Élev. sur les myst., XXIV sein., 1'« élévation
ce côté que s'offre le péril. iNos contemporains ne nous exposent guère par excès de bienveillance à nous endormir, nous, prêtres catholiques, dans un mol repos, et dans la possession criminelle d'un honneur qui ne revient qu'à Jésus-Christ. La société de ce siècle ressemble bien plus à la députation du Sanhédrin dont parle saint Jean qu'à la foule enthousiaste et naïve dont parle saint Luc.
« Qui étes-vous ? » nous demande-t-on incessamment, et d'une façon significative, qui êtes-vous ? hommes étranges qui ne semblez pas appartenir à notre époque ni à notre race, qui n'aimez pas ce que nous aimons, n'admirez pas ce que nous admirons, ne poursuivez pas comme nous le beau rêve d'une humanité de plus en plus maîtresse d'elle-même par la science, de plus en plus heureuse par les applications de la science à l'industrie? Que faites-vous d'utile parmi vos semblables ? Votre doctrine tantôt révoltante à force de sévérité, tantôt inintelligible à force de mystères, qu'apporte-t-elle de bienfaisant dont il faille s'instruire? Pourquoi prêchez-vous? pourquoi baptisezvous ? Qu'est-ce que ce vain amas de paroles et de rites dont vous vous obstinez à encombrer notre route 1
Encore une fois, qui êtes-vous ? que dites-vous de vousmêmes ? qui es tu ? quid dicis de teipso ?
Le Précurseur s'éloignait et s'isolait du Christ jusqu'à l'entier effacement. Nous ne le pouvons pas faire, nous prêtres, nous ne le devons pas. A nos interrogateurs quels qu'ils soient répondons ouvertement : Nous sommes les représentants de Jésus-Christ, les dépositaires de sa vérité et de sa grâce, ceux à l'aide desquels il se survit ostensiblement dans le monde, perpétue son action, continue d'être voie, vérité et vie.
Nous existons tout exprés pour vous apprendre, si vous ne le savez pas, pour vous rappeler, si, le sachant, vous avez
le malheur de l'oublier, qu'en dehors de lui il n'y a pas de salut.
Nous baptisons eu sou nom pour introduire les âmes dans l'ordre de rédemption, de justice, de sainteté, de beauté et d'honneur, (ju'il a établi ici-bas en attendant le ciel. Nous remettons les péchés en son nom, ce qui est baptiser encore.
Nous sommes sa pensée, sa parole, son action directe et pleine de fruits. Qui nnus reçoit le reçoit ; qui nous méprise le méprise. C'est lui-même qui l'a affirmé'. 11 nous identifie avec lui. Nous ne faisons qu'un avec lui : Sacerdos aller Christus. Nous sommes d'autns Christs.
Oui, nous avons le droit, plus que cela, le devoir de rendre ce fier témoignage de notre vocation incomparable.
Et que personne ne s'en effraye. Ce témoignage magnifique, loin de nuire à notre humilité, ne fera que la développer et que l'affermir. Plus nous dirons de nous en toute vérité ces sublimes choses, plus nous nous déclarerons solennellement les représentants consacrés du Christ, plus nous serons prompts et prêts à reconnaître que tant de gloire ne vient pas de nous, qu'elle a été mise en nous sans nous, par la toute-puissance d'une élévation absolument gratuite. Ego elegl vos ; non vosme elegistis, sed ego elegi vos -.
Ce qui nous appartient en propre n'est que misère, n'est que néant. Vox clamantis, une voix, un son, un souffle, voilà notre élément personnel, dans la splendide beauté et fécondité sacerdotale que nous portons en nous !
Ah ! quel respect finirait par imposer à ceux qui l'entourent le prêtre qui se présenterait au devant des attentions et des regards, à la fois ébloui d'admiration pour sa grandeur surnaturelle, et pénétré d'humilité pour son humaine