CHAPITRE IL
disperse ; c'est-à-dire , qui n'est pas pour le Christ est pour FAntechrist ». »
Et en même temps qu'il s'abandonnait ainsi aux nobles élans de sa foi , il maltraitait les Méléciens , et les insultait ^ de cette épithète de campenses (campagnards) qui leur venait des Ariens : injure glorieuse , car c'était à cause de leur résistance à la secte que celle-ci les avait chassés des églises , et qu'ils étaient contraints de tenir leurs assemblées hors de la ville, au milieu des champs 3, d'où par dérision ce nom de campagnards, qu'un docteur catholique devait d'autant moins leur infliger, qu'ils suivaient les enseignements de S. Basile avec la même fidélité que la communion de Mélëce.
An milieu de ces dissensions malheureuses, Mélëce affligé * , mais conservant toujours l'inaltérable douceur de son caractère , s'appliquait à épurer son clergé , à fortifier la foi de son peuple , à faire fleurir dans son église les antiques vertus du Christianisme. « La sainteté respirait sur son visage , dit Chrysostôme ; son seul regard était une prédication ».• Vénéré autant qu'aimé, il jouissait à Antioche d'une popularité sans égale. Chaque fois qu'il quittait la cité , c'était un deuil public ; chaque fois qu'il y rentrait , une fête. Les mères donnaient son nom à leurs enfants. On voyait, chez les orthodoxes, son image peinte ou gravée partout , sur les cachets, sur les bagues, sur les meubles , sur les lambris «. «Homme sans art, dit S. Grégoire de Nazianze ?, de mœurs simples, plein de Dieu , portant dans son cœur le calme auguste de ses traits , il avait souffert
1 s. Hier., ep. 14 ad BB., t. i, ait. p., p. 19.
3 /d., ep, 14, t. i, ail. p., p. 21.
» Théod., 1. 2, c. 31; — l. 3, ci.
^ Voir la note F à la fin du volume.
s Chrys., in S. Melet., t. 2 , p. 520.
0 Chrys., ibid.
^ Greg. Naz., t. 2 , p. 755.
pour la cause de Jésus-Christ. » S. Basile professait pour lui un culte de tendre vénération.» Si ta piété savait, lui disait -il dans une lettre charmante , quelle joie tu me procures en m'écrivant , tu ne manquerais , j'en suis sûr, aucune occasion de le faire. Ne sais-tu pas quelle récompense le Ciel réserve aux consolateurs des affligés? Or, ici tout est en proie à la douleur , et la seule diversion à nos maux, c'est ta pensée.... Aussi quand je reçois une de tes lettres , je regarde d'abord si elle est bien longue , et je l'aime d'autant plus qu'elle renferme plus de lignes. Je suis heureux tant que je la lis ; dès qu'elle est finie , je rentre dans ma tristesse. Si, par l'intervention de tes prières, je pouvais obtenir de ne pas terminer mon pèlerins^e ici-bas sans te voir, sans recueillir de tes lèvres la doctrine du salut, et m'approvisionner près de toi pour la vie présente et la vie future, je le regarderais comme un grand bien et la preuve de la bonté de Dieu pour moi > ! »
Quoi qu'en dise l'historien Socrate », Chrysostôme resta fidèle toute sa vie à la communion de Mélèce , son maître dans les études sacrées et son père selon la grâce.
Alors vivaient près de l'évéque d'Antioche, honorés de sa confiance, deux hommes que distinguaient une grande science, une grande vertu, et surtout la haine violente des Ariens : c'étaient Flavien et Diodore. Nous les verrons , Mélèce proscrit , veiller sur son église veuve , et , à force de courage et de dévouement, y maintenir intacte, au miUeu de rudes épreuves , la foi de Nicée > . Jean les vit , les goûta , s'aida de leurs conseils , et , sous leur direction ,
1 s. Bas., tp. 56.
^ Socr., 1 6, c. 3.-- Voir Tillem., Chrjt., n. 13.
s Théodore! (1. 6, c. îi) préteod qu'Ui introduisirent U coutume de chanter les psaumes ii deux chœurs , qui d*Antioche se répaudit jusqu'aux eitrëmités de la terre. — Socrate (1. 6, c 8) fait remonter cet usage k S. Ignace. Toutefois, le chant fut employé dans les assemblées religieuses des rhrétiens, dès Porigine même du Christianisme (S. Paul , a«i £jpA. , c.5;