CHAPITRE VII. 2i
n'atteignent que le corps, et que ta maladie s'attachant à ton âme est bien plus cruelle. Eh bien! par cela même je la déclare plus légère ; car elle ne dévore pas le corps comme les autres , et elle né trouble 1 ame que pour peu de temps. Les maladies que je rappelais tout-à-l'heure ont leur point de départ dans le corps , d'où elles remontent à Vâme , qu'elles tourmentent sans cesse par la douleur et l'accablement.... L'excès de la tristesse est plus pernicieux que la possession du démon. Car, si le démon s'empare de quelqu'un , c'est par elle , et, en la sifpprimant , on met le démon dans l'impuissance de nuire... Comment faire, vas-tu me demander, pour m affranchir de ma tristesse ? Et moi , je te demande , à mon tour, comment tu peux n'en être pas affranchi ? Si ta conscience était chargée d'un adultère , d'un homicide , d'un de ces crimes qui ferment le royaume des cieux , ton chagrin serait légitime , et personne ne blâmerait tes larmes. Mais si, par la grâce de Dieu, tu n'as rien à te reprocher, pourquoi ce désespoir sans cause? Après tout , Dieu a mis le chagrin dans notre nature , non pour que nous nous consumions mal-à-propos et sans motifs, mais pour que nous en tirions avantage. Ce n'est pas du mal qui nous arrive que nous démons nous affliger, mais du mal que nous faisons. Or, c'est le contraire qui a lieu : nous commettons sans la moindre douleur d'innombrables fautes, et, à la moindre disgrâce, à la moindre injustice, abattus , découragés , nous voudrions au plus tôt être débarrassés de la vie '.... Veux-tu voir dans tes souffrances la punition de tes fautes? Alors cesse de te plaindre: réjouistoi plutôt , car si tu expies tes péchés dans ce monde , tu n auras pas à les expier dans l'autre. Regrettons, non d avoir à souffrir, mais d'avoir offensé Dieu. Le péché, en effet, nous sépare de Dieu , il l'arme contre nous : la souffrance
1 Chrys.» t. 1 , p. 22i.
Tapaise et nous rapproche de iui. Mais non , ce n'est pas un châtiment que tu* subis , et dans tes peines tu ne dois voir que la matière de ton triomphe , la source des récompenses qui t'attendent au ciel.. . Chasse donc ces ténébreuses pensées ; oppose -leur une raison ferme et d'incessantes prières. C'étaitl à le grand remède de David contre les maux qui l'accablaient. Tantôt il priait et s'écriait: Les tribulations de mon cceur se sont multipliées, sauvez-moi. Seigneur, de mes angoisses < ; tantôt il se raisonnait lui-même, et se disait : Pourquoi es-tu triste mon âme , et pourquoi me iroubles-tu ? Espère en Dieu, car je le louerai encore « ; puis, mêlant aux raisonnements les prières, il ajoutait : Laissez-pm , mon Dieu, me reposer un peu avafit que je m'en aille, et bientôt je ne serai plus 3 ; ou passant des prières aux raisonnements : Qu*y a-t'il au ciel , et que puis-je vouloir sur la terre*, si ce n*est vous, ô Seigneur? S. Paul se servait de ces deux moyens pour relever le courage de ses frères opprimés et persécutés. Si vous ne connaissez pas les clidtimcw/s , disait-il , vousn*êtes pas enfants légitimes. Est-ildans le monde un fils que son père ne corrige * ? Mais Dieu est fidèle , et il ne souffrira pas que vous soyez tentés avrdesms de vos forces «. Et encore : // est juste que Dieu afflige à leur tour ceux qui vous affligent , et qu'il vous console avec nous, vous qui êtes dans l'affliction''. Ainsi , par l'emploi de ces armes , en combattant la tristesse par des sages raisons , en t'appuyant sur tes prières unies aux prières de tes amis , tu éprouveras l'efficacité des remèdes que je te présente, et il se trouvera qu'à la fin , ton âme devenue plus forte
^ Ps. u.
•^ Ps. 4â.
* Ps. J^.
i» Ait Hohr., H, V.8.
« 1. ud Corinth., 10 , v. 13,
7 Ad Thessalt il,c. 1, v. 6.