s. Luc, vu, 29, 35; S. MaUh., xi, IG
cette précieuse louange. « Pharisœi autem et legis periti consiliiim Dei sprevenint in semetipsos non haptizati ah eo. » Contrairement aux Publicains, les Pharisiens ont pris en face de Jean-Baptiste des airs superbes, ils ont dédaigné l'appel à la pénitence qu'il faisait entendre et le baptême qui en était le signe extérieur ; ils ont cru de leur dignité, ils ont estimé conforme à leur science des Écritures, de ne point aller à la rencontre du Messie par une si pauvre et si humiliante voie. Ils se sont trompés. Le splendide dessein de Dieu sur eux, sur leur nation, sur le monde leur a échappé totalement ; ou bien, s'ils l'ont entrevu, ils ont eu la triste audace ( ce qui n'est pas moins grave ) de ne le pas tenir pour sage et de ne le pas accueillir : « ConsUium Dei sprevenint in semetipsos. « Qui peut dire ce qu'il fût advenu d'eux tous, si dés les premières manifestations significatives du Jourdain, en dépit de leurs prévisions mondaines et de leurs terrestres espoirs, ils se fussent docilement rangés au plan mystérieux que révélait le Précurseur, s'ils eussent voulu comprendre qu'il s'agissait d'une restauration morale point politique, d'un régne de Dieu dans les âmes régénérées, non d'un règne deJéhovah sur l'Orient parla Judée victorieuse? Pour peu qu'au début, ils fussent entrés avec simplicité de cœur en cette intelligence des choses, ils seraient allés probablement jusqu'aux pleines clartés de la foi évangélique, ils auraient pris rang à leur tour parmi les heureux disciples de Jésus. Tant il est vrai de dire que les plus graves conséquences dépendent et découlent du mouvement initial, du premier branle de la volonté rebelle ou soumise aux indications d'en haut ^ Une fois ramené par le cours, même de sa con-
4. On peut rapprocher de ce langage du Sauveur : « CoiisiUum Dei « sprevenint in semetipsos », appliqué aux Pharisiens et opposé au : « Jusfificaverunt Deum », que les Publicains avaient mérité, cette autre
versation, aux Pharisiens Scribes et Docteurs, à ceux ((uels que fussor.t leur nom et leur titre dont Tàine avait manqué de souplesse, le Sauveur prend occasion d'ouvrir toute sa pensée sur leur compte et d'accentuer entièrement ses reproches. Il est impossible de lire avec attention vingt pages de l'Évangile, sans voir jusqu'à l'évidence qu'une des préoccupations constantes de Jésus-Christ a été démarquer la différence profonde qu'il établissait entre les consciences droites et celles qu'on pourrait appeler obliques, louant toujours les unes, flétrissant toujours les autres, finissant par se révéler aux premières tandis qu'il laissait les secondes s'enfoncer de plus en plus dans la résistance et la nuit. Cette fin du discours sur Jean-Baptiste le prouve abondamment. Les contempteurs dédaigneux du baptême du précurseur ne se sont pas' améliorés depuis que le Messie en personne a donné des preuves de sa mission divine. Ils n'ont pas changé de dispositions. Le royaume de Dieu par la réforme intérieure et coûteuse ne leur va pas. Us le trouvent gênant ; ils le repoussent. Ils sont de parti pris déterminés à le repousser. Contre le précurseur ils avaient certains griefs, contre celui que le précurseur annonçait, ils en ont d'autres. Les prétextes de ne pas croire ne leur manquent pas; ils sont en mesure de justifier leur résistance aujourd'hui tout aussi bien qu'hier. Ils prétendent s'installer de plein droit, au nom du bon sens, dans l'indifférence pratique et l'abstention. Ils voudraient per>uader aux autres, peut-être se persuader à etixmémes qu'ils font sagement. C'est là ce qui airgiave leurs torts, ce que Jésus poursuit de ses plus dures sévérités. S"ils n'étaient que faibles, que lâches en face des saintes
plainte si remplie de compassion : « Confiteor tibi Pater, Domine cœli « cl lerrœ quia abscoiidisl i liœc a sapientibus et rcvclastl ea peirvulis. »
(S. Mattii. XI, 25.)
exigences de la vérité connue et du devoir! Mais à la faiblesse ils ajoutent l'orgueil. Ils se donnent pour d'habiles gens qu'on n'enlraîne pas comme la foule impressionnable. « A qui, dit le Sauveur, comparerai-je les hommes de ce temps-ci? A qui sont-ils semblables?
