‹ Saint Jean-BaptisteChapitre 85 sur 99 · I. S. Luc, VII, t>4, 50; S. Matlh., xi · texte numérisé non relu

I. S. Luc, VII, t>4, 50; S. Matlh., xi

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Sur l'invitation qu'ils reçoivent (( euntes renuntiate Joanni » les disciples du Précurseur se retirent. Quelles appréciations et conclusions remportent-ils de leur message? Sont-ils convaincus cette fois que Jésus est le Messie attendu? commencent-ils à le croire? s'acheminent-ils vers la lumière ? ou bien dans l'émotion d'une déception pénible prétendent-ils à s'en détourner encore? L'Evangile se tait. La scène change et l'intérêt se déplace. Il ne s'agit plus des interrogateurs survenus à l'improviste et retournés vers leur maître, il s'agit de la foule même, sur l'esprit de laquelle leur subite apparition, leur singulier langage, a pu et dû produire une impression fâcheuse. A les entendre parler comme ils l'ont fait, à les voir émettre au nom de Jean-Baptiste une sorte de doute injurieux sur la mission du Sauveur, il ne serait point étonnant que la foule se fût scandalisée. Comment! Jean-Baptiste n'a pas cessé depuis les débuts de son ministère , de saluer ouvertement en Jésus celui qui devait venir, l'Agneau qui efface le péché du monde, le Messie dont il n'est pas même digne de dénouer la chaussure, et voilà que du fond de sa prison de Machéro, il envoie ses disciples tenir un langage qui semble démentir ouvertement ce qu'il a pensé et dit jusque-là? Les solen nelles affirmations tombées de ses lèvres jusqu'à ce jour manquaient-elles donc de sincérité? Ou bien, si elles étaient sincères faut-il supposer qu'il les regrette et les répudie à celle heure? Et pourquoi? Par quel étrange revirement? Au nom de quelle nouvelle situation et disposition d'esprit ? Qu'est-ce que cette brusque différence d'attitude entre la veille et le lendemain? Le magnifique éloge de Jésus ne laisse pas à ces surprises et à ces inquiétudes le temps de se prolonger beaucoup. Elles vont être dissipées aussitôt que formées. Quand on n'aurait pas d'autre démonstration du but réel que s'était proposé le Précurseur en

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envoyant deux des siens au Sauveur, savoir de fournir à de pauvres esprits qu'égarait un faux attachement une occasion exceptionnelle de s'éclairer, la preuve serait complète; chacune des paroles de Notre-Seigneur"est une pleine et entière justification de la fidélité absolue des sentiments de Jean-Baptiste. Que personne ne conçoive le plus léger soupçon à l'occasion de ce qui vient de se passer ! Qu'on se garde bien de retirer au Précurseur la moindre part de l'estime et de la vénération dont on l'a précédemment entouré ! Il les mérite toujours ; il n'a pas un seul instant cessé d'en être digne.

Qu'êtes-vous allés voir dans le désert? Serait-ce comme vous étiez presque tentés de le croire à la suite de l'incident dont vous venez d'êlre les témoins, un homme inconstant et mobile, semblable à un roseau agité par le vent, un homme qui, après m'avoir reconnu pour le Sauveur promis d'âge en âge, doute de ma mission et envoie demander qui je suis ?

Qu'êtes-vous allés voir? un homme vêtu avec mollesse? Vous savez bien que ceux qui ont des habitudes de bienêtre et d'opulence, se trouvent dans le palais des rois! C'est un prophète que vous avez eu la prétention de rencontrer ! Eh bien ! oui, je vous le dis, vous avez vu un prophète et plus qu'un prophète. Celui dont Malachie a parlé quand il a dit: « J'envoie devant vous mon ange vous préparer les chemins. » Aussi je vous déclare qu'entre tous ceux qui sont nés de la femme, il n'y en a pas de plus grand que Jean-Baptiste. Quiconque l'a écouté a sagement fait; quiconque l'a repoussé, par là même a méprisé les conseils de Dieu. A partir de lui date un nouvel ordre de choses. Le royaume du Ciel, l'ensemble des vérités à connaître, des moyens à prendre pour y atteindre, se trouvaient jusque-là bornés et circonscrits à un peuple privilégié. Désor-

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mais plus de limites. Toute âme droite et vaillante y peut prétendre. Jusque-là les prophètes ont annoncé les événements fntnrs, mais lui, Jean-Baptiste a montré la réalisation même des oromcsses échelonnées de siècle on siècle, la réalis:)tion suhsfanlielle et vivante, le Î^Fessie. Voulezvous l'accueillir selon son mérite et ses dioits? Accueillezle comme Klie même !

