CHAPITRE HUITIÈME
Jean catéchiste. — Consolation à une jeune veuve. — Ëvènoments conternporains et tragiques. — Situation extrême de Tempire. — Décourdgemcot général. — Charité, source de consolation. — Livre de Sénèquc à Marcia. — Conseils à une jeune veuve. — Secondes noces. — Avilisscmeut du mariage chez les Romains. — Dignité de la femme. — Livre de la Virginité. — Pères de l'Église qui ont traité du même sujet. — But qu'ils se proposent. — Gloire de la virginité dans l'Église. — Objetlions. — La virginité ne tend pas à déconsidérer le mariage. -^ Elle ne nuit pas au progrès de la population — Loi Julia contre le célibat. — La propagation de l'espèce humaine liée à la dignité des mœurs. — Le péché d*Âdam a-t-il produit un changement radical dans les lois qui régissent la transmission de la vie ? — Tableau de la vierge chrétienne. — Influence de l'enseignement de l'Église. — Livre coiUre Julien et les Genlils. — Histoire de S. Babylas. — L'empereur Philippe. ^ Dèce. — Translation des cendres de S. Babylas. — Julien. — Temple d'Apollon à Daphné. — Résumé de l'Écriture-Sainte.
Ainsi , quoique traversé et paralysé par la maladie , le diaconat de Jean ne laissait pas d être actif et fécond.
On a dit qu'il avait commencé de prêcher étant diacre : cette assertion est démentie par Jean lui-même ^ . Mais s'il n'aborda que plus tard cette tribune sacerdotale qu'il devait tant illustrer, il préludait déjà au grand ministère de la parole par les modestes fonctions de catéchiste. On peut croire, en effet, que c'est de lui-même qu'il parle dans le passage suivant d'une de ses homélies :
1 Chrys. , 1. 1, p. 438. — Baronius {ad ann. 382) a voulu établir que Jean avait prêché étant diacre , en vertu d'une dispense particulière et d'un commandement exprès de son évêque , et que c'est alors qu'il avait prononcé , entre autres, son discours sur Tanathème. Outre que le raisonnement du savant cardinal conclut très-peu dans cette circonstance, nous croyons que rien ne peut élre opposé à l'affirmation précise de notre Saint, lequel, dans son premier sermon après son élévation au sacerdoce , déclare que c'e.st la première fuis qu'il parle au peuple, et que jusqu'à ce jour il était resté dans le rang des auditeurs (t6id., loc, cit.). D'autres passages, bien qiie moins explicites, aboutissent à la même conclusion {Hom. 10, ad p. Antioch.)
s. JEAN GHRYSOSTOME. — CHAPITRE VIII. 2i7
« La colère de Dieu menaçant la ville » , une foule de gens demandaient le baptême. Or, Tévôque étant absent a et les prêtres n'y portant pas une attention suffisante , on baptisait à la hâte , dans une seule nuit, des milliers de personnes qui ne savaient rien et qu'on ne songeait pas à instruire. Un de mes amis, qui était jeune et dans le rang des diacres, se mit à réunir ces nouveaux baptisés, par cent , par deux cents , pour leur apprendre les saints mystères. Nul autre qu'eux n'assistait à ces explications tout-àfait élémentaires. Certains esprits, cependant, blâmèrent l'entreprise du diacre , et dans son zèle ne virent que l'intention de primer 3. »
Mais des travaux d'un autre genre attestaient, avec la charité, le talent de Chrysostôme : nous citerons sa Consotalion à une jeune veuve * .
Le nom de la jeune veuve est inconnu. On sait seulement que son mari , Thérasius , appelé par sa naissance et ses brillantes qualités aux postes les plus éminepts avait été enlevé, après cinq ans de mariage, à la tendresse d'une femme dont il faisait le bonheur.
Jean voulut, en relevant le courage de l'affligée, lui apprendre à sanctifier sa douleur, et c'est l'objet de ce livre, où se montre déjà l'homme consommé dans l'art si difficile de la guérison des âmes.
« Oui , votre malheur est grand : le trait lancé d'en-haut vous a frappée dans la partie la plus vitale de votre être.
Tout le monde en convient Mais puisque c'est un devoir
de ne pas consumer sa vie entière dans le deuil et les pleurs, et qu'il faut donner quelques soins à des blessures qui , négligées, s'aigriraient de plus en plus et deviendraient
I Par un treinhlcmcnt de terre.
3 Mélèce éUil à Conslautiiioplc avec Flavicn potir le concile.
la source de plus grands mâux, ne trouvez pas mauvais qu'on cherche à vous consoler, et suspendant pour quelques instants le cours de vos larmes , confiez-vous à ceui qui viennent en aide à votre douleur. Pour moi, au moment de sa plus grande violence, quand la foudre venait de vous frapper, je me suis tu. J'attendais que votre affliction, assouvie de pleurs , vous permit de porter vos regards audessus de ces ténèbres, et d'écouter au moins quelques mots ; car on redouble la peine que l'on veut trop tôt combattre *«.. Les impressions de la douleur sont toujours plus (M^ofondes chez la femme : mais lorsque , condamnée au milieu de sa jeunesse à une viduité précoce, il lui faut passer tout d'un coup des plaisirs et des fêtes aux affaires et aux soucis, le chagrin envahit son âme avec tant de force, que, sans un secours céleste , il y a péril pour elle de succoinber à son découragement. Et ici je trouve une grande preuve de la bonté de Dieu envers vous ; car si le poids de tant de maux ne vous a pas brisée , vous le devez , non à une assistance humaine, mais à celui dont la puissance est infinie, la sagesse insondable , qui est le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. C'est lui qui nous a chàUés, dit le prophète , ei c*ett lui qui nou$ guérira; il nous a frappés, €i il fermera nos blessures ^ . Tant que Thérasius vivait près de vous , vous jouissiez de ses soins , de son affection ; vous participiez à sa gloire ; tout ce que l'homme peut donner de bonheur, vous le trouviez en lui. Mais Dieu , qoi l'a rappelé, s'est mis à sa place ^. »
Après quelques mots sur le mérite du veuvage saintement gardé, sur le respect religieux dont l'Église entoure les veuves, vraiment veuves ^ suivant l'expression de S. Paul; après avoir rappelé l'admiration des païens eux-mêmes pour ces femmes chrétiennes qui , séparées de leurs maris par la
^ Ose. , c. 6 , Y. 2.
3 Chrys. , 1. 1 , p. 838 et luiv.