‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 19 sur 88 · I. Trois ans plus tard, en Sgo · texte numérisé non relu

I. Trois ans plus tard, en Sgo

avant qu'une décision définitive fût prise. Le magistrat qui commandait à Antioche, le cornes orientis^ avait envoyé quelques-uns de ses agents, des curiosiy à Constantinople, transmettre à Théodose son rapport sur la sédition. Presque aussitôt après leur départ, Tévêque Flavien s'était mis en route lui-même^ malgré son âge, afin d'intercéder auprès de l'empereur en faveur de la cité, et il essayait de les gagner de vitesse. Il n'y réussit pas, et avant son arrivée deux hauts commissaires, Césàire et Hellébique, avaient reçu pleins pouvoirs pour châtier la ville rebelle et étaient partis de Constantinople pour Antioche. Les mesures de rigueur qu'ils prirent dès leur arrivée, furent fort dures ; elles frappèrent aussi bien les grands que les petits, et ceux d'entre les membres du sénat d'Antiocbe qui n'avaient pas fui furent jetés en prison. Enfin, Flavien arriva à Constantinople, fut reçu en audience par l'empereur, réussit à le toucher, et obtînt certains adoucissements à la répression. C'est pendant ce long intervalle, qui coïncide à peu près avec le carême de 887, que Chrysostome prononça sa série célèbre de 21 homélies, généralement connues sous le nom d'Homélies sur les statues ^

Je n'étudierai point en détail, si intéressant qu'il pût être de le faire, cette série d'homélies; mais, après en avoir marqué d'abord ce qui me paraît en

I. La chronologie en a été établie de façon sensiblement dififéreute au xvii* siècle par Tillemont, dans le nôtre par Hug.

être le caractère le plus remarquable, je signalerai, au cours de la longue crise qu'elles racontent presque jour par jour, les épisodes les plus curieux. Ce qui frappe tout d'abord dans toutes, c'est la merveilleuse sympathie qui unit l'orateur et son public, qui les met en toute circonstance à l'unisson l'un de l'autre. La plèbe comme l'aristocratie d'Antioche sont affolées; elles se pressent à l'église*. Au milieu d'elles, Jean se lève et parle, non comme un supérieur ou un maître, mais comme un frère, comme un compagnon d'infortune, qui s'associe en quelque sorte à la faute des coupables, qui semble partager leurs craintes et qu'on croirait menacé par le même danger qu'eux. C'est qu'en eflfet il aime tant ses fidèles, qu'il se sentira frappé si on les frappe, et c'est pourquoi il lit si clairement dans leurs âmes, devine chaque jour leurs impressions, si fugitives qu'elles soient, et leur tient en toute circonstance le discours le plus propre à relever les courages.

,Au début de la crise, Chrysostome est obligé de se taire pendant sept jours. Dès qu'il lui est possible de le faire, il parait à Tambon. Il rappelle à ceux qui Técoutentque, dans son précédent sermon, quelques jours avant les troubles, il avait précisément signalé le danger que pouvait faire courir à tous ce rebut de la population antiochienne, cette tourbe oisive et sans

I. Aux jours du moins où le danger paraît grave; quand, sur la foi de quelque rumeur plus ou moins exacte, elle se reprend à Pespërance, cette foule syrienne, si mobile etimpressionnable, se fait plus rare à la synaxe. (Homélie i8.)

mœurs où se sont recrutés de préférence les récents émeu tiers. « Il me semble que je ne prononçai pas de moi-même ces paroles, mais que Dieu qui prévoit Tavenirme les inspira; car si nous avions châtié ces misérables, ce qui vient d'arriver ne serait pas arrivé. Voyez, si nous craignons tous aujourd'hui, c'est à ces gens-là qu'en est la faute. Si nous les avions auparavant bannis de la ville ou fait rentrer dans l'ordre, nous n'aurions aujourd'hui nul sujet de crainte. Je sais bien que de tout temps les bonnes mœurs ont régné dans notre ville, mais des étrangers, un ramassis d'hommes sans pudeur, qui ont depuis longtemps renoncé au salut de leur âme, voilà ceux qui ont tout osé ; vous avez souffert leurs impiétés, et voyez, maintenant Dieu a permis que l'empereur fût outragé, pour châtier par le péril que nous courons notre propre négligence*. » Puis il profite de leur émotion pour leur montrer combien apparaît avec évidence, à l'heure des catastrophes prochaines, la vanité des biens de ce monde. Mais voici Flavien parti; en même temps le carême a commencé. Sans renoncer à faire sans cesse des allusions directes à la

crise qui dure toujours, Chrysostome redonnera à son enseignement son tour ordinaire et réussira à faire écouter, malgré le trouble des esprits, des homélies de morale austère. Puisque l'on est en carême, il expliquera la véritable nature du jeûne, qui n'a de valeur que s'il est accompagné d'une conduite pure

Page 1