‹ Saint Jean Chrysostome (344-407): (344-407)Chapitre 83 sur 88 · EXIL DE JEAN A PITYONTE. — LA MORT DE CHRT- 80ST0ME · texte numérisé non relu

EXIL DE JEAN A PITYONTE. — LA MORT DE CHRT- 80ST0ME

Lorsque Jean avait quitté Constantinople, les esprits y étaient fort excités. Tout contribuait à donner à la situation une gravité réelle : les partisans de Jean, et surtout ces amis dévoués quHl avait parmi le peuple, éprouvaient Tindignationla plus profonde et la mieux justifiée en se rappelant de quelles manœuvres il avait été victime; pendant cette assez longue période où Tévêque avait été interné dans son palais, de violents ressentiments s*étaient amassés au fond des cœurs; les bagarres sanglantes qui avaient interrompu les cérémonies pascales les accrurent encore ; on se sentait comme dans une atmosphère d'émeute, lorsque Chrysostome partit, et les précautions mêmes qu'il crut devoir prendre pour dissimuler son départ l'indiquent assez clairement. Il y avait peu de chances pour que la crise se dé-

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nouât pacifiquement. Nous sommes mal informés sur les événements qui suivirent de près Texil de Chrysostome, et il nous est difficile d'établir impartialement les responsabilités. Un grand incendie dévora cette église de Sainte-Sophie où Jean avait prêché, et Tun des plus beaux édifices civils de la ville, le palais du Sénat, qui était tout proche. Les partisans de Jean, les joannites, ainsi qu'on les appela, furent accusés de Tavoir allumé. L'accusation avait-elle quelque fondement ? Se trouva-t-il, dans la foule des joannites, quelques insensés qui n'hésitèrent pas à compromettre ainsi tous les leurs? On ne peut dire que ce soit impossible, mais il ne Test pas tout à fait non plus qu'on leur ait attribué le crime à tort, soit de parti pris, soit tout àa moins à la légère, et qu'on en ait pris volontiers prétexte pour exécuter les mesures de rigueur qu'on préparait. En réalité, la cause de l'incendie resta obscure, et aucune preuve ne fut trouvée^. Le préfet de Constantinople était alors un païen. Optât, et il se montra impitoyable. Des ecclésiastiques furent mis à la torture. En dehors même de Constantinople, les joannites furent persécutés.

Eudoxie survécut peu de mois à son triomphe.

Avant de mourir, elle avait pris soin de pourvoir à la succession de Girysostome, afin que sa déposition parût bien cette fois définitive. Sans retard, un nou-

I. Ghrjsostome ëcrit à une diaconesse, Pentadie (Ep. 94), pour la féliciter de la fermeté qu'elle avait montrée pendant Fenquète.

vel évéque (îit élu ; ce fut Arsace, frère du prédécesseur de Jean, Nectaire ; Arsace ne gouverna Téglise de Constantinople que quelques mois. Après sa mort (i I novembre 4oS)) ^^ fi^ choix d'Atticus. Mais les joannites, fort nombreux, ne voulurent reconnaître ni Arsace, ni Atticus, et un schisme divisa la communauté chrétienne. Jean restait d^ailleurs, par une active correspondance, en relation avec ses fidèles, et semblait se considérer toujours de loin comme leur pasteur ^ Il avait (ait appel, — comme aussi ses adversaires, — au pape Innocent. Le pape, tout en ménageant Théophile, se prononçait en faveur de Jean; il se refusait à reconnaître la validité de la sentence rendue par le synode du Qiéne, et proposait la réunion d'un concile général. Il faisait intervenir en ce sens Tempereur Honorius auprès de son frère. Mais Innocent mourut avant d'avoir pu rien obtenir d'Arcadius.

Cependant la seconde et la troisième année de Texil de Jean à Gueuse lui furent plus dures que n^avaient été les premiers mois de son séjour. Le climat du pays était rude, froid en hiver, très chaud en été. La santé de Chrysostome avait toujours été très délicate; elle était plus mauvaise encore depuis

I. Voir les lettres io3, iio, lia, où il adresse une Tire semonce à deux prêtres, Théophile et Salluste, sur lesquels il eomptait particulièrement pour prêcher à ses fidèles en son absence, et qui répondirent mal à sa confiance. — Voir aussi ses lettres à Valentin (217)* à Gemellus (i4>) qui montrent avec quel soin il suivait tout ce qui se passait dana son église*

LA SITUATION A C0N8TANTIN0PLE. 185 le pénible voyage qu'il avait dû (aire. Les bandes isauriennes coatinnaient leur brigandage dans toute la contrée; elles rendirent le séjour de Cucuse tout à fait dangereux. Jean partît pour la forteresse voisine d'Arabissos. Voici ce qu'il écrivait lui-même, peu après, au prêtre Nicolas' : << Naguère il m'a fallu, pendant les plus grands froids de l'hiver, changer sans cesse de résidence, m' établir tantôt dans les villes, untôt dans les goi^es et les vallées, chassé de côté et d'autre par les incursions des Isauriens. En6n, quand ce danger devînt un peu moins grave, je m'enfuis à Arabissos, parce que dans la citadelle de cette ville je me trouvais plus en sécurité qu'ailleurs ; car ce n'est pas dans la ville même que j'habite; cela ne serait passûr. Je dois supporter une résidence qui est pire qu'une prison; en effet, sans compter que la mort est chaque jour à nos portes, puisque les Isauriens promènent partout le fer et le feu, nous redoutons encore la famine qui nous menace, tant est grande la foule entassée dans un si petit espac*. ■

Mais, soit à Cucuse, soit à Arabissos, Cbrysostome, malgré ces plaintes, était dévoré par le même besoin d'activité. Il s'intéressait passionnément au succès des missions de Cilîcie et de Phénicie'; il formait le rêve de convertir la Perse, et cherchait à cet effet à ramener à lui l'évèque Maruthas, qui avait sign' '~

. Ep.69.

. Ep. 5o, 5i,

sentence du synode du Chêne ^ A Constantinople, à Anûocbe il faisait également sentir son action*. Sa charité grandissait avec ses épreuves, et il trouvait sans cesse de belles paroles pour Texprimer ; celle-ci, par exemple, dans la lettre 222 : « Tel est l'amour, il n*est pas vaincu par les assauts que lui donne le malheur; au contraire, il se fait jour à travers tous les obstacles, et imite la flamme dans son allure. » En même temps, il employait ses loisirs forcés à composer deux traités, où il donnait une forme plus dogmatique à certaines idées, assez voisines du stoïcisme, qu*on trouve souvent éparses au cours de ses homélies. L*un de ces ouvrages a pour titre : Que nul ne peut faire dommage à celui qui ne se nuit pas à lui-même ; et l'autre est adressé : j4 ceux qui se sont scandalisés des malheurs survenus.

C'est ainsi qu'il conservait au loin un grand nombre d'amis fidèles. Il continuait donc à paraître redoutable à ses ennemis, et ceux-ci se décidèrent à chercher une nouvelle résidence où l'exilé, une fois de plus dépaysé, perdrait peut-être enfin quelque chose de son infatigable énergie, et rencontrerait moins de dévouements à son service. Ils crurent avoir trouvé ce qu'ils désiraient en faisant choix de Pityonte, petite ville située sur la côte orientale de la mer Noire, dans le pays des Tzanes, au nord de la Colchide. Chrysostome se vit donc condamné à

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