CHAPITRE n. ki
de mère.» Les païens eux-mêmes la vénéraient. Jean raconte que Libanius , apprenant de lui que sa mère , âgée de 40 ans et veuve depuis 20 , n'avait jamais voulu prendre an autre époux , s'écria , saisi d'admiration , en se tournant vers son auditoire idolâtre : « 0 dieux ! quelles femmes il y > a chez les chrétiens > ! »
La jeune mère aimait dans son fils la vivante image de son mari ^ , et surtout les qualités éminentes qui distinguaient déjà cet enfant. Elle Télé va elle-même j ne voulant pas que d'autres mains que les siennes touchassent à une âme en qui le Ciel semblait mettre déjà tant de complaisances. Jean fut donc allaité de la foi de sa mère et de son courage ; il respira près d'elle , dès le berceau , cette majesté de mœurs, cette piété forte dont le cachet resta sur sa vie. Le soleil d'Orient , le cœur d'Anthusa et les livres saints , où il apprit à lire , versèrent des flots de lumière , de poésie et d'amour sur cette belle âme , ouverte de bonne heure aux grandes impressions de la nature et de la foi. Bien que son baptême , suivant l'usage du temps , fût renvoyé à une autre époque de sa vie , il n'en fut pas moins instruit avec soin de la loi chrétienne , dont les graves enseignements , saisissant fortement sa pensée , la poussaient déjà en brûlantes aspirations vers le Ciel et vers Dieu 3 .
D'une intelUgence prompte , d'une âme ardente et tendre , d'une sensibilité très-vive , bon , doux , généreux , montrant
> Chrys. , ad vid. jun. , ibid.
3 DeSacerd., I. 1.
s Cbrys., de Sourd,, 1. 1. ~ Pall., dial., c.5. — Geor. Al., p. 2 , col. 2, — S. Joan. Dam. , Oral, panegyr, , n. 2. — Tillem. , t. 11 , pp. 5 et 6. — Herm. , c. 3. — A part deux ou trois mots de Pallade et quelques détails fournis par Jean lui-même » nous avons peu de renseignements sur cette première époque de sa vie. Ce qu*en raconte Georges ne mérite guère crédit. Le voyage et les études de Chrysostdme à Athènes sont une de ces fables dont justice a été faite depuis long -temps. Cependant , quand les faits donnés par ce narrateur sont vraisemblables , nous n*avons pas le droit de les rejeter , parce qu'ils viennent de lui.
42 S. JEAN GHRYSOSTOME.
déjà pour les pauvres cette compassion délicate qui sera Tune des sources de son éloquence , prenant feu pour ce qui lui semblait juste et vrai , mais sans fiel , sans colère , incapable de dissimulation et de lâcheté , d'un caractère ouvert comme son visage , avec un fond de constance rare chez un enfant , il avait quelque chose de décidé , presque martial dans les traits , qui rappelaient son père > . En s'accusant , comme il le fait quelque part , de lenteur et de nonchalance ^ , il n'accuse que la facilité merveilleuse de son esprit ; et certes , cette riche nonchalance , si je peux dire ainsi , se retrouvant plus tard dans ses discours et ses écrits , donnera souvent à sa parole un charme qui en fait oublier les défauts ^ .
Georges prétend que, tout petit encore, on le voyait parfois s'arracher tout-à-coup aux jeux de son âge et s'isoler des compagnons de ses ébats , comme pour écouter dans un silence reUgieux une voix mystérieuse qui lui parlait au fond du cœur. Ce qui est certain , c'est qu'il dut à la piété précoce puisée dans le cœur de sa mère , de conserver intacte cette fleur de jeunesse et de pureté , effeuillée d'ordinaire à tous les vents, sur tous les chemins. Gomme ces tiges métalliques qu'il suffit de dresser vers le ciel pour émousser la foudre , cette direction vers le monde supérieur, donnée de bonne heure à la pensée du jeune homme , préserva sa vie des orages qui en brisent tant d'autres. L'exquise sensibiUté de sa nature , sa vive et brillante imagination , au lieu de l'égarer, n'aboutirent qu'à une compréhension plus prompte et plus profonde de la divine philosophie de la croix. Il n'était
< Pall. , ibid, — Chrys. , de Sacerd,, 1. 1 , c. 1 , 5 et 7 ; -- 1. 3, c. U. — Socr. , 1. 6 , c. 3. ~ Soz. , 1. 8 , c. 3.
3 De Sacerd., 1. 3 , c. 12 , et 1. 6, c 7.
s 11 en est probablement de ce défaut comme de plusieurs autres qu*il s'attribue (de Sacerd., 1. 6, p. 426-430), et dont sa vie n*ofire pas la moindre trace : ou c'étaient de pieuses terreurs de son humilité , ou une vertu supérieure Tavait transfiguré.