‹ Saint Jean ChrysostomeChapitre 97 sur 282 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sibles, dans la partie la plus sauvage de la forôt. Là, ne comptant pas plus son corps que s'il l'avait déjà dépouillé < , il s'abandonnait, comme un pur esprit, aux sublimes délices de l'étude et de ladoration. Il avait retrouvé, sur son Oreb, le buisson de Moïse ; et , du sein des flammes, Dieu lui parlait. La vie de l'esprit étant , à quelques égards , en raison inverse de celle du corps , nulle part elle n'a plus d'intensité que dans la solitude , qui l'affranchit de presque tous les liens terrestres , et concentre ses forces dans une seule pensée. C'est là qu'elle remonte directement à sa source , sans que rien la détourne de son but , sans qu'aucun frottement ralentisse son essor. Aucune affection grossière , aucune brume venue des sens ne voile à l'âme son soleil ; elle a franchi la région des nuages , l'infini seul est devant elle ; elle suit son attrait , elle désaltère sa foi , elle s'abreuve de Dieu ; elle croit le voir , l'entendre , le toucher, converser avec lui; elle le respire, elle vit de lui. Le Verbe de Dieu se fit sur Jean, fils de Zacharie, au désert 2. Il en fut ainsi du fils d'Anthusa.

Dérobé à tous les regards , ne voyant qu'un seul homme , l'ami qui venait lui porter tous les jours le morceau de pain dont il vivait , ne descendant de sa retraite que le jour du Seigneur pour aller manger à la table des anges un pain plus substantiel , sa grotte était le sanctuaire de ses méditations, l'autel de ses holocaustes, le nid d'aigle de son âme , d'où elle s'élançait vers l'éternel foyer de la lumière , essayant de le fixer, et jouissant avec délices de son propre éblouissement. Étendre son corps fatigué sur une natte ou sur la pierre nue , lui semblait déroger à la noblesse de l'homme , le seul être de la Création , dit un grand orateur, qui ait reçu le privilège de se tenir debout devant Dieu 3.

' Joan. Damas., or.paneg., d. 6,8.

2 Luc, c. 3, V. 2.

3 Lacordaire, Éloge du bienheureux Fourier.

i90 S. JEAN CHRYSOSTOME.

Il dormait sans se coucher, sa tôte sur ses mains, ses mains appuyées sur une corde qui tombait de la voûte de la caverne s et il n'accordait au sommeil que quelques instants , heureux de devancer de son hymne celui de l'aurore , et de pouvoir dire avec le Prophète : « Dès avant le jour, ô mon Dieu ! je vous cherche ; mon âme a soif de vous ; pour vous sans cesse ma chair se consume > ! Mon cœur et ma chair ont tressailli de joie dans le Dieu vivant » ! »

Son temps, d'ailleurs, se partageait rigoureusement entre la prière , le travail des mains et la méditation des saints livres, les seuls qu'il eût portés au désert. Il les apprit par cœur d'un bout à l'autre *. Le texte sacré ne devint pas seulement le moule de sa pensée, mais sa pensée même. Le feu du ciel , que tant de fois il avait appelé sur sa tête ^ , l'embrasait et le consumait comme un pur holocauste ^ : il ne restait de l'homme qu'une flamme embaumée, un vivant cantique.

Dieu ramena sur la terre par la chaîne du devoir cette vie impatiente qui se précipitait au ciel avant l'heure. Pour lui aussi , le Thabor précédait le Calvaire : les saintes visions le préparaient au combat.

Un pieux soUtaire , le même qui avait guidé ses premiers pas dans la vie monastique , vit un jour , dans le ravisse ment de l'oraison , son jeune disciple qui priait à genoux , le regard élevé au ciel. Deux hommes vêtus de blanc, le visage rayonnant de lumière , s'approchèrent de lui , et , le prenant par la main , lui dirent : Jean , c'est Jésus-Christ qui nous envoie vers toi. Et l'un d'eux, lui présentant un Uvre ouvert , ajoutait : Je suis Jean l'Évangéliste , qui

1 Pall., c. 5, p. 17. — Metaphr. in vit. 5.

2 Ps. 91.

» Ps. 62.

4 Pall.,tMd.

& Chrys. ad stel,^ t. 1.

0 Joan. Damas., orat- paneg.

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