CHAPITRE I
avec lui , dès qu'il s'agissait d'une combinaison doctrinale quelconque. Et n'est-ce pas dans l'orgueilleux désir d'opposer à son influence croissante une barrière intellectuelle savamment calculée , que se trouve , en grande partie du moins, la raison d'être de ce néo - Platonisme , produit hybride du polythéisme dont il fut le dernier soutien , et de la philosophie dont il se disait le plus noble organe et le plus complet résumé?
Partant de cette idée, souvent émise depuis, que les divers systèmes religieux , en crédit parmi les hommes , ne sont que les manifestations passagères et locales d'un besoin unanime et constant de l'humanité , il s'efforça de relier aux conceptions des philosophes les croyances du vulgaire; et en épurant , en expliquant celles-ci , en donnant un caractère reUgieux à celles-là , de les fondre dans une harmonieuse unité , afin de remplacer le vieux paganisme avili et croulant par un polythéisme nouveau , spiritualisé , ennobli , tel qu'il pût à la fois être accepté des esprits d'élite et devenir la religion universelle des peuples. En même temps qu'il écartait de la théologie païenne les idées trop basses au sujet des dieux , et qu'il présentai! les fables des Grecs comme d'ingénieuses allégories sous lesquelles il fallait chercher la science primitive du genre humain , il s'appUquait à découvrir, à mettre en lumière les vérités ensevelies dans les traditions antiques , sous une masse d'erreurs , et à relever le culte des idoles en donnant à ses actes divers un sens moral , propre à porter les âmes à la vertu. Et comme c'était la puissance du Christianisme , attestée par sa rapide propagation , qui le frappait surtout , il n'hésitait pas , tout en l'attaquant avec force , tout en professant pour lui un insolent dédain , à puiser dans ses livres , à copier ses rites , à verser, au milieu des idées philosophiques et des pratiques polythéistes , tout ce qu'il pouvait d'aspirations et de formules chrétiennes , ne prétendant à rien moins qu'à ressusciter le
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paganisme à Faide de FÉvangile, Terreur par la vérité. II eut donc , lui aussi, ses saints , ses miracles , ses prophètes, ses codes sacrés , ses abstinences pieuses , sa trinité divine , ses médiateurs invisibles entre l'Être souverain et nous, occupés à lui porter nos hommages , à nous rapporter ses bienfaits , à protéger et guider Thomme de bien dans sa route ici-bas. Il repoussa les sacrifices sanglants , expliqua le culte des images , parla , comme les chrétiens , des ravages du péché , du détachement des sens , de la purification des âmes déchues , du mérite des souffrances et de la prière , de la confiance avec laquelle nous devons nous tourner vers Dieu , comme vers un père , et lui faire de notre vie un holocauste spirituel.
Cet éclectisme mystico-panthéiste , peu goûté des foules , devait plaire à ces esprits incertains , qui , sentant trèsrbien le vide et Fabsurdité du polythéisme , y tenaient cependant par leurs habitudes Uttéraires et par le fond de leur vie ; et, en effet, il eut parmi eux un grand succès. L'idolâtrie une fois purgée de ses vues grossières et comme transfigurée par la philosophie, il leur sembla qu'il n'y avait plus entre le culte des dieux et le Christianisme aucune opposi* tion radicale , et qu'il était facile à Fhomme de bien de conciUer les tendances morales de l'un avec les pratiques de Fautre. Ils admiraient FÉvangile , comme respirant dans tous ses préceptes la mansuétude et l'équité ; louaient les martyrs , ces victimes de leur constance religieuse, qui, plutôt que d'abjurer leur foi, avaient souffert héroïquement les derniers supplices i ; rendaient hommage à ces pontifes chrétiens, que la frugalité, la modestie, leurs moeurs austères et pures recommandaient à la Divinité et à ses vrais adorateurs >; mais en même temps ils attribuaient aux astres la nature et la vie divines ; croyaient aux auspices ,
^ Am. Marc, 1. 22. c. 11.