‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 11 sur 282 · CHAPITRE I. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. i

conceptions de celle-ci aux enseignements de FÉvangile , ou plutôt plier FÉvangile aux conceptions de la philosophie et se faire ainsi un christianisme philosophique. Et parce que la hauteur des mystères les déconcertait , ils se mirent à les abaisser à la portée de leur raison , à les interpréter selon les données de leur science , à les accommoder aux idées païennes, platoniques ou autres dont ils étaient imbus, à les manier, «à les façonner à leur gré , c'est-à-dire que , sous prétexte de les rendre intelligibles , ils travaillèrent à les anéantir.

L'Église , obligée de faire son chemin en présence des glaives levés sur sa tête et des passions acharnées à sa perte, eut plus à craindre des témérités de ses propres disciples que de la haine ouverte de ses persécuteurs. Des esprits obstinés et vains , épris d'eux-mêmes , s'avisèrent de formuler le dogme à leur guise , et de substituer leurs' imaginations incohérentes aux antiques et vénérables traditions qui remontaient aux Apôtres. Le travail de falsification ne respecta rien. Les vérités les plus fondamentales furent attaquées. Les sectes se multipHèrent. L'erreur enfanta l'erreur. Les hérésiarques donnèrent la main aux hérésiar(|ues. La curiosité et l'orgueil mirent la division et l'anarchie partout où Jésus-Christ avait mis l'harmonie et l'unité. Arius se leva, et toutes les oppositions à l'enseignement chrétien furent résumées et comme personnifiées en lui. L'Arianismc, en effet, fut moins une réaction théologique contre le modalismc de Sabellius qu'une réaction polythéiste et philosophique contre le principe chrétien, moins une hérésie que la négation môme du Christianisme , une forme nouvelle de Gnosticisme et de Platonisme tempérée par l'idée pure de l'unité et de la simphcité de l'Être divin 1 . 11 séduisit bien des esprits. L'habileté des chefs ,

' Ginouilhac , Hist. du dogme , t. 2 , p. 259, etc.

leur puissance d'intrigue, leur art profond de dissimuler, leur crédit auprès des Césars de Byzance dont ils flattaient les passions et encourageaient les empiétements sur FÉglise , Tappui du despotisme , les vexations prodiguées aux orthodoxes favorisèrent singulièrement l'essor de TArianisme, lequel d'ailleurs trouvait un grand auxiliaire dans la disposition d'âme de cette foule d'anciens idolâtres qui, devenus chrétiens par* intérêt, politique ou complaisance, plutôt que par conviction , et restés incrédules ou à peu près au fond du cœur, inclinaient naturellement vers une doctrine qui leur apparaissait comme un moyen terme et une espèce de transaction entre le polythéisme , dont ils n'avaient pu se détacher tout-à-fait, et le Christianisme, qu'ils goûtaient médiocrement et n'osaient abandonner. De nouveaux orages fondirent sur l'Église au moment où une grande victoire 'lui promettait une longue paix. Hypocrisie , violence , bassesses , sacrilèges , atrocités de toute espèce , rien ne coûta à l'Arianisme. En même temps qu'il disputait et subtilisait , il calomnia, il opprima, il versa le sang. D'illustres pontifes furent proscrits, des chaires éminentes profanées par la simonie et par l'intrusion, les monastères dévastés, les cénobites chargés de fers , des femmes orthodoxes , des prêtres vénérables massacrés, des horreurs commises qui rappelaient les plus mauvais jours du temps des persécutions. Même frappée à mort par le concile de Nicée, l'hérésie eut encore , à force de mensonges , d'astuce , d'intrigues , de servilités , de fureurs , quelque temps de succès coupable. Ne pouvant faire mieux , elle se divisa en sectes. Le fleuve empoisonné, en se retirant , laissait ses rives couvertes de mares infectes ; le serpent écrasé se survivait dans chacun de ses tronçons , animés de sa malice , pleins de son venin. Sous les noms de Marcel, de Photin, d'Eunomius, d'Apollinaire, Arius continua de fatiguer l'Église tout le IV® siècle et de la tenir dans un qui-vive perpétuel.

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