‹ Saint Jean-BaptisteChapitre 60 sur 99 · MaUh. XVII, II, 12, xi · texte numérisé non relu

MaUh. XVII, II, 12, xi

2. Au sujet de la différence et de l'apparente contradiction du langage de Jean-Baptisie et du Sauveur, Maldonat écrit: « At cur saltein hoc ipsum non confitebatur (Jonnnes Baptista) quod de ipso postea Cliriitus aflirmavit se spiritu et officio Lliam esse? Fecit modeste, u( Origenes monuit : erat enim idipsum admodum honorilicuni.quamvis Elias non esset, tamen Eliœ personam gerere : fjuare ipsum negare decuit se Eliam esse ; Ghristum aflirmare. Et ille negavit, et ille aflirmavit, salva verilale, sensu diverse .datum que nobis ab utroque est prseclarum documeiitum, e Joaiine modesliîe, a Christo caritatis. Nam et modestiœ est, quatenus patiatur interpretationibus adjuta veritas omnem a te laudem removere, et caritatis, quatenus eadern ferai laudai'e alios.

« Rupertus mihi videtur optime nodiim solvere, Joannem vivtute quidem et gralia prophetain fuisse, officio non fuisse. Prophetarum officium luit verbum Domini antequam caro lieret, verbis pnesignare actis praefigurare , Joannes vero id non faciebat. Joannes nil futurum

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Et prophète ? — Non plus. Même motif de dénégation. Le Sauveur déclarera qu'il est pro| héle et plus que prophète. Mais comme, à s'en tenir à la précision littérale des mots, il a le droit de dire qu'il ne remplit pas le même ministère que les prophètes, qu'il n'est point prophète au sens accoutumé, il le dit, toujours préoccupé de cette appréhension profonde qu'on ne s'attarde à l'estimer et à l'admirer, lui, Précurseur, au détiiment du Messie.

El alors, quelle opinion avez-vous de vous-même ? quel jugement portez-vous sur votre compte? Quid dicis de teipso ?

Plus aucun moyen d'éluder la difficulté repoussée jusquelà. Après avoir décliné, par voie d'élimination, l'honneur d'être le Christ, ou Élie, ou simplement prophète, Jean- Baptiste est contraint de révéler ce qu'il est. Vox damans — vox damantis, une voix qui s'élève ! Impossible de s'humilier davantage. Il n'est plus même parlé de la personne; il n'y a plus qu'un instrument, qu'un organe, qu'un son rendu. Bossuet a commenté cette réponse. Ecoutons Bossuet.

....« Qui êtes-vous donc? » Il faut parler': car ceux que l'on envoie doivent rendre compte au sénat de Jérusalem qui les a députés à Jean. « Je suis la voix de cehii qui crie. » Qu'est-ce qu'une voix? Un souffle qui se perd dans l'air : je suis une voix, un cri, si vous le voulez; saint

pnedixit, nec ad id a Deo missus fuit quod proprie Prophetarum olficium est. Hoc eigo sensu negavit se proplietam esse. Ejus vero Pater proplietam futurum dixerat quia et virtute propheta erat, et aliqua prophetici ot'ticii tunclurus parle. Solebant proplietœ a Deo mitli, et iile a Deo missus est. Solebant Propliet;c populum docere, repreliendere, ad pœnitentiam adliorlari, ad Deiim converlere, qr.'ae quidem omnia Joannes fecit cumulatissime. Quare Zacliarias non dixit : Et tu puer propheta Altissimi vocaberis, proplielabis enim qua^ futura sunt, sed prœibis ante faciem Domini parare vias ejus. »

SAINT JEAN-RAPTISTE. 187

Jean s'exténue jusque-là.... Comme il se baigne dans l'humilité et dans le néant! non, non, non, dit-il toujours. Faut-il dire quelque chose, ce n'est qu'une voix sans corps et sans consistance. Quelque grand qu'on soit, l'humilité qui ne peut mentir ne laisse p;is de trouver moyen d'anéanlir tousses avantages. Apprenons à dire : non, mais sincèrement, lorsqu'on nous loue ; sans exagération, sans emph:ise, sans trop d'effort. Car souvent tout cet effort est un artifice pour nous attirer des louanges ou du moins de l'attention du côté des hommes. L'humilité ne songe point à s'étaler. Un simple : non, sec et court qui détruit tout, lui suffit, parce que ce non dans sa sécheresse et dans sa brièveté cache tout, f;iit tout disparaître, jusqu'à l'humilité même ' . »

Les dispositions et sentiments du public à l'égard du prêtre varient beaucoup. Le prêtre lui aussi se trouve quelquefois en face d'une bienveillance presque universelle. Un voit dans l'histoire des époques prospères où le ministre de la religion ne marche qu'au milieu d'un cortège de vénération et de sympathie. On voit en même temps que cette situation commode, douce, attrayante, n'est pas pour lui sans danger, que, s'il ne veille pas très-attentivement à se défendre du piège délicat qui s'y cache, il risque de glisser vers l'oubli de son devoir, en bénéficiaut de sa grande mission pour son bien-être, en substituant aux intérêts sacrés de celui qu'il représente ses propres intérêts.

Nous n'en sommes pas là aujourd'hui. Ce n'est point de

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