CHAPITRE TROISIÈME
Persécution des catholiques. — ChrysostÔme lecteur, — Exil de S. Mélèce.
— Affection du peuple d*Antioche pour son pasteur. — Souffrances des catholiques. — Apbraates. — Valens sévit contre les philosophes. — Mort de Théodore.— Anlioche inondée de sang. — Perquisition des livres de magie. — Péril de Chrysostdme. — Il veut se retirer au désert. — Discours de sa mère. — 11 reste auprès d'elle. — Voyages de Jean. — Ste. Mélanie.
— La mer Morte. — Jérusalem. — Pèlerinages aux saints lieux. — Amis de Jean. — Maxime et Théodore. — Lettres de Jean à Théodore. — Théodore, évèque de Mopsueste.
La paix donnée à TÉglise par Jovien n'avait été, en Orient du moins , qu'une trêve de quelques mois. Valens , devenu par la grâce de Yalentinien le maître de la moitié du monde , ne partageait ni la foi religieuse ni les hautes qualités de son frère. Cœur bas, esprit court, caractère violent et timide à la fois, Arien surtout et Arien fanatique, il fut le séide couronné de TArianisme , et mit au service de la secte sa tyrannie et sa cruauté. Un prince chrétien fit plus de mal au Christianisme que les plus ardents ennemis du nom chrétien.
Dissimulée d'abord et restreinte à quelques faits déplorables mais isolés, la persécution contre les catholiques prit , dès l'année 570 , un caractère général et atroce. S. Grégoire de Nazianze en a résumé les horreurs en quelques mots, dont la forme oratoire n'infirme en rien la vérité.
« La postérité , dit-il en apostrophant les Ariens , conservera le souvenir de votre barbarie , et vous infligera , je ne crois pas me tromper, la note d'une éternelle infamie. Que peut-on dire de semblable des catholiques? Avons-nous déchaîné contre vous une populace insolente , armé des soldats
s. JEAN GHRYSOSTOME. — CHAPITRE III. 7i
pour vous combattre, envoyé à votre poursuite un général plus furieux que ceux dont il remplissait les ordres , assise comme une ville ennemie une pieuse assemblée qui levait les mains au ciel et n'était occupée qu a prier ? Avons-nous étouffé le chant des psaumes par le bruit des trompettes , mêlé au sang mystique de Jésus-Christ le sang des massacres, et aux gémissements de la pénitence les cris lamentables des blessés et des mourants? Avons-nous changé les maisons de prière en sépulcres , et livré à des mains criminelles les vases du sacrifice? Aimables autels, maintenant autels déshonorés , avons-nous fait monter sur vous de jeunes impudiques pour vous insulter par des gestes lascifs et des postures infâmes? Chaire vénérable, où se sont assis tant d'hommes illustres, où tant de saints prêtres ont enseigné les choses divines , avons-nous élevé sur vous des païens , des impies , pour tourner en ridicule les vérités chrétiennes ? Chasteté des vierges , vous qui ne souffrez pas môme le regard des hommes les plus purs , aucun des nôtres vous at-il outragée par des horreurs dignes des flammes de Sodome? Quelles bétes féroces avons -nous lancées sur les corps des Saints, comme Tout fait ces profanateurs de la nature humaine à l'égard de personnes dont le seul crime était de repousser leurs dogmes impies, ou d'avoir donné la sépulture à des restes humains que les bêtes fauves avaient res pectés? Qui donc a déchiré avec les ongles de fer ces évéques cassés de vieillesse , en présence de leurs disciples qui n'avaient que des larmes pour les secourir ? Qui sont ces prêtres que l'eau et le feu , les éléments les plus contraires, séparèrent les uns des autres, et qui furent consumés par les flammes avec la barque qui les portait? Et, pour passer sous silence la plus grande partie de nos maux , quels sont ceux qui ont été accusés de cruauté par ceux mêmes qui servaient leurs fureurs « î »
1 Greff. Naz. , orat. 33 « alià» 25.
7a s. JEAN GHRYSOSTOME.
Ces traits , qai semblent exagérés , ne sont que de faibles allusions aux atrocités à peine croyables qui, durant plusieurs années, souillèrent et ensanglantèrent tout rOrient , et que tous les historiens sont unanimes à rapporter ».
L'orage grondait sur Antioche au moment où Chrysostôme reçut le baptême ; et peut-être ce fut pour ce cœur intrépide un motif de plus de presser son initiation. C'en fut un de moins , pour le vénérable Mélèce , d'attacher au sanctuaire son jeune et brillant néophyte. Du jour où il l'avait connu , le vieux pontife avait pressenti le docteur et l'apôtre dans le pieux transfuge des lettres et du barreau ; et au moment où il allait laisser son égUse veuve, il crut ne pouvoir mieux la consoler qu'en lui donnant Jean comme une divine promesse de bonheur et de gloire. Il se hâta donc de lui faire monter le premier degré du sacerdoce , en lui conférant l'ordre de lecteur » ; c'était le plus important et le plus considéré des ordres mineurs. On n'y admettait que des hommes sûrs , recommandés par leur vertu et des aptitudes à la science. Ils vivaient dans la société de l'évéque , l'aidaient dans ses travaux bibliques, et lui servaient de secrétaires. Leurs fonctions ne consistaient pas seulement à lire en public pendant la litui^ie le texte sacré ; ils avaient aussi dans leurs attributions la garde des saints livres. C'étaient comme les bibliothécaires de la communauté chrétienne: circonstance qui, dans des temps orageux, ouvrait aux lecteurs le glorieux chemiadu martyre. On leur confiait en outre l'école des catéchumènes , dont on sait la haute importance , et qui fut si souvent dirigée par des hommes éminents ^ ; généralement , on les regardait comme
* Théod., l.i, c.i3, n.ai, Î4, 25.— Socr., 1. i, c. 16, 17, 18, 19, etc. — Soïom., I. 6, c. 10, 14, 18, 20. a Pall. , dial. c. 5, s Eus. de César., hist. c. 3 et 0.