CHAPITRE DEUXIÈME
Naissance de Jean. — Sa mère. — Ses premières années. — Débuts au barreau. — Succès littéraires. — Le sophiste Libanius. — L'empereur Julien. — Martyrs à A.ntioche. — Valentinien. — Jean s*éloigne du monde. — Son ami Basile. — Bossuet. — S. Eusthate. — Intrigues des Ariens. — S. Mélèce. — Son discours devant l'empereur Constance. — Schisme d'Ântioche. — Paulin et les Eusthatiens. — Lucifer de Calaris. — S. Jérôme. — S. Basile. — Recours à l'Église romaine. — Question des hypostases. — Popularité de Mélèce. — Études sacrées de Jean. — Son baptême. — Diodore elFlavien.
JeaD naquit à Antioche de parents nobles et chrétiens * . On ne sait pas au juste la date de sa naissance. Avec le P. Stilting, nous croyons devoir la placer de préférence en 344 ^ .
Un grand pontife , un grand saint , le pape Jules , gouvernait alors l'Église de Dieu au milieu des plus violents orages qui l'aient jamais assaillie. L'Arianisme, en effet, assis sur le trône de Byzance , ne connaissait plus de mesure. La calomnie, le faux, le sacrilège, le meurtre, aucun crime, aucune infamie ne l'arrêtait. Il excommuniait le pape lui-même. Athanase, Paul, Luce, Eusthate, les
* Georges d'Alexandrie écrit que le père et la mère de notre Saint étaient idolâtres, et furent convertis au Christianisme par leur fils, à l'époque de son baptême. C'est un conte de sa façon. Chrysostôme était au berceau quand son père mounit. Lui-même nous apprend (ad vid, junior, , et /t6 1 de Sacerd,) que sa mère était chrétienne. Une sœur de son père, Sabioienne, fut diaconesse de l'église d'Antioche; et, quant à son père, Stilting établit suffisamment qu*il était chrétien, lui aussi. Socrate et Sozomène nous disent expressément (Soc, 1. 6, c. 3. ; Soz., 1. 8 , c. S) que Jean était d'une naissance noble.
3 Voir la note A & la fin du volume.
s. JEAN GHRYSOSTOME. — CHAPITRE II. 39
plas nobles défenseurs de l'orthodoxie étaient exilés , déportés , emprisonnés ; les plus grandes églises , veuves de leurs pasteurs, livrées à de misérables intrus. Les George, les Etienne, les Macédonius, c'est-à-dire la cruauté, la simonie, l'impiété, occupaient les chaires ensanglantées d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople. Les vrais chrétiens en étaient à regretter, avec S. Hilaire^ sous un fils de Constantin , les jours de Néron et de Décius. Les folies et les crimes des circoncellions épouvantaient l'Afrique. L'Orient tout entier n'était que confusion et désolation ; et comme si la nature eût voulu ajouter son courroux au deuil de la religion , des tremblements de terre incessants ravageaient les plus belles contrées de l'empire. Néo-Césarée s'écroulait dans le Pont ; l'île de Rhodes était bouleversée ; Salamine, Béryte, Dyrrachium, une foule de villes en Italie , en Grèce , ailleurs , n'offraient plus qu'un amas de ruines ; mais Rome elle-même ébranlée par des coups souterrains, trois jours et trois nuits, croyait toucher à sa dernière heure.
Au plus fort de la tempête , la Providence répandait à pleines mains les germes puissants des plus hautes consolations , des plus grandes gloires de l'Église. S. Ambroise venait au monde en 340 , S. Jérôme en 342 , S. Chrysostôme en 344 , Théodose en 346 , le poëte Prudence , le chantre des martyrs, en 348, S. Porphyre de Gaza et S. Paulin de Noie en 353, S. Augustin en 354 , Ste. Mélame et Ste. Paule en 341 et 347; plus loin, la Mésopotamie voyait S. Éphrem succéder à S. Jacques de Nisibe , et mettre au service de la vérité des trésors d'éloquence , de savoir et de poésie ; et déjà l'on pouvait distinguer entre les étudiants de la frivole Athènes , à côté de l'astucieux JuUen , deux jeunes hommes, Basile et Grégoire, parfaitement
* IHlar. adv. Contt,
inconnus alors , mais se préparant dans robscurité , par la science et la vertu , à porter la succession d'Atbanase , et aux grandes luttes qui devaient illustrer leur vie. Au désert fleurissaient Antoine, Pambon, Théodore, Pacôme. De Nitrie , de la Thébaïde , un parfum de grâce et de sainteté s'exbalait sur le monde. En Occident , Optât de Milëve combattait avec autant de vigueur que de talent pour l'unité de l'Église ; Hilaire de Poitiers commençait à faire entendre sa grande voix ; Martin de Tours , attaché par lui aux autels , ouvrait cette série de prodiges qui font de sa vie Fun des plus beaux monuments de ce siècle et peut-être de tous les siècles.
Secundus , le père de Jean , était maître des soldats de Syrie * , c'est-à-dire qu'il avait un commandement général dans les armées de l'empire en Orient. Il mourut jeune, et laissa sa veuve âgée de 20 ans à peiae > , avec la charge de deux enfants , une petite fille > d'environ deux ans , et Jean qui venait de naître.
Anthusa, c'était le nom de cette noble femme, refusa de se remarier, et se dévoua sans réserve à l'éducation de son fils ^, sa fille étant morte en bas âge. D'un grand cœur et d'une haute vertu, mélange de Ste. Paule et de Cornélie, la piété douce de la chrétienne attendrissait chez elle , sans l'afTaibUr, la virilité d'une âme romaine. « Jamais femme » , dit un pieux auteur ^ , « ne fut plus digne de porter le nom
* Pall., dial.,c. 5.
'^ Chrys. » ad vid.jun. , t. 1 , p. 3<iû. ' Pall., loc.dt.
* On ne dit pas le nom de cette unique sœur de Jean, ni ce qu'elle devint. Il n*en est plus question dans l'histoire du Saint. Le silence d*Anthusa sur ce point dans son discours à son fils {de Sacerd.f lib. 1.) autorise à penser que sa fille était morte en bas âge. Hermant a cru , à tort, qu'elle vivait encore, ainsi que sa mère , lors de Texil de Chrysostdme. Ce qui l'a induit h erreur, ce sont deux lettres du prêtre Constantius à sa mère et à sa sœur , faussement attribuées à Tévêque de Gonstantinople.
5 Godes. , 27 janv.