‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 108 sur 282 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

te semble affrease que parce que le vulgaire le pense ainsi. Mais si ta veux te débarrasser de ces faux préjugés et juger sainement la chose , tu verras que tu n'as pas à te désoler « .>

Après lasource du mal, Chysostôme en indique le remède, la confiance en Dieu , et il consacre au développement de cette pensée le troisième livre. La démonstration, si nous pouvons dire ainsi, est purement historique. Il n'emploie, pour faire comprendre sa pensée , que des exemples empruntés aux saints hvres. Mais ces exemples sont présentés avec un art si parfait, il mêle avec tant de bonheur aux traits de TÉcriture ses propres observations souvent si profondes, et aux paroles sacrées les effusions de son noble cœur, qu'il était impossible au pauvre Stagyre de ne pas éprouver à cette lecture , comme Saûl aux chants de David, une impression de lumière et de paix. Dans ces pages écrites pour un seul homme quel trésor de consolations pour toutes les douleurs ! C'est le livre des affliges.

On ajustement remarqué ce passage où Jean se montre aussi habile médecin que grand moraliste > : « Je t'en prie , dit-il à son ami , rends-toi à l'hospice des étrangers et demande à être conduit près des malades qu'il renferme , afin de voir la racine de tous les maux , de nouveaux genres d'infirmités et toutes les causes de chagrin. De là passe à la prison, et, après avoir examiné toutes les parties de cette demeure , rends-toi au vestibule du bain , où sur la paille et dans l'ordure gisent des malheureux, tous nus , en proie au froid , à la maladie , à la faim , qui , par leur seul aspect, par le tremblement de leur corps, par le claquement de leurs dents qui s'entrechoquent , sollicitent la pitié des passants, et n'ont pas même la force d'articuler un mot, d'étendre la main , tant ils sont écrasés sous le poids de la souffrance ! Ne t'arrête pas là : va jusqu'à l'hôtellerie des pauvres, à

' Chrys., t. \, p. 179-180.

3 Villem., Tabl. de l'éloq. chrét. : Chrytostôme,

rentrée de la ville , et ta verras que ton malheur est en comparaison un port fort tranquille. Te parlerai-je de tant d'hommes , de tant de femmes , dévorés par la lèpre ou par le cancer, deux maladies longues et incurables qui excluent ceux qu'elles ont atteints, des thermes, delà place publique, de la ville entière? Que te dirai-je de ces victimes de l'injustice humaine , condamnées , sans l'avoir mérité , aux travaux publics des mines ? Tous ces infortunés souffrent de plus atroces tourments que ceux qui sont possédés du démon. Tune le crois pas, et je ne saurais m'en étonner; car nous ne jugeons pas de la même manière nos maux et ceux d'autrui ; et les nôtres , quoique souvent plus légers , nous semblent plus graves et plus intolérables que tous les autres ' . »

Le diacre était là dans son domaine , la charité ; il en connaissait la puissance , et il s'en sert avec une touchante habileté. Noble et heureuse idée que de composer avec les larmes essuyées sur le front du pauvre le baume le plus salutaire aux plaies intimes du riche , de rattacher la guérison de l'un aux services rendus à l'autre , d'enchaîner l'égoïsme à la charité ! Sainte et savante hygiène , nécessaire plus que jamais à une époque où tant de gens , souvent les privilégiés du talent et de la fortune , sont en proie à ces tristesses sans cause , à ces lassitudes sans travail , à ces nausées de bonheur qu'on appelle mélancolie , à ces désespoirs repus de plaisirs et d'hommages qui n'exhalent que la satiété: véritable possession par le doute et l'ennui, deux démons attachés pour mater son orgueil aux flancs d'une civilisation trop éprise d'elle-même et vouée au culte des sens !

Chrysostôme prévoit une objection et la réfute d'avance . « Tu vas me dire , poursuit-il , que les maux dont je parle

> Chrys., t. 1 , p. 223.

Page 1