« Ils sont semblables à des enfants assis sur la place publique et qui se crient les uns aux autres : Nous avons joué de la flûte, vous n'avez point dansé. Nous avons joué des airs tristes, vous n'avez point pleuré.
« Jean-Baptiste est venu ne mangeant point de pain, ne buvant point de vin ; vous avez dit : Il est possédé du démon.
« Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant comme les autres ; vous dites : C'est un homme de bonne chère qui aime à %oire, c'est l'ami des publicains et des gens de mauvaise vie.
« Mais la sagesse de Dieu sera justifiée par ses fils... » laissons les détails; ne nous demandons pas si Notre- Seigneur, en parlant de ce jeu d'enfants sur la place publique fait allusion à quebiue usage populaire de son pays et de son temps, ou bien si pour traduire et éclaircir sa pensée il invente une sorte d'apologue facile. Ne nous demandons pas non plus s'il, faut prendre à la lettre cette absolue rigueur de la vie du précurseur au bord du Jourdain; la signitication générale de la vigoureuse apostrophe est d'une parfaite netteté. Manifestement le sens en est que pour repousser la vérité qui s'offrait à eux et les sollicitait à changer de vie, les Pharisiens se sont armés tantôt d'un prétexte tantôt d'un autre, qu'ils ont prétendu par là donner le change sur le fond de leurs dispositions intimes, qu'étant décidés à la résistance, à cause des saci ifices que demand;)it la soumission prompte et généreuse, ils ont allégué rinsullisance des motifs de croire et l'impossibilité d'être
SAINT JEAN-UAniSTE. t!75
raisonnablement convaincus. S'ils ne se sont pas rendus tout d'abord, si maintenant eni^ore, ils résistent, il n'y a pas de leur faute, semblent-ils dire. Jean-Baptiste était trop austère. Jésus ne l'est pas assez. Entre ces extrêmes, des esprits pondérés comme les leurs, ne sauraient trouver leur juste équilibre. Leur doute est donc légitime. Ils ont raison de douter.
El Jésus les confond d'un mot : « similesjmens. » Oiiabiles raisonneurs, ô logiciens subtiles qui faites parade de bon sens, et qui dans le vrai réussissez mal à couvrir vos lâchetés de mensongères apparences, je vous le déclare, vous n'êtes pas des hommes, vous n'en avez pas le sérieux et la dignité, le courage non plus! vous n'êtes que des entants!
Un penseur contemporain, M. H. de Cossoles dans une ferme étude trop peu répandue et trop peu remarquée signale le danger que font courir à la philosophie certaines liiéories récentes confie la certitude morale et religieuse. Faut-il admettre qu'en dehors des sciences proprement dites et de leur domaine il n'y ait pas de certitude possible? Comme preuve de cette assertion étrange, est-il permis de produire les êlernelles divisions de la pensée et de la conscience humaine sur Dieu, l'âme, la vie future, la responsabilité, le devoir? Enfin, a-t-on le droit, car c'est là qu'on en veut venir de légitimer et glorifier, à cause des difficultés qui se rencontrent à croire, le doute de ceux qui ne croient pas; non plus le doute de Montaigne qui malgré les apparences était un tourment; ni le doute de Descartes qui était un procédé d'investigations, une méthode, mais le doute accepté comme chose délinitive, comme la meilleure
27r. SAINT JEAN-BAPTISTE.
solution pratique, la plus paisible et la plus reposante où se puisse tenir un esprit délicat?
