‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 35 sur 282 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

fit de rapides progrès dans la science des livres saints. Da reste , cette noble amitié retentit dans toute sa vie ; car Flavien , devenu évéque d'Antioche , lui imposa les mains et lui confia le ministère de la parole, c'est-à-dire qu'il plaça la lampe sur le candélabre , le génie sur son piédestal. Quant à Diodore, qui fut plus tard évéque de Tarse , il jouit, de son temps, comme interprète des Saintes-Ecritures, d une grande réputation. Estimé de S. Athanase « , loué par S. Basile 2 , suspecté plus tard dans son orthodoxie , il eut pour disciple S. Chrysostôme ». Carlérius, le chef célèbre d'un monastère près d'Antioche , fut aussi l'un des maîtres de notre Saint*. Il se forma près deux à celte manière simple et lumineuse d'expliquer le texte inspiré , qui donne tant de prix à seâ commentaires. Sans doute, il faut regretter que les maîtres, préoccupés de l'abus des interprétations allégoriques reproché à l'école d'Alexandrie , aient dirigé trop exclusivement , vers le sens littéral , l'esprit si élevé de leur disciple. Cependant la forte trempe de cet esprit éminemment chrétien , sa foi humble et vive , le préservèrent des inconvénients et des périls de la méthode trop humaine de Diodore et de l'école d'Antioche , auxquels tant d'autres n'eurent pas le bonheur d'échapper.

Entre un tel pasteur et de tels amis, Jean marchait d'un pas ferme dans les voies de Dieu. Chaque jour était marqué par un triomphe de la grâce. Son talent, qu'il ignorait seul , le faisait moins aimer que sa douceur et sa modestie poussée jusqu'à la timidité ^ . Cet homme , tlont la tribune

ad Colons. j c. 3; — Apocalyp.y c. 5; — Plin., ep 97, 1. 10; — Euseb., 1. 5, c. 28), et il est bien évident qu'il était en usage à Antioche, dès le temps de Paul de Samosate , qui remplaça le chaut des psaumes par des chants A sa louange (Euseb., l. 7, c. 30).

• S. Ath., op. B. B., t. â, p. 1295.

3 S. Bas., ep. 157.

' Socr., I. 6, c. 3.

4 Sozom., 1. 8, c. 2.

& DeSacerdA'^, p. 390.

devait ôtre l'orgueil du Christianisme , se défiait excessivement de lui-même. Il parlait peu et avec hésitation. Son regard , comme sa pensée , ne semblaient plus voir que le ciel. Sa grande préoccupation était son baptême. Comme S. Basile, comme S. Grégoire , il avait différé de le recevoir, pour s'y préparer par une connaissance plus profonde de l'Évangile et l'exercice des plus hautes vertus > . Aucun noviciat ne lui semblait suffisant pour l'établir d'une manière solide dans cette vie selon Jésus- Christ, dont il n'envisageait qu'avec une pieuse terreur les devoirs et la sainteté. 11 voulait apporter à son Dieu un cœur digne de lui , propre à devenir un incorruptible témoin de sa grâce. Tout ce que le Christianisme inspire d'abnégation et de pureté, il le pratiquait depuis plusieurs années, lorsque Mélëce lui conféra , près de partir pour un autre exil , le signe divin des initiés 3. Le baptême fut à cette âme généreuse comme l'eau du ciel à la terre bien cultivée. Il fit épanouir dans toute sa splendeur ce que la nature et l'esprit saint y avaient semé. Le fils de Secundus , devenu le fils de Dieu et le frère du Christ , s'appUqua avec un zèle heureux à détruire en lui le vieil homme , jusqu'à la moindre faiblesse ; et telle fut , depuis ce jour, sa surveillance sur lui-même , qu'il ne mentit ni ne médit de sa vie : jamais la haine n'approcha de son

' Cps délais du baptême n'étaient ni rares ni surprenants dans la primitive Église. Quand la persécution grondait, et que la trahison d*un faux frère pouvait tout compromettre, une grande prudence était nécessaire dans Tadmission des catéchumènes. Il fallait de longues épreuves pour 8*assurer de leur sincérité et prévenir une apostasie. Les néophytes eux-mêmes, se faisant une juste mais haute idée des effets du baptême , aimaient i garder en réserve , pour les derniers jours de leur vie , une grâce si puissante qui devait leur ouvrir les portes du ciel : de là , le baptême des cliniques ou des mourants. L'Église condamnait ces calculs humains d'âmes indécises et lâches, qui voulaient s'assurer le bonheur des Saints en se dispensant d*avoir leurs mérites. S.Grégoire de Nazianze (orat.iO) et S. Chrysostôme(t. 2, p. 26 et 27; t. 9, p. 11 et p. 190 ) se sont élevés avec force contre cet abus.

2 Pall., dial. c. 5.

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