, non potest meus esse discipuhts^ . » Le « venit post me » est décisif. 11 ne laisse prise à aucune équivoque ni hésitation.
J. s. Luc. XIV, .'27.
SAINT JtAN-BAPUSTE. 107
El pour aller au devant tle toutes les objections, nous prendrons soin de bien avertir ceux à qui nous serons envoyés par Dieu, qu'autant la nécessité de pratiquer la pénitence, c'est-à-dire d'expier en union avec Jésus-Christ, est générale, universelle, absolue, autant les moyens d'accomplir ce rigoureux devoir se diversifient. A vrai dire, le moyen par excellence, c'est de transformer incessamment sous un rayon descendu de la croix toutes les peines de la vie, depuis les plus visibles jusqu'aux plus cachées; depuis les larmes que fait jaillir l'épreuve au moment où elle s'abat, jusqu'aux soupirs qu'arrachent les appréhensions naissantes de l'avenir, y compris la dure cerlitude de devoir mourir un jour !
« Cujus veiitilahrum in manu sua. »
Ki 11 a le van dans sa main. Il neltoiera son aire.... 11 amassera son blé dans le grenier.... Il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra jamais.
Les textes précédents nous ont montré que Jean-Baptiste prêchait aux foules le Messie-Dieu, le Messie-Rédempteur du péché du monde. Celui-ci nous montre que malgré la surprise, peut-être l'irritation qu'éveillent autour de lui des enseignements si fort opposés à l'attente générale, il prêche encore le Messie-Juge. Dieu! Rédempteur! Juge! Voilà bien tout ce qui peut être dit de plus exact, de plus complet sur le Messie véritable. C'est un prédicateur achevé que Jean-Baptiste!
Le jugement! Dogme consolant et redoutable à la fois qu'on retrouve chez tous les peuples. C'est là une de ces vérités d'histoire sur lesquelles on n'insiste même pas, tant
elles sont connues. Les moins initiés savenl que partout et toujours, les hommes ont cru qu'une intervention de la justice divine les attendait au terme de la vie pour les punir de leurs crimes ou les récompenser de leurs vertus. Assurément rien ne varie plus que la mise en scène de cette intervention mystérieuse et que la nature des sanctions imposées par ses arrêts. L'imagination populaire laissée à elle-même s'est donné libre carrière. Mais sous la diversité et quelquefois la bizarrerie grotesque des descriptions, l'idée ne change pas. Bonheur pour les justes, châtiment pour les coupables, voilà les deux termes très-simples et tres-clairs auxquels elle se ramène universellement.
Si l'on se demande d'où vient celte grande affirmation commune, identique à elle-même en dépit des différences et quelquefois des contradictions de détail, il n'est pas besoin de réfléchir longtemps ni de beaucoup philosopher. Les religions sont unanimes à inscrire la doctrine du jugement dans leurs symboles mutilés, parce qu'elles en trouvent la notion gravée, impérieusement gravée au plus profond de la conscience humaine. La conscience humaine, à son tour, vit de cette pensée, de cette persuasion, de cette foi, parce que le spectacle de ce qui se passe journellement ici-bas, l'y presse et l'y contraint. « A peine ai-je commencé de marcher, dit David, que je me suis senti troublé en voyant la quiétude dont jouissait l'impie : Mei autem pœn^ moii sunt peJes, paene effusi sunt gressus mei quia zelavi super iniquos, pacem peccatorum videns . »
Il n'est pas nécessaire en effet de s'être avancé fort loin dans la vie, pour constater un désordre révoltant s'il était définitif : l'impunité souriante et triomphante du mal en face des agonies de la vertu. Au plus tard à trente ans,