CHAPITRE I
aux augures , aux oracles ; soutenaient la divination par le vol des oiseaux et les entrailles des victimes ; cultivaient la magie comme la plus haute des sciences, et la théurgie, comme Fart merveilleux de gagner , de dominer les dieux inférieurs attachés à la matière, et d'opérer, avec leur secours , des œuvres surnaturelles.
Sans doute , parmi les adeptes de ce polythéisme savant , plusieurs ne pouvant se contenter d'opinions si incertaines , et sentant plus vivement , au fond de leur cœur, le besoin d'une rédemption divine , ne traversèrent le Pla< tonisme que pour arriver à l'Église. Mais, somme toute, et à part de belles et trop rares exceptions , ce mysticisme philosophique était plus nuisible que favorable aux progrès de la vérité. S'il était pour quelques-uns la préparation à la foi et comme le vestibule de l'Évangile , il en retenait un plus grand nombre dans une indifférence funeste, par rapport à leur destinée étemelle. Satisfaits de cette prétendue conciUation entre les droits de la conscience et les habitudes polythéistes mêlées de longue date à toutes leurs pensées comme à tous leurs sentiments , ils s'en tenaient là, et se croyaient dispensés de faire un pas de plus pour s'approcher du vrai Dieu. Cette forme épurée du polythéisme leur apparaissait comme la plus admirable synthèse de tout ce qui était bon et vrai dans tous les autres cultes, y compris celui des chrétiens. La sagesse humaine ne pouvait s'élever plus haut. Leur orgueil , d'ailleurs , se complaisait dans cette pensée , que , successeurs du divin Platon, suprêmes héritiers des grandes écoles philosophiques , ils étaient aussi l'appui le plus honorable et le plus fidèle d'un système religieux , auquel se rattachaient toutes les gloires de l'empire et des lettres ; et fiers de leur petit nombre , ils eussent rougi de partager avec la multitude le nom de chrétiens » . Avec empressement , ils se groupèrent
< s. Augustin , de Civit. Dei ,1. 13 , c. 16.
16 S. JEAN GHRYSOSTOME.
autour de Julien , espérant de la force ce qu'ils n'attendaient pas de la science , et applaudissant de tout leur cœur à sa tentative impuissante, mais furieuse» de restauration païenne.
Ainsi , cette étrange et tardive coalition entre la philosophie et le polythéisme , sans sauver celui-ci , se dressait comme un nouvel obstacle devant TÉvangile , devenait le dernier point d'appui des résistances qu'il avait à vaincre , le dernier prétexte des intelligences pour se soustraire à la foi , et entraînait à de nouveaux combats les docteurs , les pères de l'Église , obUgés de faire tête à la fois aux préjugés du peuple et aux prétentions des philosophes , à l'ignorance et à la science , au vice et à la sagesse , et à poursuivre l'erreur sous les mille déguisements qu'elle aimait à revêtir, pour surprendre les âmes et usurper les droits de la vérité.
Mais déjà de plus aventureux penseurs avaient essayé d'un syncrétisme autrement vaste et hardi ; et , avec des matériaux empruntés à toutes les doctrines et à tous les sanctuaires , à .l'Inde et à la Perse , à la Ghaldée et à l'Egypte, à Moïse et à Pythagore, à la Kabale et à l'Évangile , ils avaient élevé en face de l'ÉgUse , à ses portes mêmes , les sombres et bizarres constructions de la Gnose. La nouveauté étrange et fantastique de ses enseignements ; le grandiose et le merveilleux , mêlés partout à l'absurde ; l'obscurité même et la mystérieuse horreur de ces labyrinthes sans issue ; ce vertige des esprits quand ils se penchent sur l'abîme qu'ils veulent sonder et qui les attire ; la prétention d'avoir arraché à la nature tous ses secrets et de résoudre souverainement tous les problèmes qui tourmentent l'esprit humain ; les formes imposantes et les noms chrétiens dont il se couvrait ; la manière de propager ses erreurs au moyen de commentaires sur les livres saints dont il disait avoir seul la clef, posséder seul le sens allégorique et spirituel caché sous Técorce des mots et des