‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 80 sur 282 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

d'écrire de nouveau sur le même sujet , céda aux instances de Stéléchius, un autre de ses amis, et prit la plume en ces mots :

« Et comment puis-je faire ce que tu m'ordonnes , saint homme de Dieu? Comment avec une âme infirme et froide puis-je écrire sur la componction ? Pour dire quelque chose de bon sur cette matière , il faut brûler, être embrasé de cette flamme , afin que les paroles , comme un fer incandescent, puissent s'imprimer fortement dans les cœurs. Or, je n'en ai pas même une étincelle ; en moi , tout est cendre et poussière , le péché s'est abattu sur mon âme comme un épais brouillard . C'est à toi , qui commandes , de me dire comment je dois m'y prendre pour t'obéir « . Volontiers , je te prêterai le ministère de ma parole : mais prie celui qui guérit les cœurs brisés, qui donne aux pusillanimes le courage , qui tire les pauvres de leur bassesse , d'allumer en moi ce feu qui dévore le péché, qui arrache l'âme endormie au sommeil de la chair, et lui donne des ailes pour s'élever au ciel ! »

Après avoir consacré la première lettre à démontrer la nécessité de la componction , Chrysoslôme en retrace da*s la seconde les caractères et les effets. Mêlant, comme toujours , avec un art admirable , les textes de TÉcriture à ses propres raisonnements , il fait le portrait de l'homme vraiment pénétré de componction.

« Quand on est parvenu , dit-il , au sommet élevé d'une montagne , on n'entend plus , on ne voit plus ce qui se fait ou se dit en bas dans la ville ; c'est tout au plus un bourdonnement lointain qui arrive aux oreilles , confus et désagréable comme celui d'un essaim de guêpes. Ainsi, quand on a renoncé aux choses du monde pour s'appliquer à la philosophie divine , on est peu touché de ce qui se passe

' ChryB. , ibid.

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sur la terre. Tant que rame est occupée des choses d'ici-bas, le corps et les affections du corps la tiennent enchaînée dans mille liens ; les plaisirs la couvrent d'un épais nuage ; la vue, l'ouïe, le tact, l'odorat, la langue attirent sur elle une foule de maux. Mais quand elle s'élève en haut et qu'elle se consacre aux choses spirituelles , alors elle écarte les pensées mauvaises , elle ferme la porte des sens , et force ceux-ci à la suivre dans son essor. Une maltresse sévère et impérieuse, qui veut préparer un parfum de grand prix , y emploie toutes ses servantes : l'une tient la balance , l'autre broie , l'autre tamise , l'autre fait le mélange, l'autre l'approche du feu, l'autre prépare les vases, et l'œil de la maîtresse veille sur toutes ; ainsi, l'âme, quand elle veut produire cet exquis parfum de la componction , doit appeler à elle tous les sens , les appliquer à l'ouvrage qu'elle médite , et ne leur permettre ni négligence ni distraction. Ni les yeux, ni les oreilles, ne doivent rien apporter qui détourne du but poursuivi ; et elle est tellement absorbée dans la pensée de Dieu , qu'elle ne voit plus, qu'elle n'entend plus. Les fonctions des sens rastent suspendues ; et comme si déjà elle habitait les cieux, aucune perception ne lui reste des objets d'ici-bas « . » «Tel était, poursuit Jean, le bienheureux Paul. Au miUeu des grandes cités , il leur était aussi étranger que nous le sommes pour un cadavre. Il l'était plus encore, car il ne dit pas seulement : Le monde est mort pour moi ; mais il ajoute : Je suis mort pour le monde » . Paul était tellement mort au monde , qu'il ne vivait plus sur la

terre, mais au ciel Son amour pour Jésus s'élevait

même au-dessus de tous les cieux. Il était petit de taille; mais, par l'amour spirituel qui remplissait son cœur, il se montrait plus grand qu'aucun homme. Si je

» Chrys., ibid., p. 14Î.

3 Ad Gai., 6.

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