‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 20 sur 88 · I. Homélie i · texte numérisé non relu

I. Homélie i

et régulière (homélie 3). Il commentera longuement un commandement qu^enfreignaient souvent les habitants d'Antioche, et sur lequel il a toujours volontiers prêché : I^e Jurez point (homélie lo). Certaines homélies, comme la 6* et la 7*, seront presque exclusivement, malgré les rappels obligés de la situation, le commentaire de deux versets de la Genèse. Mais bientôt la crise reprendra un caractère aigu, et des rumeurs sinistres circuleront. A ce moment précisément, Chrysostome est malade, et, pendant son absence, la foule angoissée se précipite à Téglise, où le magistrat supérieur d'Antioche, le cornes orientis, se voit obligé d'aller la haranguer et la calmer. Lorsque Jean reparaît à Tambon (16* homélie), il s'emporte et s*indigne, car il lui semble que ses auditeurs se sont rendus coupables d'une sorte d'infidélité à son égard, et son indignation est d'autant plus vive que le cornes se trouvait être un païen. Cependant on sait maintenant que Flavien n'a pu gagner de vitesse les curiosi, et voici que les mandataires impériaux font leur entrée dans la ville. Tous ceux qui ont pu fuir Antioche ont fui, les riches surtout'; seuls, les solitaires des montagnes environnantes sont au contraire venus en foule, apporter par leur présence une consolation et un encouragement à leurs frères en danger, et l'un d'eux, un moine illettré, mais intrépide, ose saisir par la bride

1. Les plaintes identiqueB de Libanius confirment ici les dires de Jean.

le cheval de l'un des commissaires, afin de les obliger à écouter une courte et ardente harangue où il les exhorte à la clémence : « Les premiers de notre sénat, les hommes revêtus des emplois les plus considérables, les possesseurs d'innombrables richesses, ceux qui d'ordinaire avaient le plus de crédit auprès de Fempereur, tous abandonnèrent leurs maisons et ne pensèrent qu'à mettre leur personne en sûreté. Il n'y avait plus ni parenté, ni amitié. Mais les moines, hommes pauvres, qui ne possèdent plus rien, qu'un misérable vêtement, hommes sans culture, qui auparavant semblaient n'avoir droit à aucune considération, qui ne connaissaient que leurs montagnes et leurs gorges sauvages, arrivèrent en hâte, avec un courage généreux; quand tous fuyaient et tremblaient, ils gagnèrent la ville, et ils obtinrent ce résultat, non en plusieurs jours, mais en un clin d'œil, que l'orage s'apaisa, et alors ils retournèrent à leurs cellules solitaires. Tel est le pouvoir de cette doctrine de sagesse, que le Christ est venu apporter aux hommes. Oui, que dois-je dire des riches et des puissants parmi nous, quand même ceux qui avaient reçu le pouvoir de juger, ceux qui remplissaient les plus hautes charges (Césaîre et Hellébique), quand ils furent priés par ces moines de procéder avec mesure, leur répondirent que la conduite à tenir ne dépendait pas d'eux; car c'était une chose périlleuse, non seulement d'oflFenser l'empereur, mais aussi de laisser impunis, après s'être saisi d'eux, ceux qui l'avaient offensé. Et cependant ces

hommes triomphèrent de tout, et par leur magnanimité et leur patience ils réussirent à contraincbe les comniissaires à exercer un pouvoir qu'ils n'avaient pas reçu de l'empereur. Ils surent, quoique les coupables eussent été découverts, persuader aux juges de suspendre la sentence, et de s'en rapporter à la décision de l'empereur; ils promirent de l'amener, quoi qu'il en fût, à pardonner, et déjà ils se mettaient en route. Mais, saisis de respect devant leur générosité et leur sagesse, les juges ne leur laissèrent pas entreprendre ce long voyage ; ils ne leur demandèrent que leur parole écrite. Munis de celleci, ils voulurent eux-mêmes aller trouver l'empereur, et ils promirent qu'elle ferait assez d'impression sur lui pour qu'il oubliât sa colère. C'est ce que nous espérons*. »

Ce fut donc, selon le récit de Chrysostome, l'intervention des moines qui fit suspendre l'exécution des sentences capitales. Mais Antioche n'était point pour cela délivrée de ses craintes. Outre que Pavenir restait incertain, Césaire et Hellébique avaient fait jeter en prison, dès leur arrivée, tous les sénateurs qui n'avaient pas fui ; le titre de métropole de la province de Syrie, avec les avantages qui étaient attachés à ce titre, avaient été enlevés à la ville, et transportés à sa rivale Laodicée. Le théâtre, le cirque et les thermes avaient été fermés, et c'était peut-être la privation à laquelle les habitants étaient

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