M. de Cossolts i élute ces audacieuses prétentions. Il est l'adversaire énergique du droit <'iu doule si ralfnié et si respectueux qu'on le suppose. Il démontre très bien qu'il est de l'essence même de la vérité philosophique et morale de subir les assauts, de vivte au milieu des contradictions qu'on signale, comme il est de l'essence des vérités mathématiques d'y échapper. On a tort de les comparer entre elles de tous points; elles se distinguent profondément. 11 n'y a pas de confusion possible. Une croyance engage touours et nécessairement la volonté, un théorème jamais. Ce n'est pas la première fois qu'on établit cette distinction élémentaire, si parfaitement exacte et d'une si capitale importance; mais il n'était pas inopportun d'y revenir et d'y bien insister aujourd'hui. M. de Cossoles s'm acquitte avec ce degré de conviction qui touche à l'éloquence, en même temps que par une anidjse line, déliée, pressante, inexorable, il met à nu constamment les pensées même voilées et disciètes de ceux qu'il combat. Il conclut avec beaucoup de raison, de chacune de ses explorations de détail, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner plus une fois qu'autre des attaques dirigées contrç la vérité morale. Ce n'est pas la lumière le plus souvent qui manque, c'est la volonté qui en face des conséquences connues ou pressenties, hésite, résiste, appille à son aide les objections de toute sorte, les exploite isolément ou les groupe en f^iisceau, court aux plus récentes, retourne aux anciennes, quitte à tomber fréquemment en dincroy.ibles contradictions. Il conclut encore que loin de pouvoir s'élever à la hauteur d'un vrai système philosophique, le doute à le bien prendre reste une faiblesse misérable indigne d'un homme d'esprit et de (;(j;ur.
Ce qu'il dit de la vérité morale et religiouse en général, M. d" Cossoles le dit éga'ement de la vérité révélée, du clirislianisine. Même il u'eiigaire la lutte sur le premitT terrain que pour la porter sur le second. Nous ne pensons pas que la ressemblance de l'ordre naturel au surnaturel soit aussi com[)lète qu'il parait le supposer. Nous aurions peutêtre quelques réserves à faire çà et là, dans la théorie qu'il semble adopter de la foi, mais au dem 'urant sa controverse est exacte, ferme et concluante. Il est malheureusement ti'op vrai qu'un nombre considérable d'esprits de ce temps, sans vouloir .iccuser ouvertement le christianisme, encore moins le railler, ne veulent cependant pas non plus se soumettre à ses exigences dogmatiques; qu'ils cherchent pour s'y établir une po-ilion intermédiaire entre l'incrédulité et la soumission filiale; qu'ils pi'étendent la trouver dans le doute respectueux, étayé sur les mille raisons que l'on connaît. M. de Cossoles poursuit impitoyablement ce chimérique dessein. Il en dévoile les subterfuges cachés. Ce qui vous déplaît davantage, dit il aux déserteurs de la croyance, ce n'est pas que l'Église vous demande et vous oblige de croire, mais qu'elle vous intei'dise de vous complaire dans le doute, de chercher à vous y fixernonchalamment et en paix comme en un lieu sûr et de telle sorte que, sans assumer contre vous l'odieux de négations radicales, vorrs nevousseniiezcependanlobl g''S à rien. L'Eglise vous presse de choisir, elle vous y pousse, elle vous y force au nom du devoir. Vous aimeriez mieux, vous, ne vous décider à aucun choix ne prendre aucun parti. C'est pourquoi vous entassez les obstacles qui vous paraissent légitimer vos préférences et vous bien poser devant 1 opinion.
Qu'on nous permette de citer une ou deux pages :
« Ce qu'on réclame si bruyamment de l'Eglise, ce n est
pas la liberté de ne croire (jue ce que la raison déclare véritable, car nul ne saurait croire autrui chose, c'est le droit de ne le pas croire, de rejeter la vérité sans être coupable, le droit de douter, de flotter, de ne pas choisir, c'està-dire non pas a liberté de la raison, à laquelle nul ne prétend s'opposer, mais l'indépendance de la volonté, et avec elle l'affranchisseinent de toute responsabilité.
« .... L'homme voudrait toutensemble croire et demeurer son maître, se soustraire à l'inquiétude du doute sans se soumettre au joug de la foi, payer Dieu de vains hommages et demeurer l'esclave de ses passions, faire en un mot ce que l'Evangile déclare impossible : servir deux maîtres.
