CHAPITRE III
des ministres secondaires de la parole de Dieu et du salut des âmes ^ .
L'ordination de Jean fut le dernier acte épiscopal de Mélëce f et la satisfaction qu il en eut adoucit Tamertume de son départ. Mais le peuple qui Taimait ne consentit pas si volontiers à le voir s éloigner. Il se jeta sur Tofficier impérial qui l'emmenait dans son char , et qui eût infailliblement péri sous une grêle de pierres , si l'évéque proscrit ne lui avait fait rempart de son corps >, et ramené ses ouailles à des sentiments plus chrétiens.
Plus tard , Chrysostôme se plaira à rappeler à ses compatriotes leur courageuse persévérance dans ces jours d'épreuve et de lutte. « Chose admirable ! leur dira-t-il , le pasteur chassé , les brebis restaient fidèles ; le pilote enlevé, le. vaisseau ne sombrait pas. Ni les douleurs, ni les périls, ni le temps n'ont pu affaiblir votre affection pour Méièce. On voulait séparer le père de ses enfants , et c est le contraire qui arriva. Car il vous emporta tous dans son cœur au fond de l'Arménie; et vous-mêmes, bien qu'enfermés dans ces murailles , vous partiez tous les jours sur les ailes de la charité, pour aller visiter au loin le pasteur bien aimé , jouir de son regard , entendre sa voix , vous pénétrer de son esprit ^ . »
Diodore et Flavien gouvernaient, en l'absence de Mélëce, les catholiques de sa communion ; et l'on peut dire d'eux , qu'au milieu des plus grandes difficultés, ils ne furent jamais au-dessous de leur mission. Flavien ne prêchait pas alors, dit Théodoret *, mais il fournissait à Diodore les matériaux de la prédication. N'ayant tous les deux qu'une même
' Cbard. , Hist. des sacr. , t. 5. — Thomass. , Ane. et nouv. discipline , part. lr*,l. 2, c 30, n» 2, n« 11, n<» 12; et c. 31, nol. « Chrys.. t. 2, p. 520.
s Id„ t. 2 , p. 520.
4 Théod., 1.4, C.25.
pensée, et leur science égalant leur zèle, ils maintinrent dans leur troupeau , en dépit des fureurs de la secte , la pureté et la ferveur de la foi; chassés des deux églises qu'ils possédaient, les fidèles, sous la conduite de ces chefs intrépides, s'assemblèrent au pied de la montagne d'Antioche , dans je ne sais quelles grottes où S. Paul s'était caché autrefois. On leur disputa cet asile , et ils se réunirent tantôt aux bords de l'Oronte, tantôt au champ de Mars, partout persécutés et traqués, partout inébranlables dans leur attachement à la foi de Nicée et à leur pasteur * . Yalens se vengeait en Néron de ces nobles résistances ; il faisait noyer dans l'Oronte ceux des orthodoxes qui le gênaient > .
Au nombre des hommes généreux qui bravaient le courroux du tyran et enflammaient de leur courage l'église opprimée d'Antioche , était le grand soU taire Aphraates. Persan de naissance et d'une famille illustre , il avait embrassé le Christianisme , et , pour le pratiquer dans sa perfection , il était venu s'établir près d'Édesse , dont l'église comptait alors presque autant de saints que d'enfants. Au premier bruit des troubles d'Antioche, il se rapprocha d'elle , et se bâtit aux portes de la cité une pauvre demeure où tout le monde accourait pour le voir ou le consulter. Là, dans un grec barbare , il expliquait à ses nombreux auditeurs les vérités sublimes qu'il brûlait de répandre. La sainteté de sa vie , l'ardeur de ses convictions , l'étr^geté même de sa parole donnaient du succès à ses enseignements et attiraient les foules. Un morceau de pain , mangé le soir au coucher du soleil , était sa nourriture [unique. Un jour, un de ses amis, qui fut plus tard celui de Chrysostôme, Anthémius, revenant d'une légation en Perse, crut faire une chose agréable à l'anachorète en lui portant
» Théod., 1.3, c. 4.
•'' Socr., I.4.C. 17.