CHAPITRE I. m
grossières embûches que lui tendait la jalousie; et les manœuvres de ses ennemis le surprirent toujours « . Il était incrédule au mal.
Plein d'amabilité dans son langage , et, comme S. Athanase > , plus aimable encore par ses mœurs , on eût dit cependant qu'à bien des égards, il avaii besoin de sa tribune pour être lui-même. Instrument d'enthousiasme, qui ne vibrait qu'au souffle des grandes assemblées , sa place était entre l'autel et la multitude. La chaire était son Thabor. Dès qu'il y paraissait , on ne voyait plus que le prophète , l'apôtre , Jean-Baptiste ou S. Paul aux bords de l'Oronte ou du Bosphore , l'homme de Dieu avec la magnificence , l'autorité, le prestige irrésistible et saint de la parole de Dieu.
Il n'écrivait pas ses discours. D'ordinaire , il parlait après une méditation plus ou moins profonde de son sujet. Quelquefois la parole jaillissait tout-à-coup de son cœur, et fleurissait spontanément et merveilleusement sur ses lèvres. Personne ne l'égala dans l'improvisation ^ . Plongé dans l'étude des livres saints , nourri du Verbe divin qui se révèle au cœur pieux dans chaque mot de l'Évangile et qui est le flambeau du monde et sa vie , il était , lui aussi , esprit et lumière , grâce et amour, et il lui sufGsait de se trouver en présence des masses pressées et attentives au pied de sa chaire, pour que son âme éclatât en magnifiques accents ou s'épandît en effusions brûlantes. L'auditoire saisi, transporté, répondait par des applaudissements , par des acclamations , plus souvent par des larmes , des sanglots , des cris d'épouvante , des protestations de repentir, se frappait le front , demandait grâce.
Si l'on peut accepter comme ressemblant le portrait
> De Saeerd., 1. 6,c. 3.
3 S. Gréc^. de Naz. , Orat. paneg. 5. Athan, > n» 9.
> Suiv. in verb, Joan. — Phot.. 17.
qu'a tracé de Jean un évéque grec du xi* siècle > , il avait la taille de S. Paul et de S. Athanase, c'est-à-dire qu'il était petit 3 ; mais le noble port de sa tête semblait le grandir. Il avait l'œil grand , le regard profond , le nez bien fait , le sourire triste mais plein de charme. Son front large et chauve , sa barbe blanche ajoutaient à la majesté calme de ce visage , où respiraient la loyauté et la fermeté de son âme 3 . L'austérité de son maintien rehaussait , au lieu d'exclure, l'attrait des manières et du langage. Les longues veilles, les jeûnes obstinés, le travail de Imtelligence et de la parole avaient creusé ses joues , raréfié sa chair. On eût dit une apparition céleste plutôt qu'un homme. On ne l'approchait pas sans un sentiment de respect, presque de crainte ; et il est vrai que son premier abord avait quelque chose de froid Ses ennemis l'accusaient de fierté « ; mais en le voyant de plus près, on ne trouvait en lui que le plus bienveillant et le plus indulgent des hommes : on l'aimait. C'était une de ces natures douées d'attraction, qui font graviter vers elles, sans le vouloir, les regards, les pensées , les cœurs. Aussi inspira-t-il des amitiés profondes, qui survécurent à toutes les vicissitudes de sa fortune ', des dévouements qui s'élevèrent jusqu'au martyre. Luimême , il cultivait avec une sainte tendresse l'affection de ses amis. Ce culte faisait partie de sa piété; car tous ses sentiments rayonnaient d'un même foyer et s'y concentraient : la charité! Quelque grande que fût son intelligence, c'était moins un génie qu'une âme. Il aimait, il bénis-
< Joan, , episc. Euchait, ap. Stilting, t. i, sept. p. 69S.
2 Jean semble faire allusion à la petitesse de sa taille , quand il dit de S. Paul : « Sa stature était petite , et en cela il n*avait aucun avantage sur nous.» (Lib. adSteUefi^deeomp, , n^S, t. 1 op., p. U3.)
3 Pall., dial. , c. 5.
* Socr., 1. 6,c. 18.
& De Sactrd,, 1. i. — Pall., paitim. — Epitt. Chrys.patsïm, — Tillem., t. 11, art. 2, p. 5.