« .... C'est ce besoin, c'est ce désir qui expliquent le succès d'un li\re récent. La vie de Jésus répondait à cette tendance, elle promettait de satisfaire ce double besoin d'indépendance et de vérité, de donner à notre siècle ce qu'il réclame avec ardeur, le droit de louer, d'honorer et presque d'adorer Jésus, sans le devoir de croire en lui et de lui obéir. Ce livre était par excellence l'Évangile selon le monde (jui ne réprouve aucun vice, mais (jui seioble ne blesser aucun respect. Bien loin que les louanges qu'il prodigue à Jésus déplaisent aux incrédules, cette apparence d'équité les flatte et les rassure, car ils ne prétendent nier que ce qui les oblige, ni rejeter que ce qui les condamne. Is chercnaient dans ce livre une explication humaine et naturelle de cette splendeur morale de Jésus-Christ qui malgré eux les trouble et les étonne; ils espéraient y puiser la paix, en y trouvant sinon la certitude que Jésus n'a été qu'un homme, duïnoins un appui sérieux qui rendît leurs doutes légitimes, et les délivrât de celte sourde inquiétude, de cette angoisse secrète dont on peut bien se distraire, mais qu'on ne parvient point à oublier toujours.
« Vain espoir! dans ces pages si avidement accueillies
SAINT .lEAN-BAITlSTE. 'i7!>
si ardemment pai-coiiiues, ils n'ont encore une fois trouve que réclio de leur piopre doute, que cet éternel peut-être épouvante et toiirnienl de leur âme. M le charme du bien dire, ni la nuigie du tali'ul n'ont pu leur déguiser qu'elles n'apportai nt à leur douloureux besoin de paix et de certitude, à leurs anxieuses interi-ogationsd'autre remède d'autre réponse que le doute du doute, c'est à-dire le néants... » Nous voilà fort loin en apparence du discours de Jésiiô sur Jean-Baptiste; nous ne pensons pas toutefois nous pu être écarté beaucoup. Entre nos contemporains et ceux que le Sauveur lilànie, il y a plus d'ini trait de parenté. Ce que voulaient les Pharisiens, scribes, docteurs de la loi et autres, qu'ils y prissent garde ou non, c'était le droit de ne pas sortir de leur mol repos et de leur tranquillité. Poussés par cette disposition intime, quelque sorte d'avanc ' que la vérité leur fit, sous quelque aspect qu'elle se présentât à leurs regards, ils trouvaient toujours prétexte à réconduire. Le précurseur pratique de rudes austérités; il déconcerte le bon vouloir; Jésus vit comme les autres homn:es : il ne mérite pas l'attention. Que d'autres belles excuses du même genre n'eussent-ils pas été capables d'inventer pour le besoin de leur cause, c'est-à-dire pour satisfaire à leur parti piis de douter favorable à leur parti pris de mollesse et d'inaction? C'est la même chose encore. Nos modernes allichenl la même prétention à s'enfermef dans un scepticisme pratique tenu pour légitime, dans une sorte de sage et raisonnable neutralité. Les prétextes ne manquent pas non plus ; ils ne manqueront jamais. L'Évangile ouvre sur Dieu, sa nature, son essence, sa vie, des étendues et des profondeurs de doctrine dont le génie des
I. Du doute, introduction à l'apologie du Giiristianisine, par il.de Cossolles, chup. v, xxxiv, xxxii.
plus grands pliilosoplies de l'Anliquilé n'avait pas même touché les bords. Il est irop divin. Il déconcerte la raison. Point de mystère. L'Évungile souvent fait écho aux plus nobles sentiments de l'ânje humaine, il se rencontre avec les meilleurs élans de la conscience restée droite et intègre : il n'est qu'une copie de ce qui a été dit et écrit antérieurement chez tous les peuples. Il ne mérite pas qu'on s'en occupe. L'Évangile prêche les sévérités de la divine justice; cela froisse et révolte. Il prêche aussi la miséricorde du Père qui est dans les Cieux : c'est favoriser le vice et l'encouiager par la certitude anticipée du pardon. Jj'Évangile préconise la charité comme base des relations sociales : c'est donner beaucoup trop nu sentiment, chose mobile et ondoyante; il demande au cœur des sacrifices immenses, voire même, s'il le fallait, le renoncement au père et à la mère : c'est fouler aux pieds le sentiment, chose sainte et sacrée.
Et ainsi de suite. La série des griefs contre l'Évangile n'est jamais close. Comme il en arrivait pour les Pharisiens, les appréciations contraires éclatent fréquemment dans les mêmes esprits.
