CHAPITRE I
syccesseor d'Innocent , du fond de sa tombe , sa voix semble crier encore à des oreilles , hélas ! trop sourdes : Revenez à TÉglise-mère , fondement de la vérité, source de l'unité. C est notre rempart, notre sécurité, le port sans vagues, le trésor d'innombrables biens, ta cause et une joie pure et sainte < / » Là, est la liberté et la dignité des consciences; là, est le salut ; là, veille un pilote que la tempête ne peut surprendre; là, une charité qui embrasse le monde, lutte pour les églises affligées, pour le clergé opprimé, pour les peuples persécutés , pour l'univers entier « . Et quiconque ne marche pas sous la bannière de cette grande Église , l'oracle et le guide des autres , l'appui et le suprême refuge de tous , marche à l'abyme !
Mais , si grand que soit le docteur, le saint est plus grand encore. Douceur et fermeté , zèle et prudence , courage et modération , grandeur d'âme et sincère humilité , l'austérité de l'ascétisme et l'aménité la plus aimable , l'habitude des hautes méditations et le sens droit d'un esprit pratique, l'amour de la règle, la haine ardente de l'orgueil, de l'avarice , de l'hypocrisie , la sévérité pour lui-même avec une indulgence inépuisable , une immense charité toujours éloquente et toujours active, l'amour tendre et passionné de Jésus -Christ, toutes les qualités, toutes les vertus qui font les grands pontifes , il les résumait en lui d'une manière admirable , et l'on peut sans hésitation le présenter comme un des types les plus accomplis du sacerdoce chrétien.
Dans les relations ordinaires de la vie , Chrysostôme était réservé, presque taciturne. Avare du temps, il en donnait peu aux conversations : soUtaire au milieu du monde , il s'était fait de sa pensée un sanctuaire , et il se plaisait dans cette enceinte lumineuse que Dieu avait parée de tant de richesses, dont aucun bruit terrestre, aucune image
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grossière ne Tenait profaner le silence et la paix : pieux Sinaî de la contemplation et de Tamour, d'où il descendait par devoir et ^ comme Moïse y le front rayonnant de l'ombre de Dieu. D'une sobriété extrême et qui tenait à la fois de la pénitence et de la délicatesse de sa santé , il n'acceptait aucune invitation , n'ea faisait aucune , mangeait toujours seul et oubliait souvent de manger. D'autres étaient obligés de se souvenir pour lui qu'il avait un corps.
L'auteur d'une histoire ^ ecclésiastique , qui avait pu connaître Chrysostôme , mais qui tenait aux Novatiens , et , par conséquent , suspect quand il s'agit d un évêque catholique , attribue à notre Saint un caractère fier et emporté , dont les écarts furent , selon lui , la source de toutes ses peines. Rien n'est moins vrai. La modération et la charité dominent toute la vie de Jean. S'il naquit avec un caractère hautain et violent, il le dompta si bien par une victoire complète 2 sur lui-même , que la douceur, la sérénité semblait plutôt le facile épanouissement et la physionomie native de son être, qu'une vertu acquise par de laborieux efforts. La paix céleste qui remplissait son cœur se reflétait sur son visage.
Néanmoins il avait , dans ses rapports avec les hommes , l'habitude ^ d'une franchise qu'on trouvait rude tout d'abord, mais qu'on ne tardait pas à apprécier et à aimer. Car cette sainte rudesse n'était que la surabondance de droiture, de sincérité , de délicatesse , d'une vertu qui n'admettait ni la dissimulation ni la défiance , et croyait se retrouver elle-même dans les autres. Chez cet homme éminent la naïveté s'alliait à la grandeur. Cette haute intelligence, habituée aux profondeurs de la science de Dieu , dont le regard jouissait de la \UG des anges * , ne voyait pas sur la terre , à ses pieds , les
' Socr., I. 6, c. 3.
2 DeSacerd., 1.6,c. 12. et 1. 3, c. 10.
' DeSaeerd.fl. 1 , c. 7.
* S. Nil,ep. 294,1. S.