L'apologie est complète. C'est plus qu'une apologie, c'est un chant de gloire et de triomphe. Et celui qui parle c'est rinfaillihle Vérité. Certes voilà le prisonnier d'Hérode pleinement réhabilité non-seulement aux yeux de ses contemporains de Palestine un instant inquiets sur son compte, mais devant tous les hommes et tous les temps. On se demande connnent à moins de biffer ces formels passages de l'Évangile un exégète pour rationaliste qu'il soit, peut élever encore des doutes sur la foi de Jean-Baptiste au Messie et l'inaltérable énergie de son attachement?

N'insistons pas. Laissons la revendication faite par le Sauveur des droits de Jean-Baptiste à l'estime de ses compatriotes. Historiquement parlant, l'éloge que nous venons d'entendre ne s'applique qu'au Précurseur. Mais cet éloge même à son tour ne serait-il point un de ces faits de l'Évangile, symboliques à la fois et réels, où se cachent les plus larges enseignements? ne contiendrait-il pas en substance ce qui peut, ce qui doit être dit du prêtre ? Cherchons.

(( Arundinem vento agitatam. » C'est la justification du reproche d'inconstance et de mobilité dans la foi ! Indubitablement oui, il faut que le prêtre mérite d'être vengé sur ce point de l'ombre même d'un soupçon ! En aura-t-il

besoin? La seule supposition qu'il en doive avoir besoin n'est-elle pas injurieuse et chimérique? Pas autant qu'il pourrait sembler tout d'abord.

En notre siècle ouvert au déchaînement des pires doctrines, ébmme une contrée sans défense est ouverte au ravage des vents, il y a des multitudes de pauvres âmes flottantes, qui sur les notions même les plus élémentaires, les certitudes fondamentales : Dieu, la conscience, la liberté, le mérite et le démérite, ne savent plus à quoi se prendre ni à quoi se fixer.

« Et l'un dit : c'est le jour ! et l'autre : c'est la nuit ! »

Pas une question dethéodicée ou de morale naturelle qui ne soit battue en brèche au nom d'un progrès prétendu de l'intelligence humaine, et qui n'ait contre elle de bruyantes autorités. Nous ne nous affligerons jamais assez d'une telle situation, nous n'aurons jamais assez de compassion pour l'infortune de ceux de nos contemporains, hommes d'académie ou travailleurs obscurs, à qui dés le berceau toute une conspiration d'influences perverses dispute et dérobe la vérité. Que voulez-vous qu'ils deviennent? « Arundinem vento agitatam. » Ils ploient et se courbent misérablement aux souffles qui passent ; ils vont de l'orgueil insensé au désespoir, du panthéisme le plus niais au matérialisme le plus abruti. Jamais peut-être, il ne fut moins facile qu'en nos jours troublés, de s'attacher au spiritualisme purement rationnel. Les arguments auxquels il s'appuie n'ont rien perdu de leur force, ils restent inébranlables, mais l'audace des atta jues qui s'essayent à le renverser dépasse tout ce qu'on peut dire, et grâce à la facilité exceptionnelle de la diffusion de la pensée moderne, touche à toutes les extrémités de la société contemporaine, en atteint toutes les profondeurs.

Que si le malheur des temps expose les âmes à de telles

désertions de la vérité même philosophique, ce dont elles sont menacées dans l'ordre révélé, n'est pas moins redoutable et se devine aisément. Il n'y a point d'exagération à dire que la foi chrétienne et catholique à celte heure lutte contre vents et marée. Tandis que ses origines historiques sont discutées sans repos ni trêve, passées incessamment au crible d'une critique très-impartiale en apparence, au fond trés-hostile et dont les échos vont très-loin, ses divines prétentions à diriger les destinées individuelles et sociales soulèvent des clameurs. Son influence sociale surtout est niée ardemment. Par quels motifs particuliers, à la suite de quelles flagrantes erreurs ou de quels malentendus ? Nous n'entreprenons pas de le rechercher ici. Quoi de plus ? parmi ceux-là mêmes qui ne refusent pas de croire à cette influence bénie, et certes le nombre en est grand, qui en appellent le retour, qui donneraient joyeusement leur vie pour concourir à refaire une société chrétienne, c'est une sorte d'impossibilité fatale de s'entendre sur les moyens à choisir de préférence, et sur la façon la plus opportune d'en user, quand ils sont une fois choisis. L'historien futur qui écrira magistralement les annales du XIX" siècle , en pourra d'un mot résumer le trait le plus distinctif : l'agitation, la confusion : « Arundinem ventoagitatam. »

