‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 112 sur 282 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

mort , n'en veulent plus d'autres que Dieu , le sage cobsolateur poursuit ainsi :

« Je conviens avec vous que , dans le monde entier, on eût trouvé peu d'hommes comparables à Thérasius par la bonté , la probité , la modestie , la loyauté , la prudence , U pureté des mœurs. S'il était mort tout-à-fait et tombé dans le néant, vos larmes ne devraient pas tarir; mais s'il est entré au port , où règne un calme parfait , s'il n'a fait que rejoindre son roi , il y a plutôt à se réjouir qu'à pleurer. Cette mort , en effet , n'est pas la mort : c'est un changement de domicile; le passage d'une condition inférieure à un meilleur état , de la terre au ciel , des hommes aux anges et aux archanges , à Dieu lui-même , le roi glorieux des anges et des archanges. Car ici-bas, au service de l'empereur, il était exposé à bien des périls; il avait à se garder contre les pièges de l'envie , et le nombre de ses ennemis croissait en proportion de sa considération et de son influence. Maintenant il n'a plus rien à craindre de semblable. C'est pourquoi autant vous regrettez que Dieu ait s^pelé à lui un homme si bon , si aimable , autant vous devez vous réjouir qu'affranchi de ces dangers , hors de ce tumulte , il ait trouvé la sécurité , la gloire , la paix la plus parfaite. Qu'y a-t-il de plus absurde que de pleurer ceux qui vont au ciel , quand on sait que le ciel vaut infiniment mieux que la terre? Sans doute , si ce bienheureux Thérasius avait été de ces hommes qui vivent honteusement et dans la disgrâce de Dieu, il faudrait déplorer sa vie autant que sa mort ; mais puisqu'il est , lui aussi , l'un des amis du Seigneur, que vos félicitations s'adressent non-seulement aux vertus de sa vie , mais encore au bonheur de sa mort

> Mais peut-être désirez -vous entendre sa voix, jouir de votre amour ; peut-^tre regretlez-vous la splendeur, la 0oire , la félicité qu'il faisait rejaillir sur vous. La perte da tant d'avantages vous afflige; un nuage épais enveloppe

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votre âme de ténèbres. Cependant il ne tient qu'à vous de conserver avec lui la même amitié. Une véritable affection ne mesure pas son empire à la portée des yeux : à travers les distances , elle rapproche et unit les cœurs , et ni le temps ni l'absence ne brisent les nœuds qu'elle a une fois formés. Et puisque votre plus grand désir est de revoir celui que vous avez perdu , gardez-lui une inviolable fidélité , faites reluire dans votre vie la pureté de la sienne , et , sans nul doute , vous le retrouverez , vous habiterez avec lui , non pas cinq ans , non pas vingt , non pas cent , non pas mille , mais des siècles sans nombre : car c'est la ressemblance des vertus, non l'alliance du sang, qui ouvre ces régions du bonheur. Si une vie conforme à celle d'Abraham a conduit dans son sein le pauvre Lazare , vous n'avez qu'à vivre comme Thérasius , et vous serez admise au séjour heureux qu'il habite , et vous le verrez un jour, non pas avec cette beauté du corps qu'il avait sur la terre , mais avec une autre splendeur, avec une beauté dont l'éclat fait pâlir les rayons du soleil...

» Si quelqu'un vous eût promis pour votre mari l'empire du monde , à condition de rester séparé de vous pendant vingt ans , au bout desquels il vous serait rendu décoré de la pourpre et du diadème et vous ferait partager avec lui le rang suprême , je vous le demande , n'auriez-vous pas souscrit à la condition , porté ce veuvage avec dignité , et regardé cette séparation comme un avantage inappréciable et digne de tous vos vœux ? Montrez donc la même patience quand il s'agit , non d'un empire terrestre , mais du ciel , non d un manteau de pourpre et d or, mais d un vêtement de gloire et d'immortalité... Que la longue attente ne vous épouvante pas ; car il est à présumer qu'il viendra vous visiter, vous entretenir dans vos songes , et vous montrer son noble visage. Ces apparitions vous tiendront lieu de lettres, et vaudront mieux que des lettres. Dans celles-ci ,

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