CHAPITRE SEPTIÈME
Chrysostôme quitte le désert. — Situation de l'Église. — Retour de Mélèce.
— Apollinaire. — Vilalis. — Concile d'Antioche. — Églises rendues aux Méléciens. — Engagements des chefs du parti. — Chrysostôme diacre.
— Concile de Constantinople. — Prélats qui le composent. — Mort de Mélèce. — Ses funérailles. » Avis de S. Grégoire. — Élection de Flavien.
— Continuation du schisme. — Chrysostôme s'attache à la communion de Flavien. — Stagyre. — Consolation ou livres sur la Providence adressés à Stagyre.
Les forces physiques de Jean ne répondaient pas à Ténergie de son âme. L'humidité de sa grotte, l'excessive austérité de sa vie , une contention d'esprit trop ardente et trop constante ruinèrent vite une santé naturellement délicate. Il tomba malade , et fut contraint de quitter la montagne et de rentrer à Antioche. Cette maladie, dont il ne guérit jamais bien , laissa sur son corps , en traces ineffaçables , les stigmates de la pénitence * .
Certes , ces six années de retraite n'avaient pas été plus stériles pour l'Église que pour lui. Outre son admirable traité sur le sacerdoce , outre ses belles publications sur la vie monastique et la componction , Jean avait complété ses études sur les saints livres , et il revenait de cette haute école du désert avec un talent mûri par des travaux sérieux , et ces fortes vertus qui font les grands pontifes et les grands saints.
Mais pendant qu'au faite de la montagne il oubliait la terre et les hommes , l'Église faisait , dans la personne de
* Pall., dial. , c. 5, p. 17.
s. JEAN CHRYSOSTOME. — CHAPITRE VII. ^95
S. Basile , une perte immense. S. Éphrem et S. Eusèbe s ses amis, Ste. Macrine, sa sœur, Favaient suivi de près au ciel. L'apparition de nouvelles hérésies aggravait la douleur des cœurs catholiques. Apollinaire , en effet , désolait par sa chute et ses erreurs Antioche et la Syrie ; on commençait à parler des Massaliens; et, sous le nom de Priscillianisme, une secte abominable infectait TEspagne et la Gaule, et frayait la route aux Vaudois et aux Albigeois. L'Arianisme lui même, quoique vaincu, n'était pas découragé : il avait perdu Valens, mais gagné les Goths, et il se promettait de refluer sur lempire avec les barbares. Ceux-ci , comme un torrent qui a brisé toutes ses digues , laissaient partout sur leur passage la dévastation et d'immenses calamités. « Depuis vingt ans , disait S. Jérôme , entre les Alpes Juliennes et Constantinople , des flots de sang coulent tous les jours. La Scythie, la Thrace, la Macédoine, la Dardante , la Dacie , la ThessaUe , TAchaïe , TÉpire , la Dalmatie, toutes les Pannonies sont ravagées. Les Goths, les Sarmates, les Quades, les Alains, les Marcomans, les Vandales et les Huns ravagent , pillent , déchirent ces malheureuses contrées. Que de nobles femmes, de vierges consacrées à Dieu ont été la proie de ces bétes fauves! Que devêques réduits en esclavage, de prêtres égorgés, de saintes reliques profanées , d églises abattues ! Les autels du Christ ont servi de crèche aux chevaux. Partout le deuil , la désolation , l'image de la mort sous toutes ses formes. Le monde romain s'écroule , et nous portons haut la tête 2 ! » Mais au milieu de ces épreuves et de ces désastres , que de consolations ! Deux princes unis de vues , animés d un zèle égal pour le bien , réparaient les désastres du règne précédent , rendaient aux cathoHques les églises ravies par les Ariens et s'inspiraient de l'Évangile
1 s. Eusèbe de Samosale.
3 S. Hier., ad ileliod, ep, 35, t. 4, ait. part., p. 274.
pour faire de sages lois , noblement empreintes de son esprit. De grands évoques, S. Optât , S. Pacien, S. Gaudence, S. Philastre, S. Grégoire de Nysse, S. Amphiloque glorifiaient la vérité par leurs écrits et par leurs vertus. S. Ascole baptisait Théodose, S. Paulin se consacrait à Dieu, S. Jérôme commençait à publier ses grands travaux d'exégèse ; S. Martin , S. Victrice , S. Épiphane remuaient le monde par leurs miracles ; S. Ambroise , thaumaturge et docteur, était TAthanase de l'Occident ; S. Grégoire de Nazianze , à force de courage et de talent , relevait l'Église de Constantinople ; Ste. Paule , s'arrachant au monde, entrait dans cette voie héroïque où elle devait porter si haut le drapeau de Jésus-Christ; Ste. Mélanie remplissait rÉgypte et la Palestine des nobles profusions de sa charité ; Ste. Fabiolâ ouvrait à Rome le premier hôpital qu'ait vu la capitale du monde chrétien; Ste. Marcelle, Ste. MarcelUne , prodiges de pénitence et de charité , faisaient fleurir 4u sein des plus grandes familles les plus hautes vertus de l'Évangile. La vie chrétienne prenait en Occident des développements admirables. Pierre rentrait à Alexandrie, Mélèce à Antioche , Cyrille à Jérusalem , et par-dessus tout , le pape S. Daraase, du haut de sa grande chaire, confondait l'hérésie , et , pasteur des pasteurs , conseillait et dirigeait les évêques de l'Occident et de l'Orient , qu'il appelait ses fils bien-aimés * .
Antioche avait donc retrouvé Mélèce , et l'avait accueilli comme une famille accueille son père après une absence trop prolongée. La ville entière s'était portée à sa rencontre : on se jetait à ses pieds , on baisait ses mains. Ceux qui ne pouvaient fendre la foule pour aller jusqu'à lui , s'estimaient heureux d'entendre sa. voix , d'apercevoir son visage : il leur semblait qu'une grâce divine s'exhalait de ses vêtements , et
1 Theod., 1. 5, c. 10.