‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 5 sur 88 · ÉDUCATION CLASSIQUE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION CLASSIQUE

Le II® et le m® siècle, oii la littérature chrétienne a eu surtout pour raison d'être le besoin que ressentaient les fidèles de se défendre et de défendre leur foi contre l'opinion publique, le désir aussi qu'ils ont en même temps éprouvé de convertir leurs adversaires, ont été par excellence Tâge des Apologistes. Le commencement du iv* siècle, après la victoire du christianisme, a vu les plus grands docteurs absorbés par la première tâche qui s'offrit à eux, celle de fixer définitivement l'orthodoxie. Quand cette œuvre eut été accomplie par les Pères de Nicée et par Athanase, quand l'empire fut devenu, surtout

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avec Théodose, non seulement chrétien, mais catholique, un domaine beaucoup plus vaste s*ouvrit à la littérature religieuse» Les conditions devinrent notamment tout à fait favorables à Tépanouissement d'une éloquence originale. Ce ne sera plus seulement dans des livres, dans des traités apologétiques que cette éloquence s'épanchera, mais, parlant librement, comme du haut d'une tribune nouvelle, à une foule aussi nombreuse que celle de l'agora ou du forum, s'adressant à elle avec toute l'ardeur de la charité et de la foi, avec toute l'autorité, jusqu'alors inconnue, que lui donne sa mission, l'orateur chrétien pourra devenir l'égal de l'orateur antique, sinon toujours par la beauté du langage, assurément moins pur, du moins par la véhémence, la passion, l'éclat. En même temps, si cette foule, à laquelle le prêtre ou l'évêque parle, est devenue chrétienne, peu s'en faut parfois qu'elle ne le soit que de nom. Sa foi est mal éclairée, souvent mêlée de ressouvenirs païens, altérée par l'influence de toutes sortes de doctrines troubles. La morale évangéliquela rebute et l'effraie, et si elle n'ose en contester ouvertement les préceptes, dans la pratique elle trouve mille moyens de les affaiblir ou d'en détourner le sens ; elle ne peut parvenir à se détacher des coutumes païennes ; elle est fort éloignée de l'idéal que lui présentent ses prédicateurs. D'où la nécessité pour les grands évêques de ce temps de travailler énergiquement à faire, dans la mesure du possible, de la morale évangélique une réalité, à en introduire, par des efforts de chaque

jour, une part de plus en plus grande dans les habitudes de l'existence, en un mot de ré former les mœurs et d'organiser l'exercice des grandes vertus chrétiennes. Pas plus que les grands orateurs, ces grands apôtres n'ont manqué auiv* siècle. Saint Jean Chrysostome, qui n'eut pas d'égal en son temps par l'éloquence, ne fat pas moins grand par la singulière énergie avec laquelle il s'est appliqué, pendant toute sa vie, à faire pénétrer dans la société, aussi bien dans les classes les plus basses que dans les plus hautes, la pratique de la morale évangélique, dans toute sa force et toute sa pureté. Nous le suivrons bientôt au cours de cette difficile entreprise. Étudions d'abord comment ij s'y est préparé.

Jean, à qui son admirable talent oratoire devait faire donner le surnom de Chrysostome, qui est devenu pour la postérité le nom sous lequel elle l'a connu, naquit à Antioche, vers le milieu du iv® siècle (à une date qu'on peut fixer entre les deux limites extrêmes de 344 et 847); sa famille appartenait aux plus importantes de la ville. Son père, Secundus, mourut jeune, peu de temps après sa naissance, et laissa veuve, à l'âge de vingt ans, sa mère Anthusa *. Ce fut elle qui l'éleva, et la reconnaissance de son fils nous a appris avec quel dévouement inépuisable, quelle affection éclairée ! Pendant son enfance et son adolescence, elle se préoccupa également de lui donner les

I. Sur la famille de Chrysostome, voir le De Sacerdotio, notamment I, 5 et II, 8, et le traité Ad viduam juniorem, II. — Secundus était Magis ter militum Orientis.

meilleurs maîtres, afin qu'il reçût Téducation classique la plus accomplie, et de Télever dans la foi la plus pure. Plus tard, pendant ces années de la première maturité où il acheva de se former et commença de révéler son talent, elle lui rendit, nous ditil, le plus grand service en le déchargeant de tous les soucis matériels, en administrant elle-même, avec intelligence et prudence, son patrimoine. Anthusa n'eut point, comme Monique, à surveiller et à corriger les écarts d'une nature ardente, à ramener patiemment son fils à la foi et à la sagesse ; elle n'eut qu'à assister, en quelque sorte, au développement harmonieux d'une âme candide que les passions mondaines ne semblent jamais avoir troublée. Nous verrons qu'au contraire elle lutta, à un certain moment, contre l'ardeur qui entraînait Jean vers le cloître ; elle obtint de lui qu'il remît à plus tard ses projets de retraite, et ce n'est probablement qu'après sa mort qu'il les exécuta. Ânthusa est, comme Monique, comme Nonna *, au premier rang parmi ces grandes chrétiennes qui ont honoré le iv® siècle. On a souvent répété ce mot que, selon Jean lui-même, un de ses maîtres lui aurait dit, après avoir appris de lui avec quel soin elle l'avait élevé ; « Quelles femmes chez les chrétiens ! » Jean ne nomme point ce maître, mais les termes dont il se sert désignent assez clairement Libanius, dont nous savons aussi d'ailleurs qu'il eut une mère dévouée et aimante.

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