Imit. Clui.-ti, III. cap. v
OÙ nous contraint à force de supériorité quelqu'un de nos semblables vient s'ajouter un peu d'amour. On aura beau nous mettre en face du talent, du génie, de la science, de la vertu, nous en subirons l'empire, nous ne serons pas nécessairement humbles et désintéressés encore. Nous risquerons, encore en dépit du bon sens et du bon goût, de nous préférer en secret, ou, ce qui ne vaut pas mieux, de souffrir sous l'âpre morsure de l'envie. Si nous aimons, tout péril tombe. Un rayon, un élan de tendresse : l'abnégation surgit, le désintéressement est fondé. Dès que nous recommencerons de nous chercher nous-mêmes, c'est que nous aimerons moins, ou que nous n'aimerons plus. L'auteur de l'Imitation n'a formulé que la plus expresse vérité lorsqu'il a dit encore : « Ubi seipsum aliquis quœrit, ibi ab amore cadit^. » L'égoïsme et la dilection sont incompatibles; qui se préoccupe de lui-même déchoit des hauteurs de l'amour. Pour l'honneur de la conscience humaine, les choses sont ainsi !
L'humilité de Jean-Baptiste jaillit de cette source, s'appuie à ce fondement. Etant pour lui un devoir, elle est de plus un attrait. Ce qu'il sait du Messie, la plénitude d'excellence dans laquelle il le contemple, le pousseraient déjà à s'oublier, à s'anéantir, à ne rien vouloir pour lui-même, une force autrement inpérieuse encore le lui commande. Il y a visiblement en lui plus que les injonctions d'une conscience droite et éclairée : il y a, ce qui n'est égalé par rien ici-bas, les suprêmes exigences du cœur!
« Inspice,et fac secundum exemplar^. » Prêtres de Jésus- Clirist, voilà notre modèle I Dans la tristesse des luttes qu'il nous faut soutenir contre l'amour-propre, contre les basses recherches de nous-mêmes, quelque nom qu'elles