Il suit de là qu'à notre tour, nous, prêtres de ce temps nous sommes exposés à de fort délicats périls dont il nous importe souverainement d'apprécier la nature et de mesurer l'étendue. Ah! si pour remplir notre sublime mission, il nous suffisait de passer au milieu de nos frères inquiets, comme des visions de foi paisible et souriante ! Si l'invincible élan de nos croyances personnelles suffisait à entraîner vers les hauteurs du Christ et de l'Évangile les générations au milieu desquelles nous vivons ! la tâche

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serait de beaucoup simplifiée. Mais qui donc osera dire que cela suffit? L'immense infirmité des âmes contemporaines ne nous crée-t-elle pas au contraire des obligations particulières de charité? N'est-il pas de notre plus impérieux devoir de sortir en quelque façon de nous-mêmes, de notre paix intérieure et de notre sérénité, pour nous initier par une attention pleine de tendresse aux douloureux malaises des consciences qui nous entourent ? Chez les plus humbles de nos frères, il y a de sincères objections nées de la diffusion prodigieuse des attaques venues de haut; ne devons-nous pas consentira les entendre? Il y a des hésitations d'attitude, des lenteurs de détermination pratique causées par les obstacles dont la route est pleine, n'ontelles pas droit, pour un temps du moins, à notre respect et à nos ménagements?

On voit la difficulté. Le problème à résoudre est là. Nous prêter par une condescendance de chaque jour et de chaque instant, aux exigences infinies du malade que nous voulons guérir, et nous ppserver avec un soin jaloux des moindres atteintes de la contagion ! Garder intact le trésor de notre foi, ne mériter à aucun titre, sous aucun prétexte, le reproche dont Jésus vengeait le précurseur : « arundinem vento agitatam )> et pourtant nous pencher vers qui

n'a pas ou n'a plus l'entier bonheur de croire comme nous!

S'incliner n'est point vaciller ni trembler. L'un des deux

mouvements est bon, il le faut suivre ; l'autre est funeste,

il le faut éviter à tout prix.

« Hominem mollihus vestimeniis indutum ». C'est la louange de la vie austère et mortifiée, tout au moins de la vie ennemie du faste et des habitudes mondaines. Dirons-

nous que le prèlrc de ce temps, en doit prendre occasion de rénéchir? Los conditions faites au clergé do France depuis bientôt un siècle, au clergé d'Italie et d'Allemagne depuis quelques années, ne rendent-elles pas la recommandation superflue? Nos adversaires les plus bruyants euxmêmes savent bien qu'il entre dans leurs harangues contre les richesses ecclésiastiques plus de déclamation que de vérité. Les statistiques sont faciles à saisir. Les deux tiers, peut-être plus, des desservants des paroisses catholiques, chez nous, ont à peine de quoi vivre. Cela est vrai. Cela n'empêche pas toutefois qu'il puisse être encore opportun, de rappeler l'eslime que Notre-Seigneur a faite de la pauvreté de Jean-Baptiste, le soin qu'il a pris de la louer publiquement.

« Qui habet mires audiendi audiat. » Nous n'avons pas qualité pour signaler même de loin et avec discrétion certains abus; nous aimons peu nous risquer aux études de mœurs. Nous nous abstenons donc trés-volontiers de toute accusation. Nous disons seulement que jamais la modestie, la simplicité, la sévérité du genre de vie ne s'est plus impérieusement recommandée qu'aujourd'hui à nos résolutions et à nos efforts. Cela, pour deux raisons surtout. D'abord parce que les exigences, les susceptibilités de l'esprit public se sont accentuées singulièrement à notre égard. On s'arme contre nous, de tous côtés, d'une impitoyable logique. On ne tolère plus les apparences mêmes d'une contradiction entre nos actes et nos croyances, notre conduite pratique et notre foi. L'Évangile et le crucifix à la main, nous prêchons le détachement, l'esprit de pénitence et de mortification, on nous veut voir, nous les premiers, ce que nous disons qu'il faut être. La parole

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