CHAPITRE II
LA SÉDITION DE iSy
L'épisode le plus connu de la prédication de Chrysostome à Antioche est celui qui eut pour origine la fameuse sédition de 387. Les villes grecques de TOrient ont toujours été très turbulentes, et Antioche était une des plus indisciplinées. D'ailleurs au iv* siècle, les tumultes populaires, généralement causés par les exactions du fisc, n'étaient que trop souvent justifiés. Ce furent des causes de ce genre qui soulevèrent, à la fin de l'hiver 887, les habitants d'Antioche. Nous avons sur ces événements un double récit, généralement concordant, celui de Chrysostome et celui de Liban iu s. La foule se porta d'abord à l'église, réclamant l'évêque Flavien, lui demandant d'intercéder auprès du gouverneur. Puis elle se précipita sur l'agora, et, saisie d'une sorte d'ivresse furieuse, elle jeta bas les statues de la famille impériale (celle de l'empereur Théodose, celle de l'impératrice défunte, Flaccilla, et celles dès deux jeunes princes Hononuset Arcadius); elle commençait enfin à incendier
les maisons des principaux notables, quand la troupe intervint et en peu de temps réprima le désordre, non sans brutalité. Quand Témeute eut cessé, la situation se trouva fort grave pour Antioche. Un crime de lèse-majesté avait été commis. Théodose était un maître sévère que la passion emportait dès qu^il se sentait en présence d'une résistance, et qui n'hésitait pas à châtier rudement les révoltes : il devait le prouver bientôt* par le massacre de Thessalonique. Ce fut donc un désespoir général dans la cité quand les agents du comte d'Orient partirent pour informer l'empereur des événements. Sans doute, à en croire Libanius aussi bien que Jean, l'émeute avait été l'œuvre d'un petit nombre d'hommes de désordre : c^était, en tout cas, paraît-il, dans un milieu particulier de gens sans aveu, dont Chrysostome nous a souvent parlé, et qui formaient en quelque sorte la claque du théâtre et du cirque, que s'étaient recrutés les plus acharnés parmi les émeutiers. Mais outre que Libanius et Chrysostome ont intérêt à décharger leurs compatriotes et atténuent probablement quelque peu la gravité des faits, même si leurs dires sont exacts, le danger n'était pas moins grand ; les innocents étaient exposés à payer pour les coupables, et à Antioche déjà, comme il arriva plus tard à Thessalonique, c'était en réalité le sort de la cité tout entière qui se jouait.
L'empereur était loin, et un long temps se passa