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CHAPITRE QUATORZIEME

Le Précurseur et les disciples (suite de l'étude sur l'humilité).

Hoc ergo gaudium meum impletura est. lUum oportet crescere, me autem ininui.

(S. Joann. in, 29, 30.)

Nous venons de voir, dans l'altitude prise par le Précurseur en face de la foule et de la députation du Sanhédrin, ce que nous appellerions volontiers le premier degré de son humilité. La scrupuleuse attention qu'il apporte à ne point permettre qu'on le compare au Christ, la soudaineté de ses dénégations, le soin passionné, pourrait-on dire, avec lequel il se jette en arrière et dans l'ombre, témoignent irrécusablement déjà des dispositions qui l'animent.

Une scène admirable, bien que l'infirmité humaine, s'y montre à nu, crayonnée par le quatrième évangéliste (chap. m, vers. 26, 51 ) , nous offre un nouveau sujet d'étude et d'édification. Le Précurseur nous y paraît non plus devant un public mélangé dont il repousse avec la même ardeur, soit les élans sincères, soit les hommages équivoques, mais devant ses propres disciples. C'est de l'intime. Ses disciples à leur four conspirent contre son humilité, et, sans y

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songer peut-être, de la plus insinuante façon. II n'est pas atteint, pas même effleuré. La délicatesse particulière de l'épreuve tourne absolument à son honneur.

Pour mettre en tout son jour la scène à laquelle nous faisons allusion et que saint Jean raconte, il ne sera pas hors de propos de donner, à l'aide des synoptiques, une première idée de ceux-là mêmes qui y jouent un si regrettable rôle. Saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, parlent d'eux au sujet d'un même fait très-significatif, et à peu prés dans les mêmes termes.

Le Précurseur avait donc des disciples. DiscipuU Joannls, c'est-à-dire un groupe d'admirateurs plus spécialement attachés à sa doctrine, plus séduits par la sainteté de sa vie, faisant plus ouvertement profession de se ranger à la double autorité de ses exemples et de ses enseignements. Il ne faut pas s'en étonner : l'admiration, d'un côté, l'attachement de l'autre, les exposaient à un peu de susceptibilité jalouse. Leur maître était placé si haut dans leur estime qu'ils ne voyaient pas sans ombrage grandir à l'ombre de la sienne une autre réputation, un autre nom que le sien occuper l'attention publique. Les surprenantes déclarations qu'ils avaient entendues au sujet du Messie, plus surprenantes pour eux que pour personne à coup sûr, n'avaient porté dans leurs âmes, semblerait-il, aucune lumière. (S. Joann. III, 28.) Ils les interprétaient sans doute à leur guise et n'en continuaient pas moins de garder et leurs préférences et leurs convictions.

Rien n'est plus vraisemblable à ce compte que l'inquiétude et le malaise qui les agitent et dont les Évangiles

nous ont transmis le souvenir. En voici une première révélation.

« Alors les disciples de Jean s'npprochèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi les Pharisiens et nous jeûnons- « nous fréquei^lment, tandis que vos disciples ne jeûnent « point''? »

Cette même démarche et cette même question sont mentionnées par saint Marc et saint Luc. Remarquons en pas- * sant le bon accord des disciples de Jean-Uapliste et des Pharisiens. 11 ne s'explique guère de prime abord. Les Phaiisiens, on se le rappelle, n'avaient pas à se féliiittr du Précurseur, ils ne devaient ressentir pour ses disciples (ju'une médiocre bienveillance. Mais comme Jésus, dès les premiers actes de son ministère public, dès les premières paroles, les traitait plus sévèrement encore que personne, ils tournaient surtout contre lui leur animosilé. Dans le chapitre même où se trouve le texte qne nous venons de citer, cette animosilé éclate. Les Pharisiens sy montrent scandalisés de ce que le Sauveur entre dans la maison des pécheurs et d^s publicains, s'asseoit à leur lable, converse avec eux. Ils finissent à peine de murmurer quand les disciples de Jean-Baptiste commencent de se phiindre à leur tour. On dirait qu'ils chargent ces deiniers de continuer à leur place. L)'où l'on p ut augurer que, s'ils se rapprochent ainsi les uns des autres, malgré les distances qui les devaient séparer, c'est qu'un comnuni sentiment d'opposition au Sauveur les excite.

Quoi qu'il en soit de ces conjectures, les disciples de Jean- Baptiste se plaignent. Leurs griefs, il est vrai, semblent être dictés par une surprise légitime, par une louable délicatesse de conscience, mais on devine aisément quelle en

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