Et la grande voix de Jésus semble encore s'élever et retentir pour condamner ces étranges oppositions. Maîtres consommés de la critique, éternels raisonneurs toujours prêts à instiuire le procès de l'Évangile, vous croyez vous placer au-dessus des cœurs simples, eh bien! je vous le dis en vérité, vous n'êtes que des enfants. Un homme ne se laisse pas conduire en ses appréciations et jugements par les secrètes inspirations d'une volonté gagnée d'avance. C'est une abdication, une lâcheté que de cheicher à s'établir dans le doute pour ne rien faire, quand il en faudrait sortir pour lutter et travailler. Avant d'entasser objections sur objections contre la foi qui vous appelle, commencez
SAINT .IF:AN-r..\I'TlSTE. 'JSl
donc par l'exanion attentif et loyal de vos dispositions intérieures. El SI vous trouvez que l'obstacle est là, là dans votre cœur plutôt (|ue dans les ouibies nécessaires de l'euseignciueut cliiétien, portez pronipteuient et vaillamment l'effort du côté de l'obsiacle. Ayez cette énergie, sans quoi vous n'êtes pas des liommes « Similes pneris. .»
Un mot encore. Les griefs que les Pharisiens opposent plus volontiers à la vérité évangélique, leur sont diversement ius|»irés par le genre de vie de Jean-Baptiste et du Sauveur. Leur opposition, nous venons de le voir, injustifiable dans les uiotiis extérieurs sur lesquels elle s'appuie, reste tout eniière à leur charge. Les vaines apparejices de sagesse dont ils se couvrent ne changent rien à leur situation qui est mauvaise, puisque indubitablement ils manquent de droiture et d'honneur. Ils n'ont pas ce qui est essentiel : le cœur loyal « rectum cor. » Mais d'où vient (|ue, entre vingt autres prétextes de résistance et d'hostilité, ils s'arrêtent à celui que l'Évangile mentionne'? D'où vient aussi que l'Évangile prend soin de le mentionner expressément? i\e craignons pas de chercher une fois de plus en ces détails du récit sacré la prédiction fort transparente des plus habituels reproches auxquels devront se résoudre jusqu'à la tin des temps, les successeurs de Jean-Baptiste et de Jésus-Christ. Sans rien dire du passé, ne voyons-nous pas qu'il en va tout à l'ait de la sorte à l'heure présente, que la très- grande majorité des appréciations portées sur le Chiistianisme, s'inspirent des conditions matérielles d'existence, adoptées par ses représentants? A'esl-il pas très-vrai, comme au temps du Messie et du précurseur que ((uelque soil le régime suivi, les accusations abondent?
^282 SAINT ,1EAN-BAPTISTE.
La privation habituelle et rigoureuse, l'aubtérilé soutenue, elle existe dans la sainte Église Catholique; elle ileurit toujours à l'ombre du tabernacle et de la croix; des milliers d'hommes et de l'emmes, renonçant par un choix très-libre, aux délicatesses de la vie niondaine, s'y appliquent vaillamment. D'une extrémité du globe à l'autre en ce moment même il y a des Chartreuses, des Trappes, des Garmels, des monastères de tous noms et de toutes règles où la plus rude mortification ne s'interrompt jamais. 11 faut bien convenir que cela est. On en convient, mais pour critiquer et pour honnir. Il est à croire que les objections bruyantes contre la vie religieuse ont rarement été plus répandues. Nous les avons entendues, qui que nous soyons, partout où nous avonspassé, nous les avons lues dans les publications grossières ou élégantes de l'atelier et du salon. Le pénitent, la pénitente de profession sont des malades ou des fous, des êtres bizarres qui bien loin de pouvoir servir d'exemple à leurs semblables, n'ont plus rien à faire avec la société, rien non plus à attendre d'elle, si ce n'est la commisération et le dédain. Le Christianisme dont ils se réclament, est une doctrine malfaisante. Le progrès n'a pas de pire adversaire. 11 le faut combattre. Il le faut chasser du milieu des civilisations grandissantes et de l'universelle prospérité.
Voilà pour les imitateurs de Jean-Baptiste, ceux et celles qui réalisant pleinement son austère façon de vivre, abdiquent toute mondanité, se privent même de ce qui paraît indispensable « iieque manducaiis panem neque bibens vinum. »
Ce degré de renoncement est par sa nature même exceptionnel. Les habitudes ordinaires et communes en ce qui louche l'alimentation, le vêtement, le logement, s'imposent au plus grand nombre, entre autres au prêtre que son