‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 81 sur 282 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

comparais sa passion sublime à un vaste incendie qui embraserait la surface de la terre entière , monterait jusqu'à la voûte du ciel , traverserait l'espace qui est au-dessus , air ou autre chose , remplirait Tintervalle des deux cieux , et , ne s'arrétant pas là , se lancerait au troisième , faisant de tout un bûcher aussi large que la terre , aussi haut que le firmament, cette image serait inférieure encore à la vérité >. »

L'auteur continue à développer sa pensée par d'autres exemples. Puis, comme nouveau motif de componction, il met en regard de l'ingratitude de l'homme les innombrables bienfaits de Dieu. « Est-ce donc, s'écrie-t-il , que nos plus belles vertus, nos plus généreux sacrifices peuvent acquitter ce que nous lui devons ^ ? » Et , dans une pieuse et poétique effusion, il décrit les merveilleuses attentions de la Providence pour nous.

«Voyez comme, n'ayant aucun besoin de nous et se suffisant à lui-même , il nous a fait être quand nous n'étions

pas Pour nous, il a déployé le ciel, étendu la terre

comme un tapis, allumé de magnifiques flambeaux. Pour nous, il a fait jaiUir les sources et couler les fleuves; il a émaillé la terre de fleurs , et le ciel des groupes variés des étoiles. Il a voulu que la nuit ne fût pas moins utile que le jour ; car le sommeil , non moins que les aliments , nourrit notre corps, répare nos forces, tempère le feu ([ue les ardeurs du jour et la fatigue ont allumé dans nos sens , nous rafraîchit, nous fait revivre pour de nouveaux labeurs — Comme une mère quand elle veut endormir son enfant qui pleure , l'entoure de ses bras , lui couvre les yeux d'un pan de sa robe pour appeler plus tôt le sommeil ; ainsi , la Providence étend le voile de la nuit sur l'univers pour inviter les hommes au repos. Trop de soucis, trop de passions dévore-

1 Chrys., ibid., p. Ii3.

2 Chrys., ibid., p. 148.

iîS8 S. JEAN CHRYSOSTOME.

raient notre existence , si cet ordre divin n'imposait à nos âmes aussi bien qu'à nos corps ce délassement nécessaire . . .

» Que dire des facilités du commerce? De peur que la grandeur des distances ne nuisit à la fraternité humaine , il a voulu les abréger au moyen de la mer, comme si le monde entier n'était qu'une maison. Nous pouvons nous visiter de peuple à peuple , échanger mutuellement les avantages qui nous sont propres , et , dans un petit coin de la terre , jouir en maîtres des biens de tout l'univers : ainsi , dans une riche table , les convives se passent les mets l'un à l'autre, et chacun peut goûter à tout. Considérez l'infinie variété des semences , des légumes , des fleurs , des plantes qui croissent sur les montagnes ou dans les plaines , au désert ou dans nos terres cultivées.... Le ciel, la mer, la terre , toutes les choses visibles ont été faites pour nous. Dieu a placé l'homme dans le monde comme dans un magnifique palais, resplendissant de pierreries et d'or, et merveilleusement éclairé , non par de riches candélabres , mais par des lampes suspendues au ciel , qui répandent la joie avec la lumière. La voûte n'en est pas de pierre , mais d'une matière plus précieuse ; quant au pavé , c'est une table admirablement servie. Et Dieu a prodigué tous ces biens à celui dont il n'avait reçu aucun bien * ! »

La conclusion de Jean, c'est l'amour de Dieu. « Tout nous l'inspire , dit-il , tout nous y porte ; et , sous ce rapport , aucune faute n'est petite , car il n'en est aucune qui ne soit une ingratitude. A la pensée des bontés divines, David s'écrie : Qu'est-ce que l'homme, ô mon Dieu! pour que vouê ayez pensé à lui 2 ? Et tout-à-coup , se rappelant combien peu nous avons de reconnaissance envers l'auteur de tant de biens , il ajoute : Hélas ! l'homme n'a pas compris vos

« Chrys., tWd., p. U8.

2 Pi. 8.

Page 1