‹ Saint Jean-BaptisteChapitre 77 sur 99 · Matth. V · texte numérisé non relu

Matth. V

gement. Il arrivera souvent que nos efforts les mieux dirigés, nos plus énergiques appels se heurteront à d'insurmontables obstacles. Les volontés que la passion amollit et subjugue dressent des résistances si obstinées en face des réclamations du devoir ! llérode et sa concubine éhontée ne tinrent pas compte des remontrances courageuses de Jean- Baptiste. Le meilleur prêtre doit fréquemment s'attendre à ne pas mieux réussir que le Précurseur. Mais, outre que d'heureux résultats couronneront plus d'une fois son zèle, alors même qu'il avait pu et dû tout d'abord redouter le contraire, il lui sera toujours permis de croire qu'une protestation, demeurât-elle infructueuse, est une grande chose en faveur de la vérité, de la justice et du bien. Oui, certes, une grande chose ! Le merveilleux spectacle de beauté morale fleurissant sur terre depuis vingt siècles partout où germait le vice est une des preuves frappantes de la divinité du christianisme. Il y a dans le passé et dans le présent, à partir de Jésus-Christ, des faits irrécusables dont nul homme intelligent ne peut dédaigner de rechercher les causes, et dont l'examen, quand il e.st loyalement conduit, achemine vers la foi. Sans être pessimiste, hélas! on peut cependant faire l'hypothèse où ce bienfaisant spectacle, beaucoup moins universel qu'il ne faudrait, deviendrait plus rare encore, jusqu'à païaître.devoir s'effacer; c'est-àdire l'hypothèse où l'on ne rencontrei'ait presque plus de créatures capables de marcher dans les rudes sentiers ouverts par le Sauveur. Ce qu'on ne peut pas supposer, et la chose mérite qu'on s'y arrête, c'est que la notion même du bien, l'idée et le sentiment du devoir s'obcurcisSent désormais dans le monde, conmie au temps affreux du paganisme. C'est fini! La conscience humaine, quoi qu'il arrive, ne redescendra plus aux ténèbres où elle s'est jadis abîmée. Contre les bas instincts toujours prêts à surgir.

elle a des ressources victorieuses, elle a le « non licet » qu'on uefera plus taire. Égoïsme, orgueil, haine, impureté, meurtre, toutes les laideurs triomphantes du passé sont dépossédées de leur tranquille domination ici-bas. A défaut d'autre triomphe la protestation est là en permanence, elle ne désarmera plus.

Consolez-vous donc, pauvre prêtre de Jésus-Christ, si votre voix qui redit la grande parole n'est pas écoutée, si nouveau Jean-Baptiste vous avez affaire à votre tour à de nouveaux Hérodes. Ne vous lassez pas : « Exalta vocem tuam quasi tuba et annuntia populo mec scelera eorum et domui Jacob peccata eorum' . » A tous les coupables dites et redites: Cela n'est pas permis, a non licet ». Par votre ferme attitude ef. votre fier langage vous contribuerez certainement à vaincre le mal, ne fîssiez-vous que l'enchaîner en des limites qu'il ne peut plus franchir.

Ce qu'il est encore indispensable de comprendre, c'est qu'un homme même marqué du signe des prophètes ne réprimande point impunément les hommes. Il est de l'essence de notre destinée de provoquer partout où nous passons et où nous parlons le courroux des bassesses auxquelles nous faisons la guerre. Il en faut prendre notre parti. Dés la première heure de notre vie apostolique on nous haïra.

Il y a bien longtemps que l'Esprit-Saint au livre de la Sagesse a tracé le tableau véridique de notre condition parmi nos semblables.

« Dressons des pièges sous les pas du juste parce qu'il nous incommode, qu'il est contraire à notre manière de vivre, qu'il nous reproche de violer la loi de Dieu, qu'il nous déshonore en blâmant nos